Fondation Jean Jaurès : pour une image erronée de l’opposition politique au Rwanda

Redigé par Jovin Ndayishimiye
Le 3 octobre 2017 à 01:58
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Tout peuple sur terre voudrait vivre dans une société pluraliste et libre. Mais ce peuple doit être libre et jouissant de valeurs humaines. Le pluralisme en question est synonyme d’un commerce sain des idées, commerce qui a,pour repères intellectuels, des gens de grande probité, qui ne trichent pas avec leurs consciences.

La Fondation Jean Jaurès parisienne a organisé une conférence pour débattre de la situation de l’ “absence de libertés politiques” au Rwanda. Deux conférenciers Le Belge Filip Reyntjens et le Français Serge Dupuis.

A entendre la conférence sur Youtube de ce 25 septembre animée par les professeurs Filip Reyntjens et Serge Dupuis, ces chercheurs font l’autopsie d’un régime rwandais actuel qui déploie une grande force idéologique pour reconstruire un Rwanda attaché à ses valeurs traditionnelles revisitées et renforcées. Pour eux, cela relève d’une sorte d’embrigadement idéologique et une tendance activement encouragée par le régime envers les Rwandais pour tous regarder dans une même direction de développement et de création de richesses sociales.

Au cours de sa communication, on est étonné de suivre un prof Reyntjens, très objectif. Sans contredit, il a changé sa vision et son appréciation sur le Rwanda. Pour lui, il y a une gouvernance technocratique et une autre politique différemment conduits dans le pays.

“Le discours officiel rwandais fait constamment référence au modèle de dévelopment de Singapour. La gouvernance technocratique au Rwanda est bonne. Elle est bien meilleure que la moyenne africaine. Et là c’est un euphémisme. Ce qui m’inquiète beaucoup plus c’est la gouvernance politique parce que les acquis de la gouvernance technocratique pourraient être détruits par la mauvaise gouvernance politique. Il y a des violences structurelles qu’on ne voit pas. Elles sont faites de ressentiments, de frustrations, de sentiments de marginalisation… On l’a vu avant le génocide (des Tutsi de 1994, ndlr), cette violence structurelle était visible déjà. Elle s’est muée en violence extrême. En d’autres termes cette politique rwandaise ne peut être que bonne. On veut devenir un pays à revenue moyen d’ici en 2020. On y arrivera pas tout à fait mais c’est un régime qui a une vision, une ambition. Ça c’est absolument incontestable. Même ceux qui le critiquent comme je le fais le reconnaissent. Le grand problème qui se pose est celui-ci : Le quiproquo qui existe aujourd’hui, notemment de la part de la Communauté internationale qui dit : nous sommes disposés à tolérer un certain nombre de choses qui ne devaient pas l’être dans le domaine de la démocratie, des droits humains etc…de l’inclusivité, de tous ces themes de la gouvernance politique en general en échange de progress reels de l’autre domaine qui est plutôt technique, économique, social, dans le domaine de la santé, education, doing business, investissement, … Les progrès sont là. L’espoir est qu’en développant le pays par l’intensification de l’agriculture, Crop intensification… que cela va compenser les ressentiments, frustrations et autres violences structurelles…
Je dirais que le régime rwandais se comporte comme un régime colonial. Il ne considère pas ses citoyens comme des êtres politiques. Tout comme les pouvoirs coloniaux, il essaye de les nourrir, les éduquer, construire des routes, malheureusement ça ne suffit pas. En faisant reference à la transcription cache, les Rwandais ce sont des êtres politiques”, dit le Prof Reyntgens qui a un souci de voir le Rwanda remodeler autrement sa gouvernance politique.

Le Prof Reyntjens sait parfaitement la détermination du Rwanda à opérer des changements profonds de la société rwandaise. Très positivement, il apprécie les échancrures causées par la puissance tutélaire belge en consacrant les ethnies dans la carte d’identité (identity book) en 1931. Pourtant, il n’accepte pas que les ténors d’une opposition négative ethnocentriste hutue soient éloignés de la gouvernance sociale rwandaise pour au moins plus de 30 ans, le temps pour les honnêtes Rwandais de réapprendre les valeurs humaines mais aussi celles du travail productif des richesses sociales.

