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RDC : L’Opposition montre les muscles à Kinshasa
Publié le 3-08-2016 - à 03:44' par Christophe Rigaud

Affluence record de plusieurs dizaines de milliers de manifestants pour un meeting de l’opposition à Kinshasa ce dimanche. Comme pour son retour au pays cinq jours plus tôt, la capitale congolaise a connu les mêmes scènes de liesse populaires pour le premier meeting d’Etienne Tshisekedi devant le stade des Martyrs de Kinshasa.

Plusieurs milliers de sympathisants ont même tenu a accompagner le doyen de l’opposition, depuis son domicile du quartier de Limete jusqu’au boulevard Triomphal, où piaffait d’impatience une foule monstre qu’aucun rassemblement de l’opposition n’avait connu depuis le départ du vieil opposant pour Bruxelles en 2014.

Sur le podium, Joseph Olenghankoy, le président des Fonus, un parti proche de l’UDPS de Tshisekedi, avait du mal à calmer la marée humaine qui se pressait sur l’immense esplanade. « Kabila sait qu’il doit partir et il passe ses derniers jours au pouvoir. Et je vous assure que les ténors du régime Kabila tremblent déjà » tonnait l’opposant des Fonus pour galvaniser les militants.

Devant le stade des Martyrs, l’ambiance était clairement hostile au président Joseph Kabila, dont le dernier mandat prend fin en décembre et que l’opposition accuse de vouloir chercher à se maintenir au pouvoir. Un cercueil factice mimait l’enterrement du chef de l’Etat : « adieu Kabila, pas de troisième mandat » pouvait-on lire sur les banderoles.

Katumbi, grand absent

Après plusieurs heures d’attente, l’opposant historique a tenu un long discours en lingala devant des sympathisants survoltés. Sans surprise, le leader de l’UDPS a fermement réaffirmé l’exigence de la tenue des échéances électorales dans les délais constitutionnels dans un discours très offensif.

« Si la CENI (la Commission électorale, ndlr) ne convoque pas l’élection le 19 septembre, elle sera coupable de haute trahison » a prévenu Tshisekedi. Et de menacer : « Le décompte de son préavis de trois mois de locataire au palais présidentiel commence. Le 19 décembre 2016, le préavis est terminé, le 20 la maison doit être libre. Cet homme qui depuis 2001 jusqu’à aujourd’hui joue à qui perd gagne, ne devra plus échapper à notre vigilance ».

Etienne Tshisekedi s’est également montré intraitable sur le sort des prisonniers politiques : Diomi Ndongala, Christopher Ngoyi, Jean-Claude Myumbo et les jeunes des mouvements citoyens Lucha et Filimbi qui doivent tous être libérés. Mais le doyen de l’opposition s’est aussi attardé sur le sort de son nouvel allié, le candidat à la présidentielle Moïse Katumbi, le grand absent de ce meeting kinois.

Tshisekedi a exigé que cessent « les procédures arbitraires judiciaires (…) à l’encontre des leaders de l’opposition, comme c’est le cas de Moïse Katumbi ». Condamné à trois de prison pour une affaire de spoliation de biens, l’homme d’affaires est actuellement en exil médical forcé à l’étranger. Il comptait rentrer à Kinshasa pour le meeting de ce dimanche, mais selon ses propres déclarations, son avion n’a pas été autorisé à se poser à Kinshasa (information que nous n’avons pas encore pu vérifier).

C’est évidemment un coup dur pour l’ancien gouverneur du Katanga dont l’absence prolongée sur le sol congolais menace son leadership sur l’opposition congolaise. Une consolation tout de même pour le riche homme d’affaires : son portrait trônait en bonne place sur les banderoles à côté de celui de Tshisekedi avec la mention : « pas de dialogue en RDC sans Moïse Katumbi ».

« Un vrai dialogue inclusif sans Kabila »

Concernant le dialogue politique en souffrance que cherche péniblement à organiser le président Joseph Kabila pour régler la crise pré-électorale qui couve, le discours de dimanche n’a pas apporté de réponse sur la possible participation de l’UDPS et de ses alliés au fameux dialogue. Ou plutôt si. Etienne Tshisekedi a encore joué encore le blocage en récusant durant son meeting une nouvelle fois le facilitateur de l’Union africaine, Edem Kodjo, qu’il considère trop proche du « pouvoir kabiliste ».

Clairement, Tshisekedi n’a pas l’intention d’aller au dialogue avant la fin du mandat de Joseph Kabila. Le patron de l’UDPS attend le soir du 20 décembre pour « dire au revoir à monsieur Kabila et inaugurer une ère nouvelle (…) au cours d’un vrai dialogue politique inclusif sans Kabila ». Devant le blocage du processus électoral, Etienne Tshisekedi attend donc que l’actuel président soit hors mandat pour proposer sa solution de sortie de crise.

L’UDPS et ses alliés, au sein du Rassemblement de l’opposition, prônent une période de transition, présidée par Etienne Tshisekedi lui-même jusqu’à la tenue du scrutin présidentiel. Une solution qui ne convient visiblement pas pour l’instant au chef de l’Etat qui se verrait bien se maintenir au pouvoir après le 19 décembre autour d’un gouvernement de transition que piloterait probablement Tshisekedi avec des ministres issus de l’opposition et de la majorité.

Le meeting de dimanche, en dehors de montrer la forte capacité de mobilisation populaire de la plateforme de l‘opposition pilotée par Tshisekedi et Katumbi, aura au moins permis une nouvelle clarification des positions de Tshisekedi sur le dialogue politique. Une positionnement qui renvoie désormais la balle dans le camp présidentiel.

Avec Africarabia


Kwamamaza
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