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Ravivons le message du panafricanisme, perpétuons sa trace
Publié le 12-07-2016 - à 12:32' par Prof. Kubwimana Chrysologue



A l’occasion des Assises de l’Union Africaine, du fond de leur demeure éternelle, les pères fondateurs nous parlent toujours. Réécoutons-les.

« La survivance de l’Afrique libre, les progrès de son indépendance et l’avancée vers l’avenir radieux auquel tendent nos espoirs et nos efforts, tout cela dépend de l’unité politique. Si la majeure partie de l’Afrique était politiquement unie, il pourrait se créer une Afrique unie, grande et puissante, où les frontières territoriales qui nous restent de l’époque coloniale seraient désuètes et inutiles, et qui travaillerait à une mobilisation complète et totale de l’organisme de planification économique, sous une direction politique unifiée.

Tant que nous restons balkanisés, régionalement ou territorialement, nous sommes à la merci du colonialisme et de l’impérialisme.

Les forces qui nous unissent sont plus grandes que les difficultés qui nous divisent, et notre but doit être de rendre l’Afrique digne, moderne et prospère ».
Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Addis-Abeba, Ethiopie, Mai 1963.

« Les exigences de l’unité africaine-ses buts-rendent nécessaire l’établissement d’une nouvelle entité internationale pour remplacer les petites unités internationales existant aujourd’hui dans notre continent. Tant que nous n’aurons pas réussi cela, nous ne serons pas en mesure d’utiliser les ressources de l’Afrique pour le peuple d’Afrique et nous ne serons pas libérés de la peur vis-à-vis du reste du monde. Un Etat à la dimension du continent, unique et indivisible, doit être établi, et il ne pourra être brisé à nouveau, car ce sera une entité et non un ramassis d’entités.

Les Africains aujourd’hui ont un devoir envers leurs ancêtres et envers leurs descendants, et ils ne doivent pas faillir à leurs obligations. L’homme méritant par sa contribution une petite note au bas d’une page dans l’histoire de l’Afrique unie, méritera plus aux yeux de l’avenir que celui dont toute l’obstination, toute la peur, tout l’orgueil empêche ou retarde le jour où cette histoire pourra s’écrire. Je pense que le peuple d’Afrique sera digne de la grande chance qui lui sera donnée ».

Julius Kambarage Nyerere, La nature et les exigences de l’unité africaine. Un Etat nouveau.

Le Sommet de l’Union Africaine, une occasion de réfléchir sur la réalité de l’Afrique et de son unité.

Du 10 au 18 juillet 2016 se tient à Kigali le Sommet annuel de l’Union Africaine. Cet évènement est une merveilleuse occasion de faire un petit tour dans le temps et réfléchir un moment sur la réalité de l’unité africaine depuis l’Organisation de l’Unité Africaine, sa conception, son enfantement en mai 1963, les circonstances de sa naissance, ses réalisations, sa disparition et sur son remplacement par l’Union Africaine (UA) à Durban en 2002, après trois longues années d’incubation (Sommet de Syrte en 1999, Sommet de Lomé en 2000 et Sommet de Lusaka en 2001.

On ne peut pas parler de l’Organisation de l’Unité Africaine et de l’Union Africaine sans se remettre à l’écoute du silence de leurs illustres arrières grands-parents, grands-parents et parents, les échotiers du panafricanisme, notamment Henri-Sylvester Williams , Antênor Firmin , Benito Sylvain , W.E. Burghardt Du Bois , Marcus Mosiah Garvey ,KojoTovalouHouenou, George Padmore, Kwame Nkrumah, NnandiAzikiwe, Jomo Kenyatta, Mc Donald Milliard, Edward Blyden, Peter Abraham, Marko Mlubi, Patrice Emery Lumumba, Julius Nyerere, SylvanusOlympio, Modibo Keita, Nelson Mandela, Sékou Touré, Cheikh Anta Diop, Aimé Césaire, Camara Laye, Léopold Cedar Senghor, Léopold Ferdinand Oyono, Mongo Beti et David Mandessi Diop, Thomas Sankara et Mouammar Kadhafi, pour ne citer que ceux-là.

De génération à génération, les hommes politiques et les universitaires africains héritent d’eux l’idéal panafricain et une farouche volonté de libérer l’Afrique, de la faire renaitre, de la défragmenter et de la restaurer dans sa dignité.

Le tout premier exposé des motifs de l’Acte Constitutif de l’Union Africaine traduit clairement ce précieux héritage : « Inspirés par les nobles idéaux qui ont guidé les pères fondateurs de notre Organisation continentale et des générations de panafricanistes dans leur détermination à promouvoir l’unité, la solidarité, la cohésion et la coopération entre les peuples d’Afrique, et entre les Etats africains… »

A une telle occasion, à l’exemple de l’immortel sage Ptahhotep ,les hommes politiques et les universitaires africains ont le devoir impératif de rappeler à la conscience historique ces nobles idéaux et cette détermination ainsi que les traceurs et baliseurs du chemin de la liberté et de la dignité de l’Afrique.

