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Le "Miracle Rwandais" est d’abord Politique

Redigé par André Twahirwa
Le 3 août 2017 à 08:39

Il en est ainsi dans tous les rapports annuels d’Amnesty et autres contempteurs patentés du Pays des mille collines et de son Président, Paul Kagame : excellent bilan socio-économique, certes ! Mais à quel prix ?! Absence d’opposition et de liberté d’expression, assassinats d’opposants ou procès iniques et exécutions extrajudiciaires. Bref, une dictature parmi les pires au monde.
Le procédé rhétorique du « renversement argumentatif » est de toujours et de partout. In caude venenum, le poison est dans la (...)

Il en est ainsi dans tous les rapports annuels d’Amnesty et autres contempteurs patentés du Pays des mille collines et de son Président, Paul Kagame : excellent bilan socio-économique, certes ! Mais à quel prix ?! Absence d’opposition et de liberté d’expression, assassinats d’opposants ou procès iniques et exécutions extrajudiciaires. Bref, une dictature parmi les pires au monde.

Le procédé rhétorique du « renversement argumentatif » est de toujours et de partout. In caude venenum, le poison est dans la queue (du scorpion) : la concession est là pour mieux faire passer la charge. Une charge directement proportionnelle au degré de résistance de la cible.

En lieu et place du renversement argumentatif des antithèses ou autres oxymorons font florès pour désigner le « régime de Kigali » : des néologismes tels que « dictature du développement », « dictature modèle » ou, en parlant du Président Paul Kagame, « bon dictateur ». Mais comment reconnaître les avancées sociales et économiques réalisées en seulement 23 ans sans valider l’existence d’une vraie démocratie ? Démocratie dans le seul sens (étymologique) qui vaille (« pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple »). Un développement de cette ampleur ne peut être atteint sans le concours et la mobilisation de tout un peuple. L’on ne peut pas reconnaître les fruits et ignorer l’arbre sur lequel ils ont poussé.

Cet arbre, c’est le modèle politique que le peuple rwandais, sous le leadership du Président Paul Kagame, a réussi à mettre en place en moins d’un quart de siècle. Un véritable « miracle », après un siècle de colonisation et d’aliénation : du début de la colonisation allemande(1894) au Génocide contre les Tutsis(1994). Le « miracle rwandais » est d’abord politique. Après le génocide, c’est la Renaissance de la nation rwandaise. Et, qui dit Renaissance nationale dit Réconciliation et résilience collective mais aussi individuelle. Après le traumatisme national de 1994, ce n’est qu’en renouant avec ses racines que le pays de Gihanga pouvait et a pu renaître de ses cendres. Il fallait nécessairement rebâtir la nation sur des fondations solides sur un modèle nouveau, un modèle politique endogène.

Lire aussi : Rwanda : retour sur un modèle politique endogène au cœur de l’Afrique

Le Rwanda est ainsi le seul pays d’Afrique noire qui ait réalisé le rêve du chantre de la Renaissance africaine, Cheik Anta Diop : renouer avec sa « profondeur historique ». Pour retrouver sa Dignité martyrisée. À propos de retour aux sources, le grand historien africain de l’Afrique, Joseph Ki-Zerbo, parle de « passage de soi à soi-même à un niveau supérieur » comme préalable à tout développement durable (Joseph Ki-Zerbo, « Vers un développement africain endogène »). En d’autres termes, il faut reculer pour mieux sauter. Le recours aux « Solutions localement conçues »(SLC) est inscrit dans la Constitution (Article 11) et 12 SLC ont été progressivement mises en place.

Lire aussi : Aux sources du « miracle rwandais », les solutions endogènes

Et c’est la mise en place de ces solutions « endogènes » qui explique les succès socio-économiques (Banque Mondiale, Rwanda – Vue d’ensemble, 06 oct. 2015).
Il en est quatre qui sont spécifiquement opérantes dans le domaine de la Réconciliation ou de la Justice : INGANDO « Programme d’éducation pour la paix et l’unité », réintroduite en 1997 ; GACACA « tribunal sur l’herbe », réintroduite en2002 ; ABUNZI « réconciliateurs », « médiateurs », réintroduite en 2004 ; ITORERO « Programme d’éducation civique », réintroduite en 2007.

Il en est six qui relèvent de la participation du peuple dans le champ social et/ou économique : UMUGANDA « Travail communautaire, réintroduite en 1998 ; UBUDEHE « Développement communautaire (local) » réintroduite en 2001 ; IMIHIGO « Contrats de performance », réintroduite en 2006 ; GIRINKA « Une Vache par famille pauvre », réintroduite en 2006 ; UMUGANURA « Festival des prémices », réintroduite en 2011 ; FONDS DE DÉVELOPPEMENT « AGACIRO », 2012).

S’agissant de la démocratie strictement politique, il en est deux qui permettent au peuple ou à une large partie de la société civile de participer réellement au pouvoir : UMUSHYIKIRANO « Conseil de dialogue national », réintroduite en 2003 ; UMWIHERERO, « Retraite nationale sur le leadership » ; réintroduite en 2004.

Mais cette classification reste discutable.

En effet, toutes les SLC ont une dimension politique c’est-à-dire des outils démocratiques. De façon globale, le rôle des solutions « maison » (« Home Grown Solutions ») est de permettre au peuple le plus large possible de participer le plus possible aux décisions et à l’exécution des mesures concernant la République (la res publica). Le Rwanda est le seul pays du « Continent noir » à avoir adopté et inscrit dans sa Constitution (Article 48) la Démocratie (à dominante) participative. Une des formes de démocratie qui est la mieux adaptée à la Culture rwandaise et, au-delà des frontières du Pays de Gihanga, à la Culture africaine.

Une Culture faite de « partage » et non de « départage ». Et, face à ce risque de « contamination », il fallait établir, le plus près possible du foyer, un cordon sanitaire : c’est le rôle des droits-de-l’hommistes et autres médias occidentaux qui sont, peu ou prou, subventionnés et diversement soutenus par les États et autres organisations intergouvernementales ou internationales. Aux antipodes de celui, affiché, de faire du bien aux Africains « insuffisamment entrés dans l’Histoire » et opprimés par des dictateurs et autres usurpateurs du pouvoir. Comme le rappelle si bien un proverbe rwandais, urusha nyina w’umwana imbabazi aba ashaka kumurya » (Litt. « La personne qui manifeste plus d’affection pour un enfant, c’est qu’elle chercher à le dévorer »).

Raison de plus pour consolider ce modèle politique endogène, unique sur le « Continent noir », qui n’a que 23 ans et demande donc encore du temps pour se consolider. Et pour cela il a besoin d’un homme d’une grande autorité et d’un grand charisme. Et qui n’a donc nul besoin d’être autoritaire. Un homme qui fait partie de cette espèce rare d’Hommes d’État visionnaires. Et « l’Homme de fer » veut d’ : « Un Rwanda qui n’a plus besoin d’être le bénéficiaire de la générosité d’autrui. [Il] souhaite que le Rwanda soit en mesure de donner plutôt que recevoir, qu’il puisse aider d’autres à devenir autonomes et à être les acteurs de leur prospérité. (L’Homme de fer, Conversations avec Paul Kagame, idm, 2015, p.117)...

Lire aussi : La Démocratie participative, un Modèle pour l’Afrique ?

Une réaffirmation de la primauté du politique, préalable à tout développement socio-économique durable : « c’est par l’être que l’Afrique pourra accéder à l’avoir » nous rappelle Joseph Ki-Zerbo dans son article cité précédemment.

D’apres Twahirwa André,
Africaniste et élu local en Île-de-France


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