Une couverture libre et responsable des élections présidentielles pour les medias indépendants.

Redigé par Paul Mbaraga
Le 18 juillet 2017 à 10:46
Visites :
56 2

Les périodes électorales correspondent à des moments de forte activité dans les médias. Ayant comme finalité le renouvellement des institutions démocratiques d’un pays, ce sont des périodes de transition au cours desquelles des rivalités s’expriment, des tensions surgissent, conduisant parfois à des conflits plus ou moins violents.

L’exception rwandaise ne s’exporte pas encore, car sur nos frontières, les processus démocratiques y sont encore perçus comme des facteurs déstabilisantes porteurs à la fois d’incertitudes et d’espoirs souvent démesurés. La couverture des sujets politiques fait peur à certains dirigeants qui craignent une déstabilisation des équilibres, souvent fragiles, avec lesquels ils doivent composer pour diriger ou légiférer. La dimension politique de l’information n’est pas maîtrisée non plus par les médias ni par le grand public, surtout quand la parole politique a été strictement encadrée pendant de nombreuses années et une formation des journalistes défaillantes.

Le rôle du journaliste est donc particulièrement crucial au cours d’un processus électoral. Dans des contextes souvent sensibles, et dans un souci de prévention des conflits, le journaliste doit s’en remettre à ses compétences professionnelles. Il doit s’engager à offrir une information exhaustive, vérifiée, pluraliste et neutre à son audience. En parallèle, il doit s’abstenir de publier des informations qui encouragent les divisions ou des discours susceptibles de provoquer la violence ou de mettre en péril la cohésion sociale.

À la veille de l’élection présidentielle au Rwanda et avec des formations intenses qu’ils ont obtenues ces deniers mois impliquant des professionnels reconnus des medias, des experts de la commission nationale électorale, des institutions de l’autorégulation et de la bonne gouvernance, des juristes spécialisés dans le média, de l’autorité de la Commission Nationale de l’Unité et la Réconciliation ainsi que celle de la lutte contre le génocide sans oublier la commission nationale ITORERO, la plupart des journalistes rwandais sont à leurs marques pour une couverture médiatique des élections honorant leur rôle professionnel. En suivant les lignes directrices qu’ils ont été conseillés d’observer, les médias participant à la couverture des élections pourront contribuer à une élection équitable, transparente et apaisée.

À travers un exercice responsable de leur profession, les journalistes rwandais rempliront ainsi leur rôle en matière de promotion de la démocratie et de respect du pluralisme. Certains envisagent de couvrir ces élections en synergie, je ne peux que les y encourager pour le sens pratique et productif de cet exercice sur toute l’étendue du territoire national. Je suis prêt à les y accompagner et si possible trouver le moyen de les rencontrer sur le terrain de la collecte et du traitement de l’information en coaching in situ.

Le traitement de l’information politique est au cœur de l’indépendance des medias. On ne devrait plus continuer d’invoquer le défi de la liberté dans l’espace politique rwandais. Depuis la première loi sur les média datant de 1991, cette loi a subi continuellement des améliorations auxquelles les journalistes ont eux-mêmes contribué, mais jamais la liberté des medias n’a été mise en cause. Il est vrai aussi que la liberté ou l’indépendance des média ne se décrète pas, c’est une manière de vivre qu’une société intègre progressivement dans sa vie de tous les jours.

L’Article 8 de la loi sur les média du 02/08/2013 traite de la Liberté de recevoir et de diffuser des informations. « La liberté des médias et celle de recevoir les informations sont reconnues et respectées par l’Etat. Cette liberté est utilisée conformément à la loi. Tout journaliste jouit de la liberté d’exprimer ses opinions ; et cette liberté n’est reconnue que si elle ne nuit pas à la protection des enfants.

Article 9 de la même loi traite des Limites à la liberté d’opinion et d’information et dit que « La censure de l’information n’est pas autorisée ».

Article 9 de la même loi traite des Limites à la liberté d’opinion et d’information et dit que « La censure de l’information n’est pas autorisée ». Cependant, poursuit cet article, « la liberté d’opinion et d’information ne doivent pas nuire à l’ordre public et aux bonnes mœurs, au droit du citoyen à l’honneur et à sa réputation devant les autres citoyens, au droit à ne pas faire l’objet d’immixtion dans sa vie privée, celle de sa famille ;et cette liberté n’est reconnue que si elle ne nuit pas à la protection des enfants. »

Art. 14 « Le journaliste a le droit de refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction de la publication ou du média qui l’emploie.”

Ma rencontre avec près de 75 journalistes rwandais dans les formations en cours étaient animés de discussions ouvertes sur ce que les journalistes disent de bien dans les lois et les séances de formation confrontées aux réalités qu’ils vivent sur le terrain et dans leurs rédactions respectives pendant la collecte et le traitement des informations.