A une telle occasion, les hommes politiques et les universitaires africains sont appelés à s’arrêter un peu, faire demi-tour et entreprendre un deuxième voyage en suivant l’itinéraire « à reculons », vers le point de départ, vers les années de lutte et de gloire pour « transmettre les paroles de ceux qui jadis ont écouté les conseils des ancêtres qui obéirent aux dieux », comme dans une sorte de « mouvement de solidarité essentielle et tacite ».

En effet, comme dans tout véritable jeu de relai, chaque génération doit constamment avoir à l’esprit la responsabilité de passer à la suivante ces idéaux panafricanistes et cette farouche détermination de la construction d’une Afrique unie, puissante et prospère.

Mais, cet acte de passer la main aux générations des relayeurs ne doit pas consister à faire de simples récits de spectateurs de pans d’histoire à faire déchiffrer par d’autres, mais à transmettre un message d’acteurs que les aînés ont été dans le combat sans trêves de la lutte pour la décolonisation et dans la poursuite de la lutte contre la néo-colonisation en vue d’une véritable indépendance.

En vue de la poursuite du combat de libération sans trêves, la transmission du message des ainés, échotiers du panafricanisme, doit aider à tracer l’histoire de demain, afin que la longue chaîne des générations futures puisse progressivement rompre avec le dicton lâche et dépourvu d’ambitions : « nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes ». Ceci revient à dire que la longue chaine des générations futures puisse rompre avec le maintien de l’Afrique démembrée héritée de la colonisation, ce « ramassis d’entités », selon l’expression de Mwalimu Julius Kambarage Nyerere.

La transmission du message des pères fondateurs doit entretenir la flamme du relèvement du continent de l’état déclenchée depuis la Traite des Noirs, cet état « de décélération, de piétinement, d’arrêt de l’histoire africaine…d’inversion, de retournement de l’histoire africaine »que raconte notamment le grand historien Joseph Ki-Zerbo.

A des occasions comme celle du Sommet de l’Union Africaine, les universitaires et les hommes politiques africains ont donc le devoir impératif de réveiller en eux-mêmes d’abord et surtout chez les relayeurs la conscience historique panafricaine et la nécessaire solidarité dans la croyance en une destinée commune, au-delà des générations et des micro nations, à l’ensemble du continent africain, « du Cap à Tanger ou au Caire, du Cap Guardafui aux îles de Cap Vert » .

L’Afrique est certes plurielle.

L’Afrique connaît certes la pluralité des structures sociales, la pluralité des langues, la pluralité des mœurs. Et pourtant, par-delà ces pluralités, l’Afrique est unique parce que les Africains ont quelque chose de commun qu’ils partagent : une histoire, un destin et un devenir communs. Nous sommes parfaitement d’accord avec Léopold Cedar Senghor, « il y a une sensibilité africaine, une manière africaine d’appréhender les choses, une vision africaine du monde, et c’est cela l’africanité ».

Le panafricanisme, idéologie du continentalisme, doit donc se comprendre aisément quand on considère les traits communs de l’Afrique et de son histoire. En effet, en puisant dans la grande richesse de la pensée de Joseph-Ernest Renan , galvanisés par le discours panafricain, profondément convaincus que l’Afrique est en réalité une nation, les universitaires et les hommes politiques fondent le destin des peuples d’Afrique sur la communion intergénérationnelle entre les morts, les vivants et la chaine ininterrompue de leurs relayeurs.

Pour eux comme pour ce grand philosophe et historien que nous citons in extenso, « une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre est dans le présent. L’une est la possession d’un riche legs de souvenirs, l’autre est la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. Dans le passé, un héritage de gloire ou de regrets à partager ; dans l’avenir, un même programme à réaliser ».

Comme lui, nous pensons que la nation « n’est ni une masse de citoyens, ni un simple lieu d’immobilité des facteurs, mais un groupe, un ensemble durable d’êtres morts, vivants et à naître, liés par une solidarité qui s’exprime par une capacité de sacrifices pour réaliser une destinée commune ».

On ne peut donc pas parler de l’Union Africaine sans la rattacher au mouvement de libération des peuples noirs, en Afrique et hors d’Afrique, de la longue et pénible période de deshumanisation et d’exploitation qui va de cette terrible Traite des Noirs, aux honteuses campagnes de razzias de millions d’Afrique et de leurs transfèrements en Europe, au Moyen Orient dans l’Empire Ottoman et pour finir dans les lointaines terres inhospitalières d’Amérique.

On ne peut pas parler de l’Union Africaine sans faire référence à la colonisation et au néo-colonialisme postindépendance. Ce destin maudit, commun à tous les Africains, a fait naitre en eux un sentiment de solidarité et de détermination pour la lutte pour sa réhabilitation dans son humanité. On retrouve cet idéal panafricain dans les textes fondateurs de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et de l’Union Africaine (UA) dont nous donnons ci-après deux exposés des motifs :

« Rappelant les luttes héroïques menées par nos peuples et nos pays pour l’indépendance politique, la dignité humaine et l’émancipation économique ;
« Guidés par notre vision commune d’une Afrique unie et forte, ainsi que par la nécessité d’instaurer un partenariat entre les gouvernements et toutes les composantes de la société civile, en particulier les femmes, les jeunes et le secteur privé, afin de renforcer la solidarité et la cohésion entre nos peuples » .

