Le Burundi fait face à une grave pénurie d’essence

Redigé par afp
Le 3 mai 2017 à 02:05
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Le Burundi fait face depuis plus d’une semaine à une très grave pénurie d’essence en raison du manque de devises, selon le gouvernement, alors que le pays est plongé depuis deux ans dans une grave crise politique.

Dans la capitale Bujumbura, l’essence, qui n’était disponible que trois à quatre jours par semaine depuis plus d’un mois, ne l’est plus que tous les deux jours dans quelques stations, selon des témoins interrogés par l’AFP.

« C’est la catastrophe depuis une semaine car on ne trouve qu’une ou deux stations approvisionnées tous les deux jours dans toute la capitale », a expliqué à l’AFP Hassan, conducteur de taxi de 35 ans joint par téléphone.

Et chaque fois qu’une station est approvisionnée, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre : « des centaines de voitures et de bus se ruent sur celle-ci. Et en quelques heures, il ne reste plus une goutte », a décrit Hassan.

La pénurie a provoqué une forte hausse du prix de l’essence au marché noir qui « atteint par endroits la somme de 7.000 francs burundais le litre (3,69
euros) » alors qu’il coûte officiellement 2.100 Fbu.

Le prix des courses de taxi s’est envolé. De nombreux conducteurs ont remisé leurs véhicules et font leurs déplacements à pied dans une capitale à la circulation inhabituellement clairsemée.

La situation est encore plus difficile en province. Gitega (centre), deuxième ville du pays, vient de passer plus d’un mois sans pratiquement une seule goutte d’essence, selon plusieurs habitants.

« Il arrive parfois qu’une station, sur les 10 que compte la ville, reçoive quelque milliers de litre d’essence, mais ils sont consommés en quelques heures », a précisé à l’AFP un de ces témoins, parlant sous couvert d’anonymat.

Convoqué en urgence par l’Assemblée nationale qui voulait s’informer des « causes » de cette pénurie, le ministre burundais de l’Energie et des mines, en charge du secteur pétrolier, l’a justifiée par « le manque de devises en quantité suffisantes ».

« Comme la monnaie burundaise n’est pas utilisée à l’extérieur du pays et qu’il faut des dollars américains, il arrive qu’en raison de la période que nous traversons, les importateurs de ces produits ne reçoivent pas autant de devises qu’ils le désirent pour en importer même si le gouvernement fait des efforts en ce sens », a expliqué le ministre Côme Manirakiza.

Le Burundi traverse une grave crise politique émaillée de violences depuis la candidature en avril 2015 du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat controversé et sa réélection en juillet de la même année.

Ces violences ont déjà fait de 500 morts à 2.000 victimes, selon les sources (ONU et ONG), des centaines de cas de disparition forcée et de torture, et ont poussé à l’exil plus de 400.000 Burundais.

La crise politique se double d’une crise économique, accentuée par les sanctions financières de l’UE et de ses pays membres, qui représentent 70% de l’aide directe au pays.

« L’UE et ses pays membres ont bloqué leur aide budgétaire au gouvernement burundais mais ils ont continué à financer, sans passer par celui-ci, de nombreux projets, notamment la construction de barrages, de routes, la santé et l’éducation, ce qui a évité à ce pays une asphyxie totale », a estimé un diplomate, parlant sous couvert d’anonymat.

L’UE continue toutefois de financer directement le carburant destiné à des centrales qui fournissent environ 15% de l’électricité du pays.


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