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L’élection de Donald Trump et la question de la coopération militaire en Afrique
Publié le 11-11-2016 - à 09:18' par IGIHE

Une transition en douceur, c’est ce que Barak Obama, le président américain, veut désormais après l’élection de Donald Trump. L’actuel locataire de la Maison Blanche doit recevoir son successeur ce jeudi pour organiser le passage de relais. Plusieurs dossiers concernent spécifiquement l’Afrique comme l’immigration, l’économie, l’environnement, ou encore la coopération militaire.

Officiellement, les Etats-Unis ne reconnaissent qu’une seule base militaire en Afrique à Djibouti où 3 000 à 4000 hommes sont déployés. C’est le point de départ d’opérations contre les shebabs en Somalie, ou contre les pirates du golfe d’Aden. Evidemment, la présence américaine est beaucoup plus large. L’Africom, c’est le nom du commandement américain pour l’Afrique, dispose en fait d’un maillage très étroit, dans 45 pays africains, selon le département d’Etat.

Il s’agit parfois de simples conseillers de défense et parfois de véritables postes avancés. C’est le cas au Kenya, en Centrafrique, en Ouganda, mais aussi dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest comme au Sénégal, au Mali, au Niger et au Ghana. En résumé, l’armée américaine est présente à peu près partout en Afrique avec des moyens plus ou moins importants, et une importante capacité de déploiement, en cas de besoin.

Une présence récemment renforcée

Sous l’ère Obama, cette présence s’est renforcée. Notamment au Cameroun, où 300 militaires ont été envoyés il y a un peu plus d’un an pour lutter contre Boko Haram. Les militaires américains se limitent officiellement à des missions de formation et surtout de renseignement, au Cameroun et dans les pays du bassin du lac Tchad. Grâce à des drones, au moins deux selon une source sécuritaire camerounaise, et en collaboration avec la force française Barkhane, la Force d’intervention conjointe multinationale et, bien sûr, l’armée camerounaise.

Après l’élection de Donald Trump à la Présidence américaine, aucune déclaration officielle des autorités camerounaises. Mais un cadre du ministère de la Défense affiche sa confiance : « ils ont prévu de monter en puissance », assure cette source, qui cite même le projet de construction d’une base de maintenance pour l’aviation. Et de conclure : « je ne pense pas que cela va se desserrer, les intérêts américains dans la région sont supérieurs à quelques exigences de politique interne. Ils ne partiront pas de sitôt. »

Coopération en dents de scie au Nigeria

Les Etats-Unis sont très impliqués dans la lutte contre Boko Haram mais bizarrement envoient peu de troupes au Nigeria. Dans les pays voisins, oui, mais sur le sol nigérian, quelques Américains seulement sont présents de manière permanente. Du moins officiellement car le pays n’est pas délaissé pour autant. Régulièrement, quelques dizaines de militaires viennent pour un mois ou deux former leurs collègues nigérians.

Cette coopération a repris il y a quelques mois après plus d’un an d’interruption. Selon les Américains, le pays ne respectait pas ses obligations et ne fournissait ni armes ni véhicules adaptés à ses soldats. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont en train de former un bataillon et fournissent eux-mêmes des armes légères aux troupes nigérianes.

Autre difficulté : les lois encadrant les opérations américaines à l’étranger, elles interdisent par exemple à l’armée de former un homme qui aurait commis des exactions. Or, de l’aveu même d’un responsable américain, c’est assez difficile à vérifier et beaucoup de militaires nigérians ont participé à des actions un peu limite, voire franchement illégales. Malgré ces contraintes, les Etats-Unis assurent qu’ils respectent ces lois sur les droits de l’homme mais, selon plusieurs chercheurs, le nouveau président Donald Trump pourrait se montrer un peu moins regardant sur la question que son prédécesseur.

Au Sénégal, avec qui les Etats-Unis ont signé un accord de coopération militaire il y a six mois, on ne trouve pas de base à proprement parler, mais des entraînements communs et surtout des moyens - non précisés - pour réagir très vite, en cas d’attaque terroriste par exemple.

Le Niger, hub régional

Enfin, il y a aussi le Niger, où le Pentagone a confirmé, il y a un peu plus d’un mois, la construction en cours d’une base aérienne pour déployer des drones. Elle est située à Agadez, pour un coût final estimé à 100 millions de dollars. C’est l’effort militaire américain le plus important en Afrique de l’Ouest et fait du Niger un hub régional clé des opérations militaires des Etats-Unis.

A Niamey, sur l’aéroport de Diori Hamani, la base française 101 accueille des forces américaines. Ici, l’opacité l’emporte et Niamey a déroulé en toute discrétion le tapis rouge à Washington. Combien d’Américains au Niger ? On ne sait pas. Une certitude, tout comme le 11 septembre, l’invasion du Nord Mali par des groupes jihadistes est un tournant avec notamment le renforcement du dispositif de surveillance avec des drones Reaper.

Elu en 2008, Barack Obama applique le « smart power », en français : la « puissance subtile ». L’Amérique tourne la page de la brutalité de l’administration Bush. Trump va-t-il faire du Bush ? Le candidat a dit vouloir une guerre totale contre le terrorisme mais a critiqué tout interventionnisme. Le soutien au Niger et au Sahel sera-t-il maintenu, voire plus soutenue ?

Impossible pour le moment de savoir les conséquences que l’élection de Donald va avoir sur tout ce dispositif. Aucune déclaration précise n’a été faite sur ce sujet, pas plus que sur les autres d’ailleurs, pour le moment. Les propos isolationnistes de Donald Trump peuvent le laisser craindre, mais ce n’est pas ce que pense un haut diplomate américain spécialiste de l’Afrique, pour qui l’armée américaine devrait vite rappeler au nouveau président les intérêts stratégiques de son pays.

En RCA, les Etats-Unis engagés dans la lutte contre la LRA

Réticente à se mêler des affaires centrafricaines considérées pendant longtemps comme le pré-carré français, les Etats-Unis ont commencé fin 2011 à s’impliquer. Depuis 2014, l’administration Obama s’est même engagée plus en avant. Aujourd’hui d’après plusieurs sources, plus d’une centaine d’Américains, sont déployés dans la task force régionale de l’Union africaine à Obo, dans l’extrême sud-est, aux côtés de la force mixte UPDF-FACA (environ 800 soldats ougandais et une quarantaine de centrafricains). Ce ne sont pas des troupes combattantes. Leur mission : le conseil et la formation ainsi qu’un appui en matériel et du renseignement à partir de satellites et d’aéronefs.

Est-ce que cet effort sera maintenu avec l’administration Donald Trump ? « C’est un gros point d’interrogation », ironise un spécialiste sécurité. Même question du côté des autorités centrafricaines : « Nous savons que les forces ougandaises sont amenées à partir d’ici le mois de mars, explique Albert Mokpème, porte-parole du président Touadéra. Ces troupes seront certes remplacées mais cela rend l’engagement américain d’autant plus important pour éviter qu’il n’y ait un vide et donc un appel d’air. »

Cet effort permet également aux Etats-Unis d’avoir un œil dans la région, notamment au Soudan du Sud, puisque l’état-major se trouve à Yambio. Rien n’indique pour le moment en tout cas que Washington puisse avoir envie de remettre cette stratégie en question.

Avec rfi.fr


Kwamamaza
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