Sous l’égide de la Conférence épiscopale...

Redigé par igihe
Le 30 décembre 2016 à 10:44
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Sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo, les pourparlers de la dernière chance pourraient aboutir d’ici vendredi à la signature d’un accord de sortie de crise, confortant ainsi la place immuable de l’Église dans le jeu politique congolais. Décryptage

Vont-ils réussir là où l’Union africaine (UA) a récolté un résultat mitigé ? En tout cas, les évêques catholiques de la Cenco, médiateurs des négociations directes entre les signataires de l’accord du 18 octobre (majorité présidentielle et une frange de l’opposition) et le Rassemblement, sont tout près d’arracher un compromis plus global et réellement inclusif aux protagonistes. Deux mois plus tôt, le facilitateur Edem Kodjo, désigné par l’UA, s’était contenté d’un accord partiel…

« Malgré les divergences, personne n’a quitté la table des négociations », se félicite déjà un clergé catholique joint au téléphone, le mercredi 28 décembre, par Jeune Afrique. La signature de l’accord de sortie de crise est même attendue pour ce 30 décembre, le premier délai – avant Noël – n’ayant pas été tenu. Les derniers réglages seraient en cours.

« Pour débloquer ce qu’il reste – notamment le sort de Moïse Katumbi -, c’est le président Joseph Kabila qui détient la clé, les évêques ayant déjà fait leur travail », souffle une source proche du dossier. Mais comment et pourquoi l’Église se retrouve ainsi au cœur du jeu politique en RDC ?

L’Église, « un pilier du système congolais »

« Avec l’Administration et l’économie, l’Église a toujours été, depuis l’époque coloniale, l’un des trois piliers du système congolais », rappelle Bob Kabamba, professeur à l’Université de Liège et coordonnateur de la cellule d’appui politologique en Afrique centrale. Ce n’est donc pas une première dans l’histoire politique de la RDC.

L’Église a créé les premiers résistants à la colonisation.

« L’Église a travaillé dans les domaines de l’éducation – construction des écoles notamment – et de la santé, a créé les premiers résistants à la colonisation et consolidé en même temps les premiers leaders politiques congolais à la fin de la colonisation », poursuit le politologue. Il fait ici référence, entre autres, à Joseph Kasa-Vubu, devenu premier président du Congo indépendant, Joseph Ileo, successeur de Patrice Lumumba au poste de Premier ministre, ou à Joseph-Albert Malula, archevêque de Kinshasa ordonné cardinal en 1969.

Dans un pays où presque rien ne fonctionne correctement, l’Église tient aussi sa force de son organisation. « En RDC, elle est aujourd’hui la seule structure qui existe avec un commandement capable de faire passer et suivre ses décisions du sommet de sa hiérarchie jusqu’à la base », souligne le professeur Bob Kabamba.

L’Église, combattue mais jamais vaincue

Après l’indépendance, le président Joseph Kasa-Vubu a vu en cette surpuissante Église une alliée incontournable. D’autant que l’autre leader de l’époque, le Premier ministre Patrice Lumumba, était perçu, à tort ou à raison, comme un communiste, un anti-religieux par les milieux chrétiens.

Durant les premières années de l’indépendance, l’Église conserve ainsi son aura. Mais dès que Joseph Désiré Mobutu prend le pouvoir en 1965, il va essayer de la combattre, ne supportant pas qu’une autorité, même religieuse, soit au-dessus de lui.

Pendant le règne de celui qui s’autoproclama le « Maréchal du Zaïre », les croix sont alors enlevées des salles de classe et des édifices publics, les prénoms chrétiens supprimés dans le registre de l’état-civil. Oubliez le Joseph-Désiré, place à Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga. Traduction : Mobutu, « le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne puisse l’arrêter ».

Tous les Zaïrois suivent l’exemple du chef et bannissent les prénoms à consonance étrangère. Nous sommes au début des années 1970. La Zaïrianisation sur fond du « recours à l’authenticité » a le vent en poupe. Mais lorsque Mobutu tente de nationaliser les immenses propriétés de l’Église, celle-ci résiste. Le pouvoir recule.

L’Église, Dieu, le pape et le cardinal

L’avantage de l’Église croît encore, avec la visite début mai 1980 du pape Jean-Paul II au Zaïre, un pays de plus de 70 millions d’habitants majoritairement chrétiens.

Avant de recevoir le souverain pontife, le président Mobutu, pourtant chantre de l’authenticité, n’a d’autre choix que de se conformer aux prescriptions chrétiennes : il se marie religieusement avec son ex-maîtresse Bobi Ladawa.

S’il est protestant et son épouse catholique, l’actuel Président Joseph Kabila a pour sa part fait le choix d’une cérémonie œcuménique lors de son mariage, peu avant la présidentielle de 2006. Et la première dame Olive Lembe ne cache pas sa proximité avec le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, réputé pourtant hostile au président congolais.

Et peu importe si, au passage, quelques règles protocolaires sont bousculées. Comme ce 16 janvier, lors de la commémoration du 15 anniversaire de l’assassinat de Kabila père, lorsque Kabila fils, chef de l’État, se lève pour accueillir le cardinal conduit sur le lieu de la cérémonie par Olive Lembe.

Le poids de l’Église transparaît aussi aujourd’hui dans la prestation de serment du président de la République. Le constituant ne s’est jamais opposé à ce que le président de la République jure « devant Dieu et la nation ».

L’Église, dernier recours

Dans les années 1990, lorsque le vent de la démocratie souffle sur le continent, l’Église soutient, finance et accompagne plusieurs structures de la société civile. Ces dernières ont ainsi participé activement aux travaux de la Conférence nationale souveraine (CNS) dirigés par Monseigneur Laurent Monsengwo. Ce dernier devient par la suite une personnalité centrale pendant la période de transition.

Toujours au cœur du jeu politique, l’Église fait même descendre des chrétiens dans les rues de Kinshasa pour réclamer la réouverture de la CNS après sa fermeture par le président Mobutu. Une marche réprimée dans le sang le 14 février 1992.

Près de 25 ans plus tard, l’Église est de nouveau à la manœuvre. Par l’intermédiaire de ses évêques, elle tente, en dernier recours, de trouver une voie de sortie de crise dans le pays. Une crise créée par la non-organisation de l’élection présidentielle et l’arrivée à son terme du mandat de Joseph Kabila depuis le 19 décembre. « C’est la concrétisation de ce que l’Église a toujours été depuis l’époque coloniale », conclut le professeur Bob Kabamba.

avec jeuneafrique.com


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