Les Africains, vivants et ceux à naitre, doivent entretenir le pont qui les relie aux échotiers de ces luttes héroïques de libération.

En verbalisant certains grands noms de l’histoire héroïque africaine et en rappelant à la mémoire de la conscience l’humiliation, la violence physique, la déportation et parfois la liquidation physique de résistants, souvent inconnus ou tout simplement oubliés, les assises annuelles de l’Union Africaine doivent donner l’occasion de mettre en contact les universitaires et les hommes politiques actuels avec les fantômes des héros de la résistance tels Samori Touré, roi de l’ancienne Guinée,Behanzin, roi du Dahomey, Prempeh I du Ghana, Gungunhane du Mozambique, Antonio I NvitaNkanga, roi de l’Empire du Kongo, André Matswa, Ranavalona III, reine de Madagascar, Kimpa Vita dite Dona Beatrice , SartjieBartman la « Venus hottentote », Mwami Yuhi V Musinga du Rwanda et Simon Kimbangu, prophète congolais.

De telles assises doivent faire revivre les luttes héroïques contre la violente pénétration de l’Occident en Afrique et contre les sévices de toutes sortes perpétrés par les colonialistes à l’encontre de l’ensemble des peuples africains.

Sans se verser dans une sorte misérabilisme, les hommes politiques et les universitaires doivent toujours avoir à l’esprit la violence et la barbarie de cette pénétration de l’Occident depuis la traite de Noirs et l’invasion du continent, son dépeçage et son partage entre les puissances européennes, par le Traité de Berlin de 1885.

Avec l’arrivée sur les côtes africaines des navigateurs et explorateurs portugais Dom Diego Cao et Vasco de Gama, l’Europe a conquis l’Afrique et a, non seulement entrepris d’écumer ses ressources naturelles, mais elle a en outre détruit ou déformé les traditions, les coutumes, les valeurs et l’histoire des peuples du continent.

Cette période de la colonisation qui s’est étendue jusque dans les années 1960 doit inviter les universitaires et les hommes politiques africains à l’écoute des souvenirs du passé de l’Afrique, ce passé dramatique qui malheureusement ne passe pas aussi vite que nous l’aurions voulu et cru.

En faisant un recul dans le temps, on peut situer début du front commun de libération de l’Afrique et des peuples d’Afrique avec la naissance du panafricanisme. Né aux Antilles britanniques et aux Etats Unis d’Amérique au début des années 1900, le panafricanisme était une idéologie visant la solidarité fraternelle des Noirs non seulement à l’intérieur des frontières de l’Afrique, mais également hors d’Afrique.

Le panafricanisme considère donc l’Afrique comme une nation avec l’africanité comme identité commune à tous les Noirs où qu’ils se trouvent, à l’intérieur et en dehors de l’Afrique. Pour les échotiers du panafricanisme, les Africains et les descendants d’Africains qui se trouvent hors de l’Afrique constituent un seul ensemble. Ils ont pour devoir impératif d’unifier l’Afrique et de réhabiliter l’africanité.

Considéré au départ comme un mouvement d’émancipation et de solidarité fraternelle de tous les peuples africains, le panafricanisme date de 1990 avec la tenue à Londres de la première conférence panafricaine convoquée par Henri-Sylvester Williams afin de dénoncer devant la communauté internationale les appétits impérialistes de la Compagnie à Charte Cecil Rhodes et l’accaparement par les émigrants Boers des ressources naturelles sud-africaines au détriment des populations autochtones.

Poursuivi par W.E.B. Dubois, professeur de sociologie de l’Université d’Atlanta, le mouvement fut radicalisé par Marcus Garvey. Marcus Garvey alla jusqu’à fonder une Eglise, « l’African Orthodox Church », Eglise des Noirs où les Anges étaient noirs et Satan, un blanc. En 1920, il proclama la « Déclaration des Droits des Peuples Nègres du Monde ».

Idéologie de lutte, le panafricanisme prône la solidarité, la coopération et l’unification des Etats africains dans les domaines politique, économique, culturel et même militaire comme stratégies d’arrêter définitivement l’asservissement, les persécutions, la discrimination et l’exploitation de l’Afrique et de ses richesses naturelles et humaines.

La préface de l’ouvrage « Panafricanism or Communism ? The Coming Struggle for Africa », synthétise les principaux objectifs du Panafricanisme :« le mouvement panafricain vise à réaliser le gouvernement des Africains par les Africains pour les Africains, en respectant les minorités raciales et religieuses qui désirent vivre en Afrique avec la majorité noire ».

La première étape du combat de libération fut celle contre l’humiliation qui, pour utiliser les termes d’Avishai Margalit , « est une forme de cruauté qui détruit la capacité des gens à croire en eux, à prendre des initiatives et à changer leur propre situation. L’humiliation et la déshumanisation affectent non seulement les libertés fondamentales des personnes mais aussi leur capacité individuelle à être des agents de changement de leur propre situation. La notion d’agent humain est essentielle dans cette discussion : les personnes se respectent les unes les autres sur la base de leur autonomie et de leur capacité à agir comme des agents humains pour changer et remodeler leurs vies ».

