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Joutes : duel Trump-Clinton ; meilleures prestations de Hillary
Publié le 28-09-2016 - à 06:18' par Metula news Agency

Le candidat Républicain a clairement laissé échapper le premier des trois débats prévus au profit de son adversaire, Madame Hillary Clinton.

A l’université d’Hofstra, à une douzaine de kilomètres de New York city, les choses ont d’emblée mal commencé pour Donald Trump ; dès la présentation des débatteurs, en effet, le milliardaire fermait le plus souvent les yeux, au contraire de l’ex-secrétaire d’Etat, qui regardait placidement l’œil de la caméra.

C’était le signe évident que Mme Clinton avait bien préparé son rendez-vous – en fait, elle a passé des centaines d’heures à procéder à des simulations -, tandis que M. Trump se fiait à sa spontanéité et son répondant. Or, on l’a souvent vu dans l’histoire des débats télévisés, c’est un exercice qui n’admet pas l’improvisation, et ceux qui l’ont oublié en ont simplement chaque fois fait les frais.

Pour les professionnels de la communication, l’affaire était classée après cinq minutes d’échanges. En fait, pendant toute la soirée, à la place de suivre un plan de marche aux abonnés absents, le challenger Républicain n’a pu que réagir à celui de sa contradictrice. Celle-ci, suivant méticuleusement ses notes, lançait des appâts à l’homme d’affaires, qui s’en saisissait beaucoup trop vite pour s’apercevoir qu’il faisait ainsi le jeu de son interlocutrice.

Suivant cette dynamique trop facile, les 90 minutes ont permis à Hillary Clinton de dérouler son programme et obligé Donald Trump à le commenter, sans jamais trouver l’occasion de présenter le sien.

Le Républicain a passé son temps à répondre, en égarant, de plus, de longues minutes sur des sujets sans intérêt, comme sa tentative de prouver qu’il s’était, à l’époque, opposé à la Guerre du Golfe, ou son opiniâtreté à démontrer les succès de ses sociétés commerciales, à croire que ces succès représentaient l’assurance absolue qu’il ferait aussi bien aux commandes de la plus grande économie du globe s’il était élu président.

Changer ou disparaître

Ces longs errements donnaient à Hillary l’opportunité d’asséner à son vis-à-vis les piques affutées que ses conseillers lui avaient fabriquées précisément à cet effet, déclenchant plusieurs fois l’hilarité du public qui était pourtant censé dominer ses émotions.

Mais surtout, l’ancienne première dame de l’union pouvait jeter à la tête de son opposant des dossiers bien gluants, dans lesquels il eut bien du mal à se dépatouiller, à l’instar de l’explication de son insistance de cinq ans à essayer de prouver que Barack Obama n’était pas né aux USA, et donc pas éligible, et de la raison pour laquelle son entreprise n’avait jamais payé d’impôts fédéraux.

A ce propos, à la place de prétendre à l’inanité de l’accusation, Trump balbutia un inquiétant : "Yeah, parce qu’ils [mes impôts] auraient uniquement été gaspillés".

La candidate Démocrate rappela également les épithètes désobligeantes que Trump avait employées à l’encontre de plusieurs femmes, ce qui ne contribuera pas – c’était l’objectif de l’assertion clintonienne - à asseoir une image de gentleman auprès des électrices.

Est-ce à dire que Donald Trump n’a pas porté de coups à son objectrice ? Certes non, mais même ses contre-attaques, à cause de son impréparation, ne furent pas concluantes. Elles furent désagréables et pas persuasives dans la forme, qui consistait à interrompre fiévreusement les démonstrations d’H. Clinton, ou de murmurer "wrong" [faux], en baissant la tête, face à certaines allégations.

Le magnat de l’immobilier tenta d’enfoncer certains clous dans la cuirasse de la Démocrate, notamment au sujet de ses milliers de mails disparus, de sa participation à l’élaboration de l’accord avec l’Iran et de ses "absences" inexpliquées lors de la campagne. Mais, toujours par manque de préparation, ces imputations ne furent pas suffisamment documentées, appuyées, soutenues.

