Le M23 veut exister politiquement malgré Kinshasa : Interview avec Maître Mutela

Redigé par NDJ
Le 14 décembre 2017 à 03:50

Le M23/ Mouvement du 23 Mars fait de mutins de l’armée congolaise s’est rendu célèbre par son intrepidité à occuper la ville de Goma/Est de la RDC en 2012 avant de négocier des accords avec le Gouvernement RD congolais et la Monusco pour son retrait. D’action d’éclat, il a été accusé par la Communauté internationale d’être appuyé par l’armée rwandaise qui l’a toujours nié.

C’est dans ces circonstances qu’il a été créé une Force Internationale onusienne d’Intervention avec idée de combattre tous les groupes armés qui pullulent dans l’Est de la RDC. La suite ? La force en question combattra uniquement le M23. Jeté en Uganda en 2013, le M23 dénonce la mauvaise foi du Gouvernement de Kinshasa et celle de la Communaute internationale.

Maître Elie Mutela de la Coordination du M23 a accordé une interview exclusive àIGIHE où il est question de l’Etat actuel de la mise en application des accords de Nairobi et l’inconséquence du Gouvernement de la RDC, de la situation sécuritaire de l’Est de la RDC, de l’avenir incertain du Mouvement et de centaines de mouvements armés qui pullulent dans l’Est RDC... Ci- après l’interview :

IGIHE : Quatre ans après les Accords de Nairobi, où en sont les exigences du M23 ? Le Gouvernement de Kinshasa tient-il ses engagements là-dessus ?

Maitre Elie Mutela : Quatre ans après la signature des Déclarations de Nairobi, le processus est en panne. Au lieu de sa mise en œuvre telle que prévue par les Déclarations, le Gouvernement de la RD Congo s’est illustré à violer presque toutes les dispositions contenues dans les accords : - application sélective de la loi d’amnistie ( pour faits insurrectionnels, faits de guerre et infractions politiques) excluant ainsi injustement plus de 80% de nos camarades du bénéfice de l’Amnistie, - rapatriements forcés et clandestins des ex-combattants du M23 contrairement aux dispositions transitoires de sécurité prévues par l’annexe A des déclarations de Nairobi , - refus de libérer les prisonniers de guerre, - refus de mettre en place les structures de mise en œuvre des engagements que sont les Commissions ( Com./retour de réfugiés et déplacés internes, Com/réconciliation nationale et justice, Com/ biens spoliés, extorqués, volés et pillés, Com/ gouvernance et réformes économiques avec la retenu de 40% capable de développer les zones sinistrées, le groupe de travail militaire pour réadaptation des dispositions transitoires de sécurité),- refus de mettre en œuvre les 75% de l’accord du 23 mars 2009 conformément à l’évaluation faite à Kampala. Les 75% des dispositions de l’accord du 23 mars 2009 concernent les causes profondes des conflits.
Il n’existe aucun calendrier d’activités.

IGIHE : Quelles sont vos attentes a l’endroit de la Communauté Internationale ?

Maitre Elie Mutela : Le M23 exige le respect des engagements de Nairobi pour mettre fin à la crise qui semble actuellement se cristalliser au risque de conduire à une guerre civile dans le pays.Nous espérons que les Garants de la mise en œuvre de nos engagements(la CIRGL et la SADC) assistées de l’équipe des envoyés spéciaux des Nations Unies, de l’Union Européenne et de l’Union Africaine joueront effectivement leur rôle de veiller au respect des déclarations.

IGIHE : Dans vos exigences pour un Est de la RDC pacifié, vous ne négociez pas de muer le M23 en un parti politique. Est-ce une stratégie pour dire qu’au cas où le Gouvernement de la RDC ne remplit pas sa part d’obligation vous allez reprendre les armes ?

