Le dégel des relations franco rwandaises : une possibilité difficilement réalisable

Redigé par NDJ
Le 29 janvier 2018 à 03:39

La représentation diplomatique française à Kigali n’a pas encore d’ambassadeur depuis le départ à la retraite de Michel Flesch il y a deux ans et quatre mois. Avant le départ de ce dernier, le Gouvernement français avait désigné un certain Fred Constant non agréé par le Rwanda durant toute une année d’attente. Il finira par être affecté en Guinée Equatoriale.


Tout ça fait partie des conséquences du rôle joué par la France officielle dans le soutien au régime génocidaire rwandais de 1994. Ç’a l’allure d’une tâche indélébile dans l’histoire des relations franco rwandaises.

Au cours d’un entretien avec Etienne de Souza, le Chargé d’Affaires français à Kigali et coordonnateur des activités de l’Ambassade de France au Rwanda ; ce dernier parle d’initiatives faites ici et là de dégel des relations entre les deux pays.

« Nous essayons d’exploiter toutes les opportunités offertes. Logiquement rien n’empêchera nos deux pays de renouer des relations diplomatiques durables. Et j’ai grand espoir que nous sommes dans le bon chemin pour de bons changements », a confié De Souza avant d’ajouter :

« Mais il faut dire que l’histoire de nos relations, la politique et l’économie, des fois ça marche, d’autres fois ça va mal. Mais ce qui est important c’est que les deux parties tentent de dépasser les mauvais moments passés pour regarder l’avenir avec sérénité car les pays existent et continueront d’exister ».

Le président français François Hollande et le président rwandais Paul Kagame se saluent lors d’un sommet à Bruxelles en avril 2014.
© AFP PHOTO / POOL/ ALAIN JOCARD

Ce diplomate est confiant qu’un nouvel ambassadeur français sera nommé à Kigali.

« Je ne te dirais pas quand. Mais comme tu le sais, il est question de volonté politique des deux pays. Nous verrons ce que nous réserve l’avenir. De toutes les façons, ce qui importe c’est d’avoir une vision de longue durée des relations entre nos deux pays », a ajouté De Souza.

Quelles sont les vues de Kigali à ce sujet ?

Interrogé par Jeune Afrique en Avril 2016 sur la cause du rejet de l’Ambassadeur Fred Constant par Kigali, le Président Paul Kagame n’a pas tergiversé montrant qu’il ne faut pas laisser perdurer une situation ambiguë dans les relations entre la France et le Rwanda, qu’il faut d’abord clarifier la situation pour établir de franches relations diplomatiques entre les deux pays>

« Je pense que la France devrait d’abord clarifier sa position sur la question rwandaise. Il y a des génocidaires qui ne sont pas inquiétés et vivent tranquillement sur le sol français. S’ils sont arrêtés, ils sont vite relâchés. Et puis, il est organisé des procès au compte goutte contre eux avec une idée ferme que jamais il n’y aura d’extradition de ceux-là vers la justice rwandaise.

De deux, il y a ce rapport Trévidic. Nous n’avons pas su qu’il en a été. Ses conclusions auraient dû avoir été rendues publiques pour savoir celui qui a descendu l’avion de Habyarimana. Mais pour des raisons inexplicables, c’est comme si la vérité dégagée par le Rapport n’a pas plus aux Français qui se complaisent à cultiver le suspense autour de cette question », avait alors confié Kagame à Jeune Afrique.

Une façon de dire que même si les relations diplomatiques doivent être réétablies entre les deux pays, le contentieux entre eux est si grand au point que si la France ne fasse un pas dans le dépassement de ses faux-fuyant, le dégel attendu prendra tout le temps nécessaire pour voir aller à la retraite politique les hautes autorités françaises du temps de Mitterrand ayant joué un rôle déterminant dans la préparation ou la conception ou le soutien actif du génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda.

La France, une puissance mondiale, devrait d’après le Président rwandais Paul Kagame, devrait accepter un jeu diplomatique franc. Le Président rwandais est ferme sur ses principes dont celui de ne jamais construire des relations bilatérales franco rwandaises sur des malentendus.

« Qu’ils (les officiels français) acceptent de nous asseoir ensemble et de débattre de toutes les questions qui empuantissent nos relations bilatérales. Ce n’est qu’à ce moment que nous accepterons leur ambassadeur », a-t-il dit voulant être clair à ce sujet et exigeant une déclassification des archives françaises sur le Rwanda concernant la période 1990-1994.

Emmanuel Macron conséquent ? Sarkozy, émissaire de l’Etat français au sujet du dégel des relations diplomatiques entre les deux pays ?

Avec la très récente visite de l’ancien Président français Nicolas Sarkozy (2007-2012) au Président Paul Kagame, d’aucuns ont pensé qu’il venait avec un message de l’actuel Président français Emmanuel Macron pour tenter un dégel des relations entre la France et le Rwanda.

D’autres, au contraire, ont pensé que l’ami Sarkozy de Kagame a été un pont par lequel l’Elysée est passé pour donner une mise en garde à Kagame qui prend de plus en plus une stature africaine et secoue ses pairs africains des pays francophones qui tentent de s’affirmer et de prendre des distances de la suzeraineté française.

Le message dont Nicolas Sarkozy était porteur venait-il de l’Union Européenne avec le couple franco allemand en tête l’intimant de diminuer sa fougue pour une Afrique et l’Union Africaine budgétairement fortes et dignes au point d’entrer en négociation d’affaires d’égal à égal avec la Communauté internationale ? Sarkozy est-il venu chez Paul Kagame exprimer les craintes d’Emmanuel Macron d’un précarré français (Afrique de l’Ouest française et l’Afrique Centrale Française) qui risque de l’échapper économiquement de par la détermination de Paul Kagame à opérer des changements au sein de l’Afrique dont un commerce sud-sud efficace et dynamique ?

Dans tous les cas, même si la machine gouvernementale est lourde à manœuvrer avec un pouvoir judiciaire parfaitement indépendant de l’Exécutif, la France de Macron va devoir arrêter une décision qui aidera au dégel des relations entre Paris et Kigali.

Tout porte à croire que la France pourra faire le premier pas et tendre la main pour le dégel des reltios franco rwandaises. Elle a un exemple du Vatican qui a pu formuler un semblant d’excuses de l’Eglise catholique universelle dont les ministres se sont fourvoyés dans le génocide ; des excuses prises pour potables, et on n’en parlera plus.

Or parmi les grands tristes acteurs du génocide des Tutsi de 1994 au Rwanda, le clergé catholique rwandais pourrait venir en première position.

Pourquoi la France officielle ne s’amenderait-elle pas du moment que Kigali, au vu de son comportement politique apaisé avec le Vatican et l’Eglise catholique rwandaise, ne cherche qu’à aménager des espaces de tranquillité non factice pour s’adonner pleinement à son développement socio économique ?


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