L’éveil de la conscience historique africaine a ainsi aiguisé chez des générations de panafricaniste le sens de responsabilité dans l’entreprise de redonner sa confiance à l’Afrique et aux peuples d’Afrique. Redonner la confiance à l’Afrique demande d’abord le jaillissement de la conscience de soi et la confiance en soi-même.

Dans le domaine économique, le panafricanisme prêche l’utilisation des nombreuses richesses du sol et du sous-sol africain au développement de ses peuples. Les participants au 5e Congrès panafricain tenu à Manchester (Angleterre) en 1945 avaient traduit l’exaspération des peuples africains et annoncé la détermination de mettre fin à la domination économique de l’Occident.

« Nous ne voulons plus mourir de faim plus longtemps, alors que nous travaillons dur pour le monde, pour soutenir par notre pauvreté et notre ignorance, une fausse aristocratie et un impérialisme discrédités.[…] Nous allons combattre de toutes les façons possibles pour la liberté, la démocratie et l’amélioration de notre condition sociale ».

La résistance que prônait le panafricanisme a exigé le réexamen de l’histoire africaine dans une perspective africaine et le retour aux valeurs culturelles traditionnelles. Le panafricanisme politique est donc à la base de l’éclosion du panafricanisme de la culture nègre avec « Présence Africaine » d’Alioune Diop, Emmanuel Mounier, Cheikh Anta Diop, Aimé Césaire, Jacques Rabenamanjara et Léopold Sedar Senghor auxquels se sont joints d’autres écrivains comme Jean-Paul Sartre, Albert Camus, André Gide et Placide Tempels. Le leitmotiv était le « réveil des peuples esclaves ».A la suite de Présence Africaine, ceux qui s’étaient regroupés sous le label des « Ecrivains et Artistes Noirs » tinrent plusieurs congrès. Ces Congrès donnèrent naissance au concept de « négritude ». Le mot « négritude » fut lancé par Léopold Sédar Senghor au cours des années 1933.

Culturellement conceptualisé par le groupe des Ecrivains et Artistes Noirs, le panafricanisme trouva un terrain politique fertile sur le continent africain avec des leaders nationalistes formés en Occident et aussi en contact étroit avec l’International socialiste. Parmi ces leaders africains, il sied de citer KwameNkrumah , Ahmed Sékou Toure , Patrice Emery Lumumba, Jomo Kenyatta, Julius Nyerere, MiganApithy, SylvanusOlympio, Modibo Keita et Dr NnandiAzikiwe. En même temps que le panafricanisme, il y avait le panarabisme avec à sa tête le Président Nasser d’Egypte.

Panafricanistes et pan arabistes travaillaient de concert dans la lutte commune contre le colonialisme. Ni à gauche ni à droite, les panafricanistes adhérèrent tout naturellement au mouvement des Non Alignés.

L’idéologie panafricaine fut vite relayée par la jeunesse estudiantine nourrie par les enseignements des pères fondateurs. C’est dans ce contexte de l’éveil de la conscience historique africaine que de nouvelles générations de panafricanistes ont grandi et tiré la force de penser, de résister et de lutter, à leur manière.

C’est dans cette ambiance électrique des décennies 40-60 que ces nouvelles générations de panafricanistes ont grandi et évolué jusqu’aujourd’hui.

Cette ambiance faisait « gronder dans leurs cœurs » le sentiment de révolte de colonisé irresponsable et aiguisait le sens et le sentiment de responsabilité dans l’entreprise de redonner sa confiance à l’Afrique.

La mise en œuvre des luttes de libération sur le sol africain fut facilitée par quelque partis politiques d’inspiration panafricaine tels le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) d’Ahmed Sékou Touré, le Parti des Fédéralistes Africains (PFA), la Convention du Parti du Peuple (CPP) de Kwame Nkrumah, l’Union des Populations du Cameroun (UPC) de Ruben Um Nyobe, le Kenyan African Union (KANU) de Jomo Kenyatta, le Mouvement d’Emancipation Sociale d’Afrique Noire (MESAN) de Barthelemy Boganda, l’Union Nationale Africaine du Tanganyika (TANU) de Julius Kambarage Nyerere, l’Union Nationale Rwandaise (UNAR) de François Rukeba, l’Union pour le Progrès National (UPRONA) de Louis Rwagasore, le Mouvement National Congolais (MNC) de Patrice Emery Lumumba, le Congrès National Africain (ANC) de Nelson Mandela, le Front de Libération du Mozambique (FRELIMO) d’Eduardo Mondlane et Samora Machel, le Mouvement Populaire de Libération de l’Angola (MPLA) d’Agostino Neto et le Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée Bissau et du Cap-Vert (PAIGC) d’Amilcar Cabral.

A l’occasion de telles assises de l’Union Africaine, les universitaires et les hommes politiques africains doivent revisiter l’histoire des luttes héroïques d’indépendance et rendre un hommage au très grand nombre de dirigeants nationalistes panafricains qui ont été physiquement éliminées par la main invisible des puissances coloniales parce qu’ils ont eu le courage de refuser que le futur du continent soit toujours défini et tracé ailleurs.