Maitre Elie Mutela : Dans l’exigence de voir l’Est du pays pacifié , il faut apporter la solution aux Causes de cette instabilité : - sécurisation et assainissement du pays par la traque et neutralisation des groupes armés négatifs( fdlr, adf, etc.), la réconciliation nationale et cohabitation pacifique des Communautés, une justice équitable et services publics accessibles à tous, le retour des réfugiés et déplacés internes dans leurs milieux naturels, la répartition et la redistribution équitable des richesses à toutes les couches sociales. Bref, il faut un programme spécial pour la stabilisation et la reconstruction de cette partie du pays qui, pourtant, a été déclarée Zone sinistrée.
La mutation du M23en une organisation de droit congolais est bloquée par le refus de la mise en œuvre de l’ensemble du processus, tout particulièrement, la question de l’amnistie et l’absence d’un calendrier concerté de mise en œuvre. Ces conditions pourraient faciliter le retour au pays de l’ensemble des cadres du Mouvement, surtout son leadership, pour organiser le congrès du Mouvement, seul organe compétent pour décider sur la question. Ce qui permettrait au leadership d’entamer la procédure administrative requise en la matière. Il n’est exigé au M23 de se transformer nécessairement en parti politique et gonfler le nombre déjà explosif des partis politiques au pays élevé, ce jour, à plus de 550 qui n’ont pas réussi à freiner la décente aux enfers du Pays. La RDC a besoin d’une intelligence nouvelle couplée au patriotisme compris dans son sens fondamental. De ce fait, le Congres du M23 garde la possibilité de décider la mutation denotre Mouvement en une Organisation apolitique, un Think-Tank, par exemple, pour apporter l’intelligence qu’il faut à la classe politique. Je précise une fois de plus, cette décision revient au Congrès du Mouvement.

IGIHE : La brigade d’intervention des Nations-Unies a été votée pour combattre tous les groupes armés opérant dans l’Est de la RDC. Or il se fait que seul le M23 a été combattu. Pensez-vous à un complot légalisé de la Communauté internationale à votre encontre ?

Maitre Elie Mutela : En effet nous avions toujours considéré la création de la BRIGADE D’INTERVENTION des Nations Unies par le Conseil de Sécurité, comme une grave erreur et un mauvais précédent dans l’histoire des Nations-Unies pour les raisons suivantes :

1. Pour la première fois, les Nations-Unies ont mis en place des casques bleus avec mandat de tuer et de se faire tuer alors qu’il était plus sensé et approprié d’impulser et d’appuyer une initiative de l’Union Africaine ou encore de la CIRGL à ce sujet, d’autant plus que ces organisations régionale et sous régionale étaient sensées avoir la maitrise des paramètres de la crise ;

2. La décision des Nations Unies de traquer le M23 était aux conséquences inédites dans l’histoire de cette Organisation mondiale. En effet, le M23 était une revendication du respect de l’accord de paix du 23 mars 2009 auquel il était partie sous le label du CNDP et négocié avec la Médiation des Nations-Unies, Union Africaine et la CIRGL. En lieu et place de poursuivre sa médiation pour obtenir le respect de l’accord de paix du 23 mars 2009dont elles étaient le garant de la mise en œuvre, lesNations-Unies avaient troqué leur statut de médiateur contre celui de partie au conflit en se ralliant à un des signataires d’un accord de paix pour faire la guerre à un autre signataire du même accord.

3. La décision des Nations-Unies est venue torpiller l’initiative de la sous-région, la CIRGL et la SADC qui conduisaient la médiation entre les deux parties au conflit (gouvernement et M23), parce qu’en ce moment-là, en février 2013, les négociations étaient en cours et elles étaient au point de se conclure lorsque la Brigade d’intervention avait été créée. La conséquence était l’entêtement du gouvernement congolais qui, fort du soutien militaire des Nations-Unies, refusera de signer l’accord de paix et exprimera tout haut ses intensions d’en découdre militairement avec le M23.
4. Les Nations Unies ont décidé de faire la guerre à une partie aux négociations au moment où les conclusions des travaux d’évaluation de l’accord du 23 Mars venaient de démontrer que le gouvernement n’avait pas mis en œuvre 75% de ses engagements, ce qui légitimait ipso facto la revendication du M23.

