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La Cour pénale internationale contestée en Afrique : analyse de Me Sidiki Kaba
Publié le 25-10-2016 - à 14:27' par IGIHE

Et si l’Afrique du Sud revenait sur sa décision de se retirer de la CPI ? C’est l’espoir de Me Sidiki Kaba, ministre de la Justice du Sénégal, et également président de l’Assemblée des Etats parties à la Cour pénale internationale. En ligne de Dakar, il répond aux questions de RFI.

RFI : Sidiki Kaba, le retrait de l’Afrique du Sud c’est un coup dur ?

Sidiki Kaba : Il faut le regretter, mais il faut aussi reconnaître que c’est un acte de souveraineté. Il faut reconnaître le travail important de l’Afrique du Sud pour la création de la Cour pénale internationale. Mais il va de soi qu’il y a un temps -et ce temps qui est de un an- sera peut-être un moment pour que chacun puisse réfléchir et pouvoir rectifier une décision qui a été prise en cette période.

Donc vous espérez que l’Afrique du Sud va reconsidérer sa décision de la semaine dernière ?

Cet espoir m’habite. Je voudrais travailler à ce qu’il y ait évidemment ce retour sur cette décision et j’en appelle donc à tous les Etats africains d’y travailler, de manière à ce que cette question soit réglée à l’assemblée des Etats parties qui est le cadre approprié pour débattre de l’ensemble des questions qui concernent la Cour pénale internationale.

Avant de prendre sa décision Jacob Zuma n’a pas consulté le Parlement du Cap. Espérez-vous que justement les députés sud-Africains auront leur mot à dire dans l’année qui vient ?

Sans doute qu’il y aura un débat interne. Mais le plus important c’est que le gouvernement a déjà porté ce projet de retrait. Et cette notification doit être prise en compte. Et c’est en cela que j’en appelle à ces autorités, de reconsidérer leur position et d’ouvrir les voies du dialogue pour que l’Afrique du Sud reste un membre à part entière de la Cour pénale internationale.

Sikidi Kaba, quand l’Afrique du Sud reproche à la CPI de ne poursuivre que des Africains, est-ce qu’elle n’a pas raison ?

Les faits sont têtus. Ce sont des Etats africains qui ont saisi la Cour pénale internationale, qu’il s’agisse de l’affaire Thomas Lubanga, qu’il s’agisse de l’affaire Gbagbo, qu’il s’agisse également, en ce qui concerne l’Ouganda, [de] Joseph Kony et autres, ou Jean-Pierre Bemba ; La plupart de ces affaires ont été portées par des Etats africains devant la Cour pénale internationale.

Oui, mais au regard des massacres qui se passent actuellement en Syrie beaucoup de gens sont choqués de voir qu’il n’y a aucune poursuite de la part de la CPI contre le régime de Damas.

C’est en cela aussi qu’aujourd’hui il faut peut-être refonder le Conseil de sécurité avec le droit des vetos, qui ne doit pas être brandi quand il s’agit des crimes de masse.

Et donc vous regrettez que Moscou mette son veto à des poursuites de la CPI contre Damas. Le Burundi annonce aussi son retrait de la CPI. Craignez-vous, comme l’ancien procureur Moreno Ocampo, que le régime de Pierre Nkurunziza veille avoir les mains libres pour commettre un génocide ?

C’est sa crainte à lui. Mais ce que je voudrais surtout dire, quand vous parlez du Burundi, sans doute que d’autres Etats vont suivre. Mais je rappelle déjà qu’il est important de rester et de continuer à défendre les valeurs qui fondent un Etat de droit, le droit à la justice qui doit être donné à tout un chacun. C’est ce que nous dirons à tous les Etats, c’est de participer à ce mouvement universel d’une justice universelle qui assure à chacun ce sentiment de liberté et de justice, lorsqu’on est dans une situation où le gouvernement qui doit protéger ne le fait pas.

D’autres Etats vont suivre, dites-vous. Vous pensez à quels Etats ?

Je ne voudrais pas les nommer parce que je ne voudrais pas déjà me convaincre qu’ils le feront. Alors je leur demande, s’ils sont sur cette logique : il y a un lieu pour débattre des questions de la Cour pénale internationale. C’est l’assemblée des Etats parties. Et cette assemblée va tenir sa session du 16 au 25 novembre à La Haye. Là-bas on peut discuter de toutes les questions pour trouver un consensus dynamique. Et je l’espère, nous allons dépasser la crise qui est en cours à travers un dialogue constructif.

On sait que le Parlement kenyan est pour un retrait ; on sait que le président ougandais dit beaucoup de mal de la CPI. Est-ce que le Kenya et l’Ouganda ne sont pas les deux prochains pays qui vont demander leur ticket de sortie ?

Si vous le dites sans doute qu’il doit en être ainsi, mais moi je profiterai pour leur faire un appel : luttez contre l’impunité.

Est-ce que la CPI n’a pas contre elle aujourd’hui un front de nombreux chefs d’Etat africains soutenus notamment par la présidente sud-africaine de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini Zuma ?

Vous avez pu voir qu’à Kigali il y avait une volonté de prendre une résolution pour que l’Union africaine porte une caution politique à un retrait collectif de la CPI. Le président Macky Sall a eu à rappeler, parce que le Sénégal est le premier pays à avoir ratifié au statut de Rome, qu’il n’appartient pas à l’Union africaine qui n’est pas partie au Statut de Rome de prendre une telle décision. Il appartient à chaque Etat volontairement de rester ou de quitter la CPI.

Vous parlez de votre président, le chef de l’Etat sénégalais Macky Sall. Sididi Kaba, voilà plusieurs années que les chefs d’Etat anti-CPI s’expriment fortement à l’Union africaine. En revanche on n’entend pas les chefs d’Etat pro-CPI.

Je pense que le moment est venu aujourd’hui de faire clairement entendre que les valeurs de justice participent à la construction de nos sociétés. Et je pense que [concernant] Kigali, ce qui s’est passé, c’est un tournant. Et dorénavant il en sera ainsi. On ne peut pas cautionner l’impunité.

Mais en dehors de votre pays le Sénégal et de la Côte d’Ivoire dont le principal opposant est aujourd’hui en procès devant la CPI, quels sont les pays africains qui soutiennent aujourd’hui la CPI ?

Il y a bien d’autres pays, que ce soit le Ghana, que ce soit la Guinée, que ce soit le Botswana… Ils sont très nombreux.

Mais le Nigeria fait-il partie de ces pays ?

Oui, c’est un grand pays qui soutient la CPI.

Sidiki Kaba, si les pays pro-CPI ne contrattaquent pas, est-ce que la CPI ne risque pas de mourir ?

Je ne le crois pas. Il y aura toujours des gens debout pour défendre la CPI.

Avec rfi.fr


Kwamamaza
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