Le colonialiste n’hésite pas de lâcher et, en cas de besoin, liquider le chef d’Etat qui refuse de plaire. Parmi les victimes, on peut citer les Camerounais Ruben Um Nyobe et Ernest Ouandié ; le Mwami du Rwanda Charles Mutara Rudahigwa ; le Centrafricain Barthélémy Boganda ; le prince du Burundi Louis Rwagasore ; le Togolais SylvanusOlympio ; les Congolais Patrice Emery Lumumba et Pierre Mulele ; Amilcar Cabral de Guinée-Bissau ; le Malien Modibo Keita ; Alphonse Massamba-Debat et Marien Ngouabi du Congo Brazzaville ; François Tombalbaye du Tchad ; Samora Machel du Mozambique, le burkinabais Thomas Sankara et tout récemment le libyen Mouammar Kadhafi .

Le combat de libération de l’Afrique n’est pas achevé
Annonçant sa rupture irréversible, Aimé Césaire avait adressé au Secrétaire Général du Parti communiste français le message suivant : « L’heure est venue d’abandonner toutes les vielles routes. Celles qui ont mené à l’imposture, à la tyrannie, au crime. C’est assez dire que, pour notre part, nous ne voulons plus nous contenter d’assister à la politique des autres. Au piétinement des autres. Aux ambitions des autres. Aux rafistolages de consciences ou à la casuistique des autres. L’heure de nous-mêmes a sonné. »

L’heure de nous-mêmes a-t-elle réellement sonné ? Après la décolonisation officielle, l’heure de l’Afrique et des peuples d’Afrique est-elle véritablement venue ? L’Afrique ne serait-elle pas passée de la dépendance à « l’indépendance » dans la dépendance ?
« L’histoire universelle, autant que nous puissions nous en rendre compte, écrit le philosophe Hermann Hesse, est faite de luttes brutales pour la conquête d’un pouvoir, de biens, de terres, de matières premières, d’argent, bref de matières et de quantités… » .

Le séisme du mouvement de l’émancipation de l’Afrique a provoqué une réaction féroce des coloniaux et très vite, la situation générale de nos pays s’est gâtée. Avec la décolonisation, les puissances coloniales n’ont jamais voulu reconnaitre une réelle souveraineté de leurs colonies ; elles ont fait le contraire de ce qu’elles disaient.

Elles ont aussitôt procédé au torpillage des indépendances en installant des « dirigeants amis » à la tête des pays « souverains ». « Le système colonial est à la longue interminable », dit Jacques Foccart mandaté par le Général de Gaule pour la mise en œuvre du maintien de la dépendance de ces anciennes colonies en« installant au pouvoir nos amis tout de suite avant qu’une guerre de libération nationale ne forme une classe dirigeante nationaliste antifrançaise ».

Dans le troisième tome de ses mémoires, Michel Debré, Premier Ministre entre 1959 il avait pris la décision de reconquérir un pays africain qu’il n’est pas nécessaire de citer, éliminer physiquement les dirigeants du mouvement politique de libération ce pays pour ensuite accorder l’indépendance à d’autres, ceux qui ne l’avaient pas demandée.

Pour ce qui est par exemple le cas de notre voisin, la République Démocratique du Congo, un certain Jean-Louis Moreau rapporte un passage des Archives Générales du Royaume de Belgique de 1957 dans lequel Jules Cousin, Directeur Général de la Société Minière du Katanga, proposa au Gouvernement de la Colonie de profiter des querelles tribales pour diviser le Congo en plusieurs provinces pour éviter l’institution d’une nation congolaise, une fois l’indépendance accordée.

« On a un Ministère des Colonies et je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas quatre ou six colonies », peut-on lire dans ces archives. « Si nous ne faisons rien pour éviter l’institution d’une nation congolaise, on nous expulsera pour s’emparer de tout ce que nous aurons créé ici au Congo ».En septembre 1959, un certain Beat von Fischer, Ancien ambassadeur suisse, confirmera les déclarations de Jules Cousin.

« Il ne faut pas se méprendre, avait témoigné le diplomate suisse, sur le fait que les grandes puissances poussent tant à l’aide à l’Afrique, le font surtout pour des intérêts égoïstes de nature politique, stratégique et économique. Nous assistons aujourd’hui à une seconde conquête de ce continent où l’intérêt du noir comme tel n’est pas plus respecté qu’il ne l’était lors de la première conquête au siècle passé ».

Dans ces conditions, il est évident que l’Occident ou des Occidentaux ne pouvaient pas ne pas être mêlés dans ces coups de déstabilisation des Etats africains. En état de guerres quasi permanentes, l’Afrique a été un des meilleurs clients pour les trafiquants d’armes. Cette déstabilisation a alimenté une véritable « anomie » et a organisé, installé et finalement « banalisé » le chaos.

Dans l’ensemble du continent, on assista progressivement à la désintégration du tissu économique avec comme corollaire la montée fulgurante de la corruption et de l’économie de l’affection observée dans le régime monarchique par Montesquieu dans « l’Esprit des Lois ». Ce phénomène d’ « économie de l’affection » a contribué au déficit progressif de la gouvernance et au retard de l’émergence de l’économie.