“Le Rwanda actuel essaye de se reconstruire autrement en effaçant de la mémoire collective les dates de 1895 avec la pénétration coloniale allemande, l’indépendance dans des divisions ethniques prononcées de 1959-61-62 et enfin, comme point culminant avec le génocide (des Tutsi) de 1994”, a dit Filip décrivant le branle bas de lutte contre les idéologies ethnocentristes que la “gouvernance technocratique” actuelle rwandaise est entrain de mener.

Les libérateurs de l’APR/Armée Patriotique Rwandaise, levain des changements sociaux

Filip en fin connaisseur du Rwanda décrit aussi le poids de l’armée dans la structure socio économique du pays. Il comprend bien le role révolutionnaire de cette armée qui participle non seulement au redisciplinage des citoyens rwandais qui réapprennent les valeurs d’éthique humaine après l’abétissement dont ils ont été l’objet durant plus de 30 ans des deux républiques de 1962 au summum de la sauvagerie crasse de 1994.
Reyntjens évite de philosopher sur le rôle d’une armée révolutionnaire qui, au delà de la guerre desastreuse, doit participer activement à la reconstruction de la nation dans tous ses aspects.

“L’Armée rwandaise adopte une perspective institutionnelle. Elle est un acteur important dans l’économie : participation au maintien de la paix, des compagnies d’investissement dont Horizon ; l’armée renforce sa présence dans la gouvernance rwandaise….

“La stratégie de l’actuel régime rwandais est de faire participer l’armée aux efforts de développement de la société”, a dit Reyntjens montrant qu’à travers les camps de solidarité dits INGANDO puis l’institution nationale ITORERO, le Rwanda est un vaste champ de reeducation des valeurs traditionnelles reprises avec leur actualité pour les jeunes gens et toutes autres les categories sociales “avec une référence constante de creation d’un citoyen modèle”.

Des résultants contraires à ceux escomptés
La conférence avait été conçue pour presenter le Rwanda sous une image de violeur des droits de ses citoyens. Pourtant, outre l’objectivité décelée dans la présentation de Filip Reyntjens, l’ancien ministre Pierre Josselin a lui aussi montré le Président Paul Kagame tenant solidement son gouvernail pour le bien de son peuple, une dame travaillant pour Médecins du Monde à Kigali au temps où se déroulait le génocide des Tutsi en 1994 et même le Directeur Afrique du Quay d’Orsay à la retraite ont planté un décor positif évaluant des performances d’une “gouvernance technocratique” forçant le respect de la Communauté internationale.

Ils ne croient pas si bien dire surtout que depuis lors, avec ce 30 septembre 2017, à l’occasion des Travaux communautaires de fin de mois, les “technocrates” y compris des hauts officiers de l’armée et de la Police, ont , dans le cadre des Villages modèles dans chacun des 30 districts du pays, remis clés en mains, gracieusement, mobilier de salon et items de consummation courante, les premières maisons d’habitations (plus de 500) d’une valeur de plus de 17 millions de francs (env.20.000 $) aux personnes classes dans la catégorie de personnes indigents.

A ce rythme, le modèle singapourien souhaité est recherché activement. Kagame tente de montrer que tant qu’une opposition politique rwandaise ne joue pas un franc jeu, tant qu’elle louche du côté de l’ethnocentrisme hutu déplacé, il montrera à ses citoyens que hutu ou tutsi, on est d’abord Rwandais ; qu’il faut s’enrichir et avoir une vie décente. Après quoi, on sera libre de penser ce qu’on veut. Dans tous les cas, on aura des armes intellectuelles pour une pensée positive. Et ceux qui auront des idées noircies, calculeront les ravages qu’ils voudront semer dans la conscience sociale.


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