5. En lieu et place de corriger leurs erreurs, les Nations-Unies vont justifier leur décision par le besoin d’impulser une solution politique rapide, oubliant que, de ce fait, elles venaient faire pression sur uniquement le M23 au-dessus duquel elles brandissaient l’épée de Damoclès et qui devait signer coute que coute, même un mauvais accord. Ce qui, d’ailleurs, plus tard, ouvrira la brèche au gouvernement pour mettre en cause les conclusions de l’Accord à signer. A ce niveau, les Nations-Unies ne militaient plus pour la résolution de la crise, mais plutôt pour laver leur image écornée par leur décision malencontreuse.

6. La réalité actuelle sur le terrain congolais est loin de laver l’image des Nations-Unies. Au-delà de la guerre menée contre le M23 au cours de laquelle elle semble avoir utilisé toutes ses ressources humaines et logistiques, la brigade d’intervention des Nations-Unies est curieusement devenue inactive contre d’autres groupes armés dont elle a plutôt le mandat d’agir seule ou avec l’armée régulière. Et comme, cerise sur le gâteau, les groupes armés estimés à une 44 en 2013 ont triplé leur nombre et se chiffrent ce jour, 4 ans après, à 139 selon un récent rapport des experts des nations-unies.

7. La situation sur le terrain aurait été plus positive si les Nations-Unies n’avaient décidé de faire la guerre aux côtés du gouvernement congolais contre le M23. Il y aurait un accord crédible qui serait issu d’un rapport de force équilibré, la traque des forces négatives aurait conduit à la sécurisation réelle du pays, un programme de stabilisation et de reconstruction de l’Est du pays serait présentement en cours et aurait donné du succès. Les élections auraient été organisées faisant l’économie des victimes tombées des ADF et des FARDC et de la Police Nationale Congolaise depuis 2014 jusqu’à ce jour.

Bref, la résolution 2098 qui a créé la brigade d’intervention est un échec car il a appuyé un pouvoir qui créé le chao dans le pays.

IGIHE : Les Groupes armés actuels sévissent contre la MONUSCO. Quelle lecture faites-vous de la situation sécuritaire actuelle dans l’Est de la RDC ? Peut-on lier l’effervescence de ces groupes armés à l’exploitation illégale des minerais de l’Est de la RDC ?

Maitre Elie Mutela:C’est ici l’occasion de présenter nos condoléances les plus émues aux familles victimes de l’acte ignoble dirigé contre le contingent Tanzanien de la Brigade d’Intervention. Nos condoléances sont dirigées également à toute la nation tanzanienne. Mais, nous pensons que si la Brigade s’était engagée conformément à son mandat et avait fait usage de la même force comme celle utilisée contre le M23 pour traquer ces forces négatives, ce drame autant que les massacres de Beni et du Kasaï auraient été évités.Car aucun groupe n’aurait la capacité d’action d’une telle ampleur. La situation sécuritaire actuelle dans l’Est du pays est dramatique, la sortie du M23 du territoire national n’aura pas été une solution, au contraire, elle a servi de diversion pour ne pas considérer la menace réelle que représentaient l’armée régulière(FARDC) et ses alliés traditionnels que sont les groupes armés locaux et étrangers qui lui ont toujours servi de supplétifs.

IGIHE : Au cas où le Gouvernement de Kinshasa continue à faire le silence sur les accords signés entre lui et vous, quelle est la suite probable ? Reprise des hostilités ? Mort politique ?

Maitre Elie Mutela:Nous osons croire que les Garants, bien qu’en position de démission de leur rôle de veiller au respect des déclarations de Nairobi, feront tout pour sauver ce processus.
Mais à l’allure où évolue la situation politico-sécuritaire dans notre pays, le M23 ne se contentera pas d’observer un peuple qui se fait massacrer par une armée ou une police payée par l’argent du contribuable, certainement que nous nous octroierons un rôle aux côtés du peuple qui se sent actuellement abandonné à son triste sort.


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