A la suite de la décolonisation de façade, la politique africaine devint carrément une démarche de détournement des indépendances et de déstabilisation fondée sur des divergences et des convergences d’intérêts . Depuis 1960, l’Afrique a connu plus de 70 coups d’Etat et l’assassinat d’une vingtaine de chefs d’Etat et de Gouvernement. Depuis lors, des leaders nationalistes panafricanistes ont payé de leur vie leur refus de rester des figurants à la solde des colons.

La période de la décolonisation a ainsi été marquée par l’arrogance et surtout par la cruauté des dirigeants de puissances coloniales qui, sans vergogne, faisaient et défaisaient, tuaient ou faisaient tuer les leaders africains pour la conservation de leurs intérêts économiques et politiques .

L’installation généralisée à la tête des Etats africains « souverains » de « présidents amis » se fit donc souvent dans le sang exactement comme à l’époque de l’esclavage et du colonialisme.

Les colonialistes entreprirent systématiquement des assassinats de chefs d’Etats, le financement de rebellions et de sécessions ainsi que la privatisation des guerres et l’entretien de hordes de mercenaires pour déstabiliser des dirigeants désobéissants comme ce fut le cas avec les criminels Français Bob Denard, Dominique Malacrino et Jean-Paul Guerrier, le Serbe DominicYugo ou encore le Belge Jean Schramme qui ont semé la désolation en Afrique et qui, malgré des assassinats crapuleux dont ils se sont eux-mêmes publiquement vantés, n’ont jamais judiciairement été inquiétés.

Pour se donner bonne conscience, les torpilleurs des indépendances ont souvent violé la souveraineté des Etats africains en agitant le fameux « droit d’ingérence » pour des raisons « humanitaires ».

A l’occasion d’un Sommet de l’Union Africaine, une réflexion s’invite donc toujours à l’esprit : combien de pays africains jouissent-ils réellement de l’indépendance et de la souveraineté interne et internationale, attributs essentiels d’un Etat digne de ce nom ? Avec les indépendances africaines, on a certes déclaré l’autodétermination, l’émancipation, la décolonisation et la libération.

Dans sa résolution 1514 XV du 14 Décembre 1960, l’Assemblée Générale des Nations Unies a certes décidé l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux. Mais au fond, que signifie l’indépendance ?

Mais que signifie donc l’indépendance ?

L’indépendance est l’acquisition pour un pays de la totale souveraineté politique. Le philosophe Gaston Berger soutient que « l’indépendance est un fait ; elle ne se rapporte pas à des volontés extérieures, amicales ou hostiles, mais à des conditions naturelles qui existent ou n’existent pas. Etre indépendant, c’est être capable de se suffire ».

Etre indépendant, c’est, selon le philosophe Jean Pic de la Mirandole , accéder au droit de devenir ce qu’on se fait soi-même et de devenir l’artisan de sa destinée. Georges Balandier, témoin actif de la période de « décolonisation » africaine, abonde dans le même sens et soutient que « chaque peuple, dès lors qu’il dispose de liberté suffisante, accède à la responsabilité de sa propre histoire (…)

Si l’histoire ne s’arrête pas, poursuit-il, si les sociétés se produisent constamment, chaque acteur individuel ou collectif est, dans une certaine mesure, responsable de ce qu’il advient. Il n’est plus possible de s’en remettre à la commodité de l’accusation, d’invoquer la domination d’un système, d’une société, de l’Etat, du Léviathan, bref toutes les métaphores du sujet opprimé. »

Pour ce qui est de la direction des Etats africains « postcoloniaux », Francis Fukuyama reconnaîtra avec nous la mise en œuvre de cette paralysie stratégique du colonisé par le colonisateur en ces termes : « L’homme fort de la politique africaine contemporaine est sous de nombreux aspects, une création coloniale, car les Européens ont voulu diriger indirectement en donnant le pouvoir à une série de dictateurs locaux chargés de mettre leurs programmes à exécution ».

Au lieu de rompre avec le passé et de mener leur peuple vers le progrès et la jouissance des bienfaits de la liberté et de l’indépendance, les bénéficiaires du cadeau empoisonné des colonisateurs ont entrepris la marche épouvantable vers l’indignité. Pour des observateurs assidus et lucides comme Georges Balandier et Jean Ziegler , les présidents « amis » ont choisi la poursuite de l’« acceptation active de la dépendance » comme à l’époque coloniale et, dans la plupart des cas, la nation n’a été qu’une fiction juridique.

Avec la « décolonisation », les Etats africains n’ont donc pas réellement accédé à l’autodétermination et à la souveraineté. Ils ont eu juste le droit au droit à l’indépendance et à la souveraineté. Kwame Nkrumah avait fustigé l’attitude criminelle des « dirigeants amis » de Jacques Foccart : « tout aussi coupable est le refus de reconnaitre la nature du nouvel impérialisme qui se sert d’eux pour maintenir l’Afrique dans la division, comme moyen de faire échouer l’indépendance totale et de perpétuer l’hégémonie des néo colonialistes ».

