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Le pasteur Evan Mawarire, chef de file "par accident" de la fronde citoyenne anti-Mugabe
Publié le 15-07-2016 - à 11:40' par IGIHE

Le pasteur Evan Mawarire, à peine connu il y a encore quelques mois en dehors de sa petite congrégation à Harare, s’est imposé rapidement, avec ses vidéos anti-Mugabe postées sur internet, comme le chef de file d’une fronde citoyenne qui fait trembler le régime zimbabwéen.

Le père de famille de 39 ans, qui n’est affilié à aucun parti, a comblé le vide laissé par l’opposition politique traditionnelle, harcelée par le pouvoir, amorphe et divisée.

Un clip posté en avril où il dénonçait avec ferveur les échecs du gouvernement de Robert Mugabe a marqué l’acte de naissance de son mouvement, Le Drapeau, qui a depuis reçu un accueil inattendu auprès de civils éreintés par des années de crise économique.

A chacune de ses apparitions sur internet vues des dizaines de milliers de fois, Evan Mawarire porte en écharpe le drapeau zimbabwéen, devenu le nouveau symbole de la résistance au régime Mugabe, au pouvoir depuis 1980.

"Je demande au plus grand nombre possible de Zimbabwéens de porter notre drapeau national pour dire à notre gouvernement que trop c’est trop. C’est comme ça que les réformes politiques se feront", avait déclaré le pasteur le mois dernier à l’AFP.

Doté d’un réel talent d’orateur, cet homme élégant au crâne rasé et aux lunettes à la Patrice Lumumba, le héros de l’indépendance de l’ex-Zaïre, a décidé de faire entendre sa voix car il se trouvait étranglé par les frais de scolarité pour ses deux jeunes filles.

"On peut vraiment dire que c’est un militant par accident. Il n’a jamais fait de politique", explique à l’AFP sa soeur Telda Mawarire, chercheuse en droits de l’Homme basée à Johannesburg. "Ce n’était pas programmé. Il n’en a jamais parlé à personne".

"Il ne s’agit pas d’en faire un héros ou de penser qu’il peut résoudre les problèmes du jour au lendemain", prévient-elle.

"Mon frère est une personne ordinaire. Il n’est pas immunisé contre la peur. C’est une personne très sensible. Il pleure facilement s’il est contrarié", confie-t-elle.

Dans une interview réalisée la veille de sa brève arrestation mardi, il reconnaissait d’ailleurs humblement "avoir peur pour sa sécurité".

- Talents d’imitateur -

Aîné de six enfants, Evan Mawarire est né à Harare dans une famille chrétienne très pieuse.

Il devient pasteur de l’Eglise évangélique de la célébration et travaille, avec son épouse Samantha, pour l’église au Royaume-Uni de 2007 à 2010. Il rentre ensuite au pays pour lancer une nouvelle église baptisée "Sa Génération", qui compte une petite centaine de fidèles.

"Il est dévoué, gros travailleur, mais il a aussi un vrai sens de l’humour", explique à l’AFP un administrateur de l’église, Tutsirainyasha Kativhu.

Il imite, avec un talent certain, Robert Mugabe et Nelson Mandela, prix Nobel de la paix et ancien président sud-africain, comme l’attestent plusieurs vidéos sur la Toile.

"Il sait parler aux jeunes. Il court toujours pour jongler avec ses multiples rôles. Ce gars ne s’arrête jamais", poursuit Tutsirainyasha Kativhu.

Evan Mawarire prêche quasiment tous les dimanches, mais gagne sa vie en officiant comme maître de cérémonie et conférencier-motivateur. Il a écrit un livre sur les relations maritales intitulé "Ce qu’il veut".

Cette semaine, il s’est imposé comme le leader de la contestation citoyenne, en se faisant arrêter par la police mardi. Le lendemain, un juge l’a finalement libéré rejetant le chef d’inculpation de tentative de renversement du gouvernement. A sa sortie du tribunal en homme libre, il a été acclamé par des centaines de partisans.

Dans son nouveau rôle, il se garde de critiquer directement le président Mugabe. Il appelle à des opérations villes mortes non violentes : les travailleurs protestent passivement en restant chez eux.

Son influence reste cependant difficile à quantifier. Autant son appel à la grève générale le 6 juillet a été bien suivi, autant la mobilisation mercredi et jeudi a été très faible.

Pour l’analyste John Campbell, le mouvement du pasteur "rappelle le Printemps arabe", et "Mawarire semble ne pas avoir de programme en dehors de la volonté de dépasser la passivité des Zimbabwéens face à un régime corrompu".

AFP


Kwamamaza
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