La Françafrique ; Enfin une fin après l’élection d’Emmanuel Macron ?

Publié par IGIHE
Le 20 juillet 2017 à 09:14
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Le néologisme de « Françafrique » ne date que des années 1990 : le premier à l’utiliser est François-Xavier Verschave, alors Président de l’association Survie, dans son Françafrique, le plus long de la République publié en 1998.

Le plus long « scandale », en effet, car les pratiques, faites d’ingérence et de réseaux quasi mafieux, furent initiées par « le Général » lui-même après la France fut contrainte d’accorder les « indépendances » à ses colonies au début des années 1960. Une opération 100% gagnant pour l’ancienne métropole : le « fric » (matières premières, débouchés, zone d’influence…) des ex-colonies tout en confiant l’administration directe aux indigènes ! En clair, avoir le beurre et l’argent du beurre. Voilà la mission confiée à Jacques Foccart au poste de Secrétaire Général de l’Élysée aux affaires africaines et malgaches pendant 15 ans (1960-1974) sous la présidence de De Gaulle puis celle Georges Pompidou. La mission a été reprise par la « Cellule Afrique » de Giscard d’Estaing à Jacques Chirac puis le Conseiller diplomatique adjoint chargé de l’Afrique sous Nicolas Sarkozy ou François Hollande.

La fin de la Guerre froide, le système des chasses gardées et des « prés carrés », réservés à chacune des puissances occidentales, est remis en cause : c’est le retour aux rivalités de l’époque coloniale. En France, ce tournant correspond au second septennat de François Mitterrand (1989-1995) : c’est au nom de la défense du pré carré français, qu’il jugeait menacé sur son front Est par les appétits des anglo-saxons, que l’ancien ministre des colonies dans les années 1950 alla jusqu’à soutenir le régime de Juvénal Habyarimana jusqu’au Génocide contre les Tutsis(1994) ! Après la victoire du Front patriotique rwandais, la ligne d’endiguement se déplaça à l’Est du Zaïre : la mission des milliers de casques bleus de la Monusco, renforcée par la « Brigade d’intervention rapide », est de stabiliser les digues. Et non de sécuriser le pays.

Mais cette nouvelle Françafrique est, depuis une vingtaine d’années, sérieusement menacée par l’émergence de nouvelles puissances comme la Chine ou l’Inde, qui sont entrées dans la compétition mondiale. Et, pendant sa campagne, François Hollande, comme Nicolas Sarkozy avant lui, s’était engagé à mettre fin à la Françafrique et à ses pratiques d’un autre âge. Objectif : l’adapter à la nouvelle donne internationale. On connaît la suite : la Guerre en Lybie et en Côte d’Ivoire ou les interventions au goût d’inachevé au Mali et en République centrafricaine suffisent pour montrer que la Françafrique est toujours bien vivante. Et qu’elle n’est ni de gauche ni de droite. Elle est « et de gauche et de droite ».

Pourtant, d’aucuns pensaient et espéraient que le jeune Président, « et de gauche et de droite », allait « normaliser » la politique africaine de la France. C’est tout simplement mission impossible de changer le logiciel multiséculaire de la domination (néo)coloniale qui, manifestement, fait toujours gagner son camp. Les propos d’Emmanuel Macron à la fin du G20 de Hambourg sur le « défi civilisationnel » de l’Afrique n’ont guère à envier à ceux de Nicolas Sarkozy à Dakar, il y 10 ans pratiquement jour pour jour. Et l’ingérence est toujours à l’ordre du jour : il s’est engagé à défendre « le respect des principes démocratiques fondamentaux partout en Afrique ». Et ce, après avoir exprimé sa volonté d’agir « loin des réseaux de connivence » (Interview à Jeune Afrique du 14 avril 2017).

Pour reprendre la métaphore du Monde Afrique du 4 juillet dernier, le nouveau Président ne fait que procéder à « un lifting sévère » de la vieille Dame. Lui-même parle d’aggiornamento ou d’inflexions (Interview à Jeune Afrique du 14 avril 2017). Il s’agit de moderniser à la Macron, ci-devant banquier d’affaires. Avec pragmatisme et, comme seul objectif, l’efficacité. Le nouveau « M. Afrique » à l’Élysée s’appelle Franck Paris, un camarade à l’ENA, au sein de la promotion…Léopold Senghor (2004). ENA mais aussi US, à l’école du pragmatisme à l’anglo-saxonne.

Contrairement à ses prédécesseurs, Emmanuel Macron tient un langage de vérité aussi bien dans les affaires domestiques qu’en politique extérieure. Et il tient le même langage direct au Président Poutine ou au Président Trump qu’aux chefs d’État africains. Il ne cache pas ainsi son agacement face à ceux qui réclament, à cor et à cri, le retrait des pays francophones de la Zone franc : « C’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes » (Interview à Jeune Afrique du 14 avril 2017). Et, au Sommet du G5 Sahel, le 2 juillet dernier, il récidive et précise : « Si l’on se sent pas heureux dans la Zone franc, on la quitte et l’on crée sa propre monnaie comme l’ont fait la Mauritanie et Madagascar » (Actu Cameroun du 05 juillet). A ce même Sommet, ses homologues africains, habitués à la langue de bois d’un François Hollande, ont dû être drôlement surpris voire choqués par ses propos sur l’exigence de résultats et pas seulement en matière de sécurité : il ne s’agit plus de « faire semblant de faire » et les « résultats doivent être au rendez-vous pour convaincre [les] partenaires » (Le Monde Afrique du 4 juillet).

De l’avis de beaucoup d’observateurs, le trublion de la vie politique française est aujourd’hui le meilleur en politique intérieure. Il l’est certainement aussi « le moins pire » en politique africaine de la France. Par sa transparence et son pragmatisme. Mais, comme le rappelait si bien le patron de Jacques Foccart, « les États n’ont pas d’amis : ils n’ont que des intérêts ». Et le nouveau Président, comme ses prédécesseurs, a été élu pour défendre les intérêts stratégiques de son pays. Au service du bien-être de tous les citoyens.

C’est pourquoi, il ne faut pas compter ni sur les responsables politiques ni sur les citoyens de la France et des pays occidentaux, en général, pour sortir véritablement l’Afrique de la dépendance coloniale. Et pas que dans les discours : dans les faits. Comme le dit Emmanuel Macron à propos de la sortie de la Zone franc, ce « choix appartient d’abord aux africains eux-mêmes ». Il revient aux victimes de la politique de réseaux de poser des actes forts pour enfin couper le cordon ombilical avec son ancien maître et accélérer la sortie de la dépendance néocoloniale, dont la Françafrique n’est que l’exemple parfait et presque caricatural.

André Twahirwa,
Africaniste et élu local en Île-de-France


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