« Etre indépendant, c’est être capable de se suffire », écrit le philosophe George Berger. L’indépendance est impensable sans indépendance économique. Avoir des besoins nous enchaîne, nous dit le philosophe. Une sagesse africaine ne dit-elle pas que « la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit ».

De la part de ceux qui la subissent, la dépendance s’accompagne de la soumission, de la servitude et de la privation de la dignité qui est, selon le philosophe italien Jean Pic de la Mirandole « l’attribut de ceux qui deviennent ce qu’ils se font eux-mêmes, de ceux qui sont les artisans de leur propre destinée, de ceux qui s’auto-créent, en un mot, de ceux qui sont libres ». A la création, « Adam reçoit du créateur le privilège d’être seulement ce qu’il devient, et de devenir ce qu’il se fait ».

La dépendance économique donne toujours lieu à d’autres formes de dépendance, notamment à la dépendance politique. Ceci est également observé par Hannah Arendt quand elle écrit que « colonisé, colonisateur, le regard que nous portons sur nous-mêmes, sur notre environnement, sur les autres et sur le monde, dépend de la position que nous adoptons par rapport à l’impérialisme ».

La dépendance peut même être désirée et recherchée pour les avantages qu’elle peut procurer à ceux qui acceptent la soumission de l’impérialisme. Un de ces avantages que procure la soumission est la « sécurité ».

Et comme l’écrivit le philosophe Etienne de la Béotie, par la longue et méthodique acculturation, par l’éducation ou plutôt par le formatage de certaines élites, la dépendance désirée a naturellement souvent donné lieu à la « servitude volontaire » .Dans un ouvrage déjà ancien mais toujours d’actualité, Aimé Césaire, un des chantres de la Négritude, dénonçait déjà cette triste réalité de l’acculturation et de la destruction de notre culture et de ses valeurs fondamentales :

« On me parle de progrès, de réalisations, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, de cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilomètres de routes, de canaux, de chemins de fer… Moi, je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse ».

Cette servitude volontaire, désirée et parfois recherchée, est un véritable écueil à l’autonomie de la pensée d’où les hommes tirent leur dignité. Pour le philosophe, « la dignité est le respect que l’on reconnaît à tout être humain qui est, non seulement maître de sa pensée, mais également maître du cours de ses pensées. Elle est intrinsèquement liée à l’essence même de l’être humain, à sa liberté et à son indépendance ».


Des profondeurs de sa demeure éternelle, Kwame Nkrumah nous parle

L’universitaire ivoirien Josué Guébo vient de publier un livre dont le titre nous revient en mémoire et que nous nous devons d’indiquer aux intellectuels et à la classe dirigeante africaine : « Les sommeils des indépendances ».

L’auteur pose deux questions essentielles : « Qu’avons-nous fait de nos indépendances ? Que faisons-nous de nos indépendances ? ». La réponse qu’il donne est très effrayante : « Nous dormons d’un sommeil de justes, même si les nuits sont si agitées…Et rude sera le réveil, quand viendra le temps du bilan, au jugement de l’histoire » .

Par la défaillance des universitaires et des hommes politiques africains, face à l’ordre politique, économique et social qui est toujours injuste pour les peuples d’Afrique, avant-hier, sous le régime de la traite négrière et de l’esclavage, hier sous celui de la colonisation, aujourd’hui sous ceux de la « coopération », de la mondialisation ou plutôt de la néo colonisation, les Africains continuent à partager la même histoire marquée par un système de contrats léonins abusivement désignés par le terme de « pacte colonial ».

Dans un autre ouvrage plein de révolte, Nicolas Agbohou reprend la pensée des pères des indépendances africaines pour dénoncer les fameux .« Les accords de Lomé, écrit-il, sont des artifices inventés par l’Europe pour endormir la conscience noire et maintenir à perpétuité dans le servage déguisé les peuples noirs dont les richesses naturelles et les ressources humaines sont réservées, de fait, à l’épanouissement des économies européennes et américaines. (…)

Seuls les Etats-Unis d’Afrique peuvent permettre de rompre ce contrat d’auto-servitude humiliante et appauvrissant, grâce à l’utilisation rationnelle des recettes d’exportation dans le financement des industries de transformation sur place des matières premières » .

Depuis la cinquantaine d’années dites d’indépendances africaines, de jour comme de nuit, de nuit comme de jour, malgré plus de 30 millions de km2 et plus de 60% des terres arables non cultivées de la planète, malgré une population évaluée actuellement à plus d’un milliard d’habitants, nantie d’immenses potentialités agricoles, minières, pétrolières, forestières, hydrauliques et de plus de 40% de la puissance énergétique mondiale exploitable, l’Afrique féconde et exubérante dont nous avions rêvé dans les années 1960 – 1970 est bien loin d’avoir atteint la liberté, l’indépendance et la dignité pour lesquelles les pères des indépendances s’étaient âprement battus.

