Les relations entre la France et le Rwanda demeurent empoisonnées ; génocide oblige !

Redigé par Déo Ntarugera
Le 30 octobre 2017 à 12:03

Les présidents Paul Kagame et Emmanuel Macron se sont malaisément et comme timidement serré la main en septembre dernier en marge de la récente Assemblée Générale des Nations Unies à new York.
Les deux chefs d’Etat se sont visiblement efforcés de sourire sans succès apparent. Et pour cause !
Non seulement la France persiste à nier le rôle capital qu’elle a joué dans la commission du génocide des tutsi du Rwanda en 1994, mais aussi et surtout l’establishment français mène assidument une guerre à peine (...)

Les présidents Paul Kagame et Emmanuel Macron se sont malaisément et comme timidement serré la main en septembre dernier en marge de la récente Assemblée Générale des Nations Unies à new York.

Les deux chefs d’Etat se sont visiblement efforcés de sourire sans succès apparent. Et pour cause !

Non seulement la France persiste à nier le rôle capital qu’elle a joué dans la commission du génocide des tutsi du Rwanda en 1994, mais aussi et surtout l’establishment français mène assidument une guerre à peine voilée contre le président Paul Kagame et le régime FPR. Le Rwanda, lui, estime que tant que la justice internationale ne se sera pas saisi des responsables politiques et militaires français qui ont lourdement détruit et endeuillé le Rwanda entre 1990 et 1994, les relations entre les deux pays demeureront grevées d’une hypothèque fortement dirimante.

Le peuple français est pris en otage par une clique de politiciens véreux et mafieux qui ont peu à peu perdu le sens de responsabilité politique, morale et juridique. Cette malencontreuse réalité a, au fil des décennies, donné lieu à une effarante criminalité multiforme de l’Etat français tant en métropole qu’à l’étranger, surtout en Afrique en général et plus particulièrement dans la région des Grands Lacs. Et ces crimes s’accumulent tout bonnement sans jamais faire l’objet d’un procès judiciaire.

Le président Kagame disait même dernièrement dans un tweet que ce sont les Français, et non les Rwandais, qui devraient être traduits en justice pour crime de génocide contre les tutsi.

Que fera le jeune Macron dans ce contexte si hautement vicié, pour tant soit peu assainir la diplomatie franco-rwandaise et assouplir les relations d’amitié et de coopération entre les peuples français et rwandais ? Sans croire errer, l’on dira que Macron ne fera rien. Si Chirac, Sarkozy et Hollande n’y ont rien fait, pourquoi Macron s’aviserait-il de s’en aller benoitement et plier l’échine de la Vème République dans une piètre affaire de nègres taillables, corvéables et génocidables à merci ? En rapport avec ledit génocide, le président François Mitterrand ne disait-il pas qu’en cette région le génocide est une chose sans importance ?

Il demeure cependant que le président de la république française et son gouvernement ne s’aviseront jamais de se constituer coupables du crime de génocide contre les Tutsi du Rwanda. La culpabilité des uns et des autres ne peut être établie qu’au terme d’un processus judiciaire adéquat, devant un tribunal où il y a la partie demanderesse et la partie défenderesse. Il importe de savoir nommer lesdites parties. Dans le cas d’espèce, l’on peut bien se poser cette question : "Qui est demandeur et qui est défendeur ?". Qui accuse qui ? Remarquez bien que la réponse à cette question n’est pas a priori évidente. Une autre question est celle des tribunaux attitrés ayant compétence en la matière.

Traquer des individus de France ou d’ailleurs pour crime de génocide est une chose bien juste. Nonobstant, il demeure que l’impérieuse nécessite de créer un Fonds de compensations/réparations dues aux rescapés du génocide contre les tutsi n’a jamais occupé le devant de la scène dans la quête de justice en rapport avec le génocide des tutsi du Rwanda. Il faut spécifier ici. Il s’agit bien des tutsi du Rwanda. Les tutsi du Congo Kinshasa, eux, ne sont pas concernés, nonobstant le fait patent qu’ils ont subi le génocide des Tutsi du Rwanda ; lequel a franchi les frontières du Rwanda occidental, en 1994, quand les armées génocidaires Ex-FAR et Interahamwe se sont repliées à l’Est du Congo, en territoires du Rwanda précolonial, avec leurs armements lourds et légers, sur base d’un compromis politique de Mai 1994 entre les présidents Mobutu et Mitterrand.

Le fonds de compensations et réparations dues au rescapés Tutsi du Rwanda, qui aurait dû se constituer il y a 20 ans, en parallèle avec les juridictions Gacaca, de manière à compenser des éléments de patrimoine foncier et immobilier détruits, aliénés et dans certains cas confisqués. Ce fonds risque bien de se constituer au moment où il n’y aura techniquement plus de rescapés du génocide au Rwanda. Beaucoup d’entre eux sont morts dans le dénuement sans bénéficier de la justice compensatoire qui leur était bel et bien due.

