RDC : Kabila parle… mais ne rassure

Redigé par Christophe RIGAUD – Afrikarabia
Le 29 janvier 2018 à 12:06

En pleine crise politique, Joseph Kabila a défendu son bilan devant la presse, sans apporter de réponse sur son avenir politique. Une sortie médiatique qui laisse surtout penser que le président congolais ne veut pas quitter le pouvoir.

Joseph Kabila devant la presse vendredi 26 janvier 2018 © Présidence RDC

Joseph Kabila, présenté comme un président « taiseux », a plutôt été volubile devant la presse, en fin de semaine dernière. Un chef de l’Etat plus à l’aise que d’habitude devant les micros, essentiellement pour défendre son bilan à la tête de la RD Congo.

Joseph Kabila devant la presse vendredi 26 janvier 2018 © Présidence RDC
Très attendu sur la tenue des élections, le respect de la Constitution et son avenir poltique, Joseph Kabila a d’abord commencé son point presse… par refaire le match. Et d’expliquer qu’à son arrivée au pouvoir en 2001, « le Congo était en pleine guerre, (…), le pays était divisé, les indicateurs macro-économiques étaient au rouge, (…) le taux de croissance était négatif, (…) et la RDC avait une dette de 14 milliards de dollars ».

Mais sur l’essentiel des interrogations, à l’origine de la crise politique actuelle, Joseph Kabila a passé son temps à contourner les obstacles. Accusé par l’opposition de vouloir se maintenir au pouvoir, alors que la Constitution lui interdit de se représenter, Joseph Kabila n’a rassuré personne sur son avenir après la présidence.

La seule parole qui aurait pu faire baisser la tension d’un cran à Kinshasa, aurait été l’annonce de sa non candidature à la prochaine présidentielle, comme le demandent régulièrement l’opposition et les manifestants des marches pacifiques. A la question de savoir si le chef de l’Etat serait candidat à la prochaine présidentielle…

Joseph Kabila a préféré botter en touche en demandant de « donner une copie de la Constitution » à la journaliste de RFI qui avait posé la question. Un flou savamment entretenu par le président congolais à chacune de ses déclarations sur le sujet, qui ne risque donc pas de rassurer les Congolais sur une prochaine alternance politique à la tête de l’Etat.

Les élections… ou le développement ?
Sur la tenue des prochaines élections, déjà été reportées par deux fois, là encore Joseph Kabila ne garantit rien et renvoie au calendrier de la Commission électorale (CENI) qui prévoit des élections générales pour décembre 2018. Lorsque l’on sait que la Commission est régulièrement accusée par l’opposition de retarder volontairement la tenue du scrutin, on peut douter de la fiabilité du nouveau calendrier électoral.

Un doute renforcé également par le manque de moyens financiers du Congo pour organiser les élections dans un pays-continent dépourvu de toute infrastructure. Sur ce point encore, les propos de Joseph Kabila inquiètent : « Les élections dans ce pays commencent à coûter plus cher que le développement. Est-ce qu’il faut qu’on soit cité comme le pays le plus démocratique dans le monde ou bien c’est le développement qui compte ? »

Une interrogation qui vient confirmer l’idée que, pour le président congolais, le développement vaut mieux que les élections. Problème au Congo, qui est classé parmi les pays les plus pauvres du monde : il n’y a ni développement, ni élections !

Autre source d’inquiétude qui fait douter sur la volonté réelle de Joseph Kabila de quitter le pouvoir : la possible tenue d’un référendum qui permettrait à l’actuel chef de l’Etat de s’autoriser à briguer un troisième mandat. Une nouvelle fois, Joseph Kabila renvoie au calendrier électoral de la CENI, qui ne prévoit pas dans son chronogramme de référendum constitutionnel pour faire sauter le verrou qui limite à deux les mandats présidentiels.

Seul souci : le président congolais oublie de dire que plusieurs cadres du PPRD, son propre parti, battent ouvertement campagne dans les rues pour l’organisation d’un référendum. Référendum qui pourrait également faire passer l’élection présidentielle au scrutin indirect.

Un président déjà en campagne ?
Enfin, le discours qui a été tenu devant la presse apparaît en complet décalage avec la réalité congolaise. Le pays continue de s’enfoncer dans la violence et fait face à une crise humanitaire sans précédent avec 4 millions de déplacés internes. 120 groupes armés pullulent encore à l’Est du pays, où l’armée ne parvient pas à mettre fin aux massacres dans la région de Beni. Depuis 2016, ce sont désormais les Kasaï, dans le centre du pays, qui sont se sont enflammés dans des violences interethniques et une répression féroces des forces de sécurité. Avec un budget lilliputien de 5 milliards de dollars pour 80 millions d’habitants, la RDC est également en proie à une grave crise économique dû à la prédation des matières premières par la classe dirigeante, mais aussi par une corruption généralisée qui gangrène le pays. 80% des Congolais vivent encore sous le seuil de pauvreté.

Alors que le pays traverse sa pire crise depuis 20 ans et s’enfonce dans la répression politique, Joseph Kabila a l’air de dire : « qu’est-ce qui ne va pas ? » Et surtout, l’actuel chef de l’Etat a déjà l’air en campagne pour les prochaines élections ! Joseph Kabila a profité de sa sortie médiatique pour vanter ses multiples projets pour le pays : pétrole, infrastructures, cadre macro économique… Ce qui n’est visiblement pas le discours d’une personne qui doit quitter le pouvoir dans 10 mois ! « Quelqu’un qui veut partir le 23 décembre 2018 n’a plus à brandir un projet société » s’étonnait le patron de l’UNC Vital Kamerhe à l’issue du point presse présidentielle. Une chose est sûre, à la fin de la conférence de presse, nous étions déjà devant un président en campagne qui testait ses meilleurs arguments pour se maintenir au pouvoir.


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