A l’occasion de la commémoration des 50 ans d’indépendance, l’universitaire sénégalais Djibril Diop a eu les mots justes pour présenter l’image fidèle de cette Afrique post coloniale : « le regard porté sur l’Afrique reste encore celui qui prévalait du temps des colonies : un peu condescendant, un peu méprisant, un peu indulgent, paternaliste, osons le terme tant et si bien que tout ce qui viendrait d’Afrique, à l’exception de la musique, est reçu le plus souvent avec un petit air de commisération systématique » .

De la Somalie à la Libye, de la Centrafrique à la République Démocratique du Congo, du Nigeria au Burundi, du Mali à la Tunisie, des deux Soudans à l’Érythrée, du sud au nord et de l’est à l’ouest, sous d’effroyables éclairs de bombes incessants déchirant son ciel impassible, l’Afrique du pétrole, du saphir, du cuivre, du platine, du nickel et du manganèse rame, rame encore et rame toujours sans jamais apercevoir le rivage.

Partout, de nuit comme de jour, de jour comme de nuit, sans lune ni soleil, l’Afrique des bois précieux, du cobalt, de la bauxite, de l’or, du fer, de l’argent, du diamant et de l’uranium, rame, rame encore et rame toujours, comme s’elle était désespérément accrochée à un timon sans cesse désaxé par un tsunami d’un océan sans cesse déchaîné.

Sous des éclairs d’effroi qui la traversent de part en part, de jour comme de nuit, de nuit comme de jour, l’Afrique des océans, des mers, des lacs et des fleuves généreux où les poissons meurent de vieillesse est toujours le continent de la malnutrition et de la sous-alimentation. L’Afrique des pluies abondantes, des riches phosphates organiques et d’immenses campagnes luxuriantes et verdoyantes continue d’être le continent des pénuries alimentaires, des disettes et de « la faim sans fin » .

Toujours assujettie à la variation des cours mondiaux des produits de base, au gré des intérêts des pays développés, l’Afrique du coton, du café, du cacao, de l’arachide, du macadamia, de l’hévéas, du tournesol et du palmier à huile continue d’être importatrice de café torréfié, de vêtements, de chocolat, de pneus, d’huiles alimentaires et de produits cosmétiques et ainsi victime apparemment consentante de la détérioration des termes de l’échange. Paradoxalement, l’Afrique sous-développée continue d’être ainsi exportatrice nette d’emplois et de richesses.

Connue pour les immenses potentialités en énergie éolienne, solaire, géothermique et hydraulique avec ses fleuves aux chutes impétueuses tels le Congo , le Nil et le Zambèze, l’Afrique est toujours le continent le moins pourvu en énergie électrique.

Source et terre de l’origine de l’humanité, mère de l’Homo Sapiens , l’Afrique des grands sages, l’Afrique des savants, l’Afrique d’Osiris, de Ptahhotep , de Sundiata Keita , de Cyirima II Rujugira , de ZeraYacob et d’Ahmed Baba est devenue par la force des armes et de la violence, l’objet de dérision, le théâtre insensé du chaos, un champ d’affrontements et le terreau d’un flux ininterrompu d’émigrés politiques et économiques, du cœur du continent jusqu’au lointain Pas de Calais et Tunnel sous La Manche pour les plus chanceux qui parviennent à survivre des eaux impitoyables de « la mare des autres » et de la chasse à l’homme de l’extrême droite homophobe européenne.

Par la falsification de l’histoire de l’humanité, l’Afrique multi millénaire est toujours le continent « fragilisé », « oublié » et même présenté comme non « encoreentré dans l’histoire » par des Occidentaux eux-mêmes victimes consentantes de la pensée hérétique d’un Hegel en totale contradiction avec sa thèse universaliste selon laquelle : « L’homme vaut parce qu’il est homme, non parce qu’il est juif, catholique, protestant, allemand, italien. (…) l’homme, parce qu’il est homme, doit être considéré comme ayant des droits, de sorte que son être-humain soit plus élevé que son statut ».

« Sous la fronde et les flèches de la fortune outrageante », pourrait-on dire en reprenant les termes de William Shakespeare, l’Afrique brasse le vent et se retrouve toujours au même point d’embarquement. Son « horizon se détruit à mesure que l’on avance, pour se former plus loin avec son azur fuyard et insaisissable », pour emprunter à Théophile Gautier l’heureuse expression.

L’horizon de l’Afrique se détruit quand il cesse d’d’être fondé sur l’idéologie panafricaine.

Le combat de l’Afrique et du panafricanisme est un combat sans trêves. De son exil dans la Guinée de Sékou Touré, Kwame Nkrumah nous avait avertis : « La lutte révolutionnaire est faite en permanence de hauts et de bas, de progrès et de reculs, d’attaques et de retraites. Un révolutionnaire n’échoue que quand il se rend. Tant qu’il poursuit la lutte, il tend vers l’objectif final de la victoire. Même si, en tant qu’individu, il meurt dans la lutte, il n’a pas failli.

La somme de toutes ses tentatives, de ses aspirations, de ses efforts se font avec le peuple qui continue à lutter jusqu’à la victoire ». A l’occasion des assises de l’Union Africaine, ravivons les enseignements de Kwame Nkrumah et de tous les autres grands anciens, effacés et silencieux.


Kwamamaza
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