Pourtant, les opportunités de surprendre Clinton garde abaissée ne manquèrent pas, comme lorsqu’elle s’envola dans un plaidoyer sur la nécessité de mieux défendre l’Amérique face aux hackers informatiques ; c’était presqu’une invitation à se faire crocheter sur les fuites de milliers de ses messages classifiés, sur leur destruction par la candidate et sur ses mensonges à répétition à leur sujet, mais trop focalisé sur des points de détails, pas assez prêt à saisir ses chances, Trump laissa lamentablement filer ces occasions.

Il ne suffisait pas non plus de dire à des électeurs qui savent, pour la plupart, à peine situer le Dakota du Nord sur une carte, à quel point le traité avec l’Iran était pourri et que sa négociation avait été bâclée par les Démocrates. Il aurait été aisé et nécessaire de démontrer aux cent millions de téléspectateurs américains comment l’administration Démocrate avait menti au Congrès, et lui avait caché des clauses critiques de l’accord. Et lorsqu’Hillary, maladroitement, se gaussa de la possibilité que donnait ledit accord de faire visiter les sites douteux par les inspecteurs de l’ONU, Trump, s’il était (mieux) renseigné, aurait pu lui infliger un K.O retentissant. Ce, en précisant que Barack Obama avait fait pression sur l’Agence Internationale de l’Energie Atomique afin qu’elle abandonne son droit d’examiner les sites d’expérimentations nucléaires et qu’elle renonce à ses visites surprises des installations iraniennes. Bien que ces droits de visite figurent sur le traité.

Et quand Hillary Clinton a promis, elle élue, d’écraser ISIS [DAESH] en Syrie et en Irak, en plus de répéter inlassablement que l’Amérique n’aurait jamais dû laisser à l’Etat Islamique la possibilité de se développer, Donald Trump aurait été bien inspiré s’il avait pu expliquer aux Américains que leur président Démocrate actuel venait en fait de sauver DAESH au mois d’août dernier. Ceci en permettant à la Turquie de continuer à l’approvisionner en hommes et en munitions, et en ordonnant aux Forces Démocratiques Syriennes, soutenues par l’Armée U.S., de cesser leur offensive dans le Nord syrien visant précisément à couper le cordon ombilical reliant Ankara à Raqqa et Mossoul. Mais pour cela, il aurait fallu que Trump lise la Ména, ou que ses conseillers le fassent, ou qu’il daigne les écouter.

Les sondages d’après débat donnent en moyenne la victoire à la candidate démocrate par 2/3 – 1/3, ce qui est considérable. Mais les observateurs américains s’empressent de relever que c’est le même score qui avait couronné le premier face-à-face Obama-Romney, au profit de Romney, lors de l’élection précédente.

Il n’est pas sûr non plus que les Américains consultent le résultat des sondages afin de déterminer leur intention de vote.

Cela dit, le concurrent Républicain vient d’essuyer un revers cuisant qui ne le rapproche pas de la Maison Blanche, au contraire de son adversaire, qui a fait son boulot sans se transcender, mais de manière construite et professionnelle. Il reste deux débats pour faire rebondir les dés ; si le Républicain s’enferme avec des spécialistes durant les dix jours qui les précèdent, il a encore une chance de renverser le "Système Démocrate", rarement aussi bien représenté que par la prestation de sa championne tôt ce matin.

On est très loin de la qualité des rencontres télévisuelles entre Barack Obama et Mitt Romney de la dernière fois, et c’est une aubaine pour Trump : Clinton est fragile sur tout son bilan, et ce sont les casseroles qu’elle traîne aux pieds qui lui donnent sa démarche dodelinante caractéristique.

Il faudrait un peu de finesse, d’intelligence, d’analyse, de préparation, de sens tactique et de discipline pour lui faire mordre la poussière, tout ce qui a manqué à Trump ce matin. Il aura une chance de se refaire le 4 octobre prochain à l’université de Longwood, en Virginie. S’il tire avec modestie les leçons de sa déconfiture d’Hofstra, la course restera ouverte. Et si non, il ne serait pas digne d’occuper, quatre ans durant, le siège de la personne la plus puissante de la planète, et les élections ne seraient alors plus qu’une formalité. C’est lui qui a le dos au mur.


Kwamamaza
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