Les dispositions légales créant le Fonds de compensation/réparations doivent naturellement différer de celles afférant au Fonds d’assistance aux rescapés du génocide (FARG) quant aux bénéficiaires. Si vous êtes né après 1994 d’un père et/ou d’une mère rescapé du génocide, la loi doit vous reconnaitre le droit de jouir des compensations/réparations déterminées par les juridictions compétentes. On ne vous opposera pas que vous êtes né après le génocide.

Ce fonds de compensation doit en bonne logique se constituer dans les meilleurs délais cependant, sinon ce sera un déni de justice : Justice delayed is justice denied, comme disent nos amis britanniques. Et c’est une affaire bien simple au demeurant. Les compensations comme les dommages et intérêts doivent toujours faire l’objet d’un procès judiciaire en bonne forme, faute de quoi la partie lésée ne saurait être réhabilitée dans ses droits. C’est à dire que tant que les avocats des rescapés tutsi rwandais n’assigneront pas l’ONU et la communauté internationale (C.I.), qui portent l’entière responsabilité du crime de génocide commis contre les tutsi du Rwanda, pour une action en dommages et intérêts, compensations et réparations, ledit fonds ne verra jamais le jour.

L’ONU et la C.I. (193 Etats) ne se lèveront pas un bon jour, comme par enchantement, pour concevoir de concert l’obligation légale qu’ils partagent de verser des millions de dollars dans le fond de compensations/réparations pour rescapés tutsi rwandais. Cela est une impossibilité mathématique. Il faut invariablement qu’une juridiction compétente soit saisie de cette affaire, et que des juges disent le droit en conséquence. Des avocats rwandais n’ont qu’à se joindre à leurs confrères d’autres nations du monde, et certains amis du peuple Rwandais, ou des amis du genre humain tout simplement (le génocide des tutsi est un crime capital offensant suprêmement l’humanité entière), pour qu’ensemble ils obtiennent des juges compétents ce maigre aspect de la justice due aux tutsis rwandais rescapés, à savoir le fond de compensations/réparations.

Il n’est pas normal que des tutsi rescapés, le peu qu’il en reste, continuent à trainer leur cortège de misères indicibles, vivre de la charité publique alors qu’ils devraient bien conforter leurs vieux jours avec les compensations qui leur sont légalement dues pour perte, aliénation ou destruction de patrimoine foncier et/ou immobilier.

Ce n’est pas le président Kagame et/ou son gouvernement qui a charge dans le cas d’espèce de porter plainte contre l’ONU et la C.I. bien entendu. L’Etat rwandais fait partie des 193 Etats membre de la C.I. accusables de génocide et autres crimes, et à ce titre, il ne saurait être demandeur. Le président Paul Kagame sait bien qu’en vertu de son office, il assume passifs et actifs des présidents Habyarimana et Sindikubgabo ainsi que leurs gouvernements génocidaires. Le Président de la république ne meurt pas. De même que le Roi. La personne institutionnelle du président Kagame (par opposition à sa personne individuelle) l’oblige strictement à s’abstenir de toute démarche judiciaire visant à intenter un procès contre l’un ou l’autre membre de la C.I. (ou tous) pour génocide, complicité, non-assistance à peuple en danger ou pour compensation/réparations dues aux rescapés.

Naturellement, si les avocats des rescapés attendent de prendre l’avion pour se présenter aux juridictions internationales compétentes pour action en dommages et intérêts, compensations et justes réparations, quand les rescapés auront cessé d’exister juridiquement au Rwanda, l’autorité judicaire compétente déclarera leur plainte irrecevable, nulle et non avenue.

Pour en revenir enfin aux relations qui demeurent empoisonnées entre le Rwanda et la France, il est clair que la substance du poison qui envenime depuis longtemps la diplomatie franco-rwandaise n’est autre que la participation active de la France dans la conception et la commission du crime de génocide contre les tutsi. Cela n’a jamais fait l’objet d’un procès judiciaire.

Le remède est donc simple, c’est la justice. Les autorités françaises impliquées dans le génocide contre les tutsi doivent d’urgence être inculpées et jugées dans les normes du droit international.

Jusques a quand cette diplomatie franco-rwandaise continuera-t-elle à garder le poison dans sa chair ? Pourquoi le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) a-t-il inculpé, jugé et condamné les seules autorités politiques et militaires rwandais impliquées dans le crime de génocide commis contre les tutsi en 1994 ? Pourquoi ne juge-t-on pas les autorités françaises impliquées dans le même crime, dans le même temps ?

L’amitié entre les peuples est un impératif majeur dans la vie, la sécurité, la paix et la prospérité des nations. Qui a le droit de priver le peuple français d’entretenir des relations d’amitié et de coopération avec le peuple rwandais ?


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