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« Le "Choi Gate" fait ressurgir un passé douloureux pour les Sud-Coréens »
Publié le 2-11-2016 - à 12:00' par IGIHE

Le « Choi gate » se poursuit en Corée du Sud. À un an de la fin de son mandat, la présidente sud-coréenne est sur la sellette. Choi Soon-sil, sa conseillère de l’ombre un peu trop envahissante, est visée par une enquête pour trafic d’influence et corruption. Rentrée dimanche 30 octobre à Séoul, après s’être enfuie en Allemagne, cette confidente surnommée « Raspoutine » par la presse, a été placée en garde à vue. L’opposition est vent debout contre la chef de l’Etat, des pétitions circulent dans les universités et certaines voix au sein du parti conservateur n’hésitent plus à demander le départ de la présidente. Un scandale à fleur de peau qui réveille les douleurs du passé. Questions-réponses avec Juliette Morillot, co-auteur de La Corée du Nord en 100 questions*, ancienne directrice du séminaire sur les relations Nord-Sud à l’Ecole de guerre, journaliste à Asialyst et spécialistes des deux Corées.

Dernière minute - 2/11/16 - 01h00 TU : Les services de la présidence sud-coréenne ont annoncé mercredi la désignation de Kim Byong-joon au poste de Premier ministre et celle de Yim Jong-yong à celui de ministre des Finances

RFI : La présidente Park Geun-hye peut-elle rester en poste jusqu’à la fin de son mandat ?

Juliette Morillot :C’est de difficile de savoir si Park Geun-hye va tenir. Une des solutions qui est proposée par le Saenuridang, à savoir son propre parti, serait que momentanément elle laisse la place au Premier ministre. C’est d’ailleurs ce qui est extraordinaire dans ce scandale : quel que soit le bord où l’on se situe, quelle que soit sa famille politique, c’est une véritable onde de choc qui traverse le pays. On ne trouve pas une voix aujourd’hui pour défendre la présidente sud-coréenne. Les Coréens sont bouleversés et honteux de cette situation.

Comment expliquer une telle colère ?

Cette affaire fait remonter chez les Coréens toute l’histoire de leur pays et cette douleur qui lui est intimement liée, le « Han » - le spleen coréen -. De tout temps, la Corée a été minée par des querelles de clans, par la corruption, par des rois « fantoches » qui étaient conseillés par des chamans. La dernière reine de Corée, l’impératrice Myeongseong, était ainsi conseillée par une « mudang », une femme chamane, à une période très tendue politiquement, l’époque des « traités inégaux », à la veille de l’annexion japonaise. On a eu aussi des rois impuissants qui étaient manipulés par des puissances étrangères. Tout cela remonte aujourd’hui au travers de ce nouveau scandale, comme une sorte de cauchemar jamais interrompu.

Quel est le regard de l’allié américain sur cette affaire qui déstabilise l’Etat en Corée du Sud ?

Washington suit ce scandale de près c’est certain. Sans Park Geun-hye au pouvoir, l’alliance avec les États-Unis peut se trouver fragilisée. La place que veulent tenir les Américains face à la montée de la menace nord-coréenne peut être contestée. Derrière ce scandale vous avez également les États-Unis, qui soutiennent les églises protestantes depuis la fin de la guerre de Corée. Ces églises protestantes et les sectes qui en dérivent, comme celle fondée par le père de la fameuse « Raspoutine », lui-même sorte de gourou qui conseillait Park Chung-hee, le père de Park Geun-hye, sont très puissantes aujourd’hui en Corée du Sud et nombre d’entre elles sont liées à des affaires de corruption. De près ou de loin, cette affaire est donc aussi liée aux États-Unis.

Les relations Nord Sud sont dans l’impasse depuis l’arrivée au pouvoir de Park Geun-hye : comment le scandale est-il perçu à Pyongyang ?

Les dirigeants en Corée du Nord se délectent de ce genre d’affaires. Depuis des années, la Corée du Nord dénonce le fait que le gouvernement en Corée du Sud soit une sorte de marionnette aux mains des États-Unis. Mais si en plus, il s’agit d’une marionnette aux mains de chamans et de dirigeants religieux ! Tout cela ne fait que donner de l’eau au moulin de la propagande nord-coréenne qui encore une fois dénonce cette situation de dépendance depuis des années. En Corée du Nord, le « Choi gate » est suivi avec beaucoup d’acuité et les gens sont au courant de ce qui se passe.

Certains médias en Corée du Sud s’interrogent d’ailleurs sur la supposée influence de la « confidente » de la présidente sur les relations avec la Corée du Nord…

Apparemment Choi Soon-sil aurait effectivement incité Park Geun-hye à fermer la zone industrielle de Kaesong en Corée du Nord. Ce scandale est donc une sorte de cerise sur le gâteau d’un mandat qui a été marqué par la corruption. Cette affaire intervient de surcroît dans un contexte très dégradé où les Coréens ne sont pas contents. Quand on regarde les indices du bonheur et les chartes des pays où l’on se sent plus ou moins heureux, la Corée du Sud se retrouve souvent en bas du classement. Il y a eu le drame du Sewol, le ferry qui a coulé il y a deux ans. Il y a aussi la perte de confiance dans les chaebols, avec une série de scandales impliquant les héritiers de ces grands groupes industriels. On se souvient notamment du « caprice à la noix » de la fille du PDG de la Korean Air. Tout cela est la marque d’une société qui va extrêmement mal.

Avec rfi.fr


Kwamamaza
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