C’est au cours de ces formations que j’ai entendu des récits suivants qui méritent réflexion :
-  Un rédacteur en chef est allé dans une conférence de presse convoquée par l’ex prétendante à la candidature présidentielle Mademoiselle Diane Rwigara. Il dit qu’il a trouvé ses propos très controversés et il a jugé prudent de ne pas en rendre compte dans son media.
-  Un journaliste d’un autre media qui était allé à cette même conférence à son propre initiative a cru bon de se taire en sa rédaction puisqu’il n’avait pas été commis par sa rédaction d’aller couvrir la conférence de presse mais surtout il avait lui aussi trouvé que le discours de Mlle Diane Rwigara ne pouvait pas trouver une place dans la ligne éditoriale de son media. C’est le rédacteur en chef lui-même qui l’a interpellé pour le rassurer et discuter avec lui de l’angle de traitement qu’il peut donner à ce qu’il a entendu dans la conférence de Rwigara.
-  Une autre expérience qui a été évoquée est le cas des candidats qui manquaient à leurs rendez-vous de meeting électoral. L’auteur de ce récit nous disait qu’il avait rebroussé chemin car pour lui il n’y avait plus d’événement si le candidat ne s’est pas présenté. Erreur professionnelle car le meeting électoral ce n’est pas seulement le candidat, c’est aussi les organisateurs, la population attendant l’événement, les autorités locales, les corps de sécurité etc.
-  Dans le passé, certains propriétaires de media résistaient à intégrer leur media dans la synergie pour ne pas perdre le control de leurs programmes.
-  D’autres ne toléraient pas sur leurs antennes les voix de candidats qui ne sont pas de leur bord politique.
-  Pour d’autres, leur media est avant tout leur business. Le profit ou la sécurité de l’entreprise media prime alors sur le professionnalisme d’où des conflits fréquents entre le propriétaire et le journaliste censuré, révoqué parfois sans aucun respect des règles. Souvent sans contrat, le journaliste se retrouve sans protection légale.

Sur la rubrique des souhaits certains journalistes ont eu des témoignages suivants :
-  Que les formateurs continuent de suivre dans leurs media d’attache les journalistes formés. Faire partie de notre Rédaction en suivant le journaliste sur terrain et le conseiller dans le montage de son reportage. (Coaching)
-  Le reportage politique est largement ignoré et il y a une soif et un désir de s’y appliquer si des formations approfondies ou multiples sont planifiées
-  La rubrique politique est un terrain dangereux, alors chaque connaissance de plus n’est jamais de trop. Il faut toujours être préparé à l’affut de toute information et une connaissance nécessaire pour traiter la politique.
-  Les formations en reportage politique sont rares or il y a là un grand besoin de formation
-  Comment faire ou organiser un débat politique, table ronde, interview d’un politicien.
-  Comment faire une analyse politique ? Interviewer un politicien ? Comment confectionner un bon article pendant les élections.
-  Comment être objectif avec à la fois le droit citoyen d’appartenir à une formation politique.
-  Comment un journaliste subissant des attaques contre la diffusion de son reportage peut-il se comporter pour s’en sortir ?
-  Aidez-nous à être formé souvent sur la politique (le reportage politique et l’analyse du public).

Sur tous ces points nous avons discuté ensemble comment faire autrement, et j’étais très heureux que dans la salle, il se trouvât des journalistes qui apportaient eux-mêmes des réponses professionnelles et responsables. J’ai été tout autant impressionné par l’autocensure qui frappe nos journalistes. Ils doivent au contraire conquérir chaque jour plus d’inspiration et plus de force pour jouer pleinement leur rôle de gardien du droit des citoyens à l’information et du respect des principes démocratiques par tous les pouvoirs y compris le devoir de dénoncer des abus sans craindre des représailles parfois imaginaires. Les témoignages sélectionnés et présentés ici reflètent un grand désir des journalistes d’agir sur la chose politique, mais ils ne se sentent pas suffisamment armés pour entreprendre le reportage politique avec confiance en eux-mêmes.

Le même phénomène est constaté sur le reportage économique et scientifique. C’est ce qui explique que nous n’avons pas au Rwanda des journalistes reconnus d’investigation et d’autre brillant dans la conduite de débats contradictoires. Il faut à leur décharge reconnaître cependant que les opinions contradictoires en politique se font rares, démocratie consensuelle oblige. Mais s’il y a consensus dans le concept politique, il n’existe pas forcément de la même manière dans l’application des politiques, sur la méthodologie, le rythme, la vitesse et l’évaluation des progrès sinon le Président Kagame ne devrait pas déplorer avec raison que les engagements pris ne soient pas toujours mise en exécution avec le rythme souhaité.

On peut se féliciter de la présence des citoyens dans les medias, ce n’est pas le cas des intellectuels, des magistrats et des ingénieurs. Les journalistes devraient montrer eux-mêmes que les partenaires des média ne sont pas que les hommes politiques. C’est aussi les religieux, les opérateurs économiques, les scientifiques, les avocats chargés d’informations sur des pratiques dans les cours et tribunaux, les ingénieurs de tous les secteurs, les retraités, les jeunes diplômés au chômage, tout le secteur des affaires privées et de la société civile, la natalité et l’immigration.

Les politiques régionales illustrées par l’EAC, la CEPGL, la CEAC, le COMESA et le Panafricanisme prôné par notre président de la République préparent un avenir prometteur aux Rwandais mais ne sont médiatisés qu’à l’occasion des réunions et sommets. La révolution numérique fait de nouvelles générations de citoyens du monde. Nos universités ne doivent pas produire uniquement pour le marché du Rwanda, mais pour le monde entier.

Le jeune Président Senghor avait encouragé les jeunes sénégalais à se répandre partout dans le monde. C’est le seul pays africain ou l’acquisition du passeport national et la sortie du territoire national n’ont jamais été tabou depuis son indépendance. La diaspora sénégalaise pèse aujourd’hui fortement dans le budget national. Aujourd’hui, le monde s’est rétréci, mais le temps s’est beaucoup accéléré. Aujourd’hui, le monde s’est rétréci, mais le temps s’est beaucoup accéléré.

La bonne gouvernance elle-même ne peut s’enraciner que si les journalistes sont à la fois libres et responsables. Les médias sont des amplificateurs dont l’efficacité est construite sur le socle de la confiance gagnée progressivement au gré d’une pratique rigoureuse et éthique de ce métier.

Avec divers rédacteurs en Chef et Chroniqueurs en Politique

L’auteur de cette opinion,Paul MBARAGA, est un professeur a l’Ecole de Journalisme pres l’université du Rwanda,


Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM

Publicité