Afrique du Sud : la puissante confédération syndicale Cosatu lâche Zuma

Publié par Olga Ishimwe
Le 5 avril 2017 à 08:23
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En Afrique du Sud, l’étau se resserre autour du président Jacob Zuma et, ce mardi matin 4 avril 2017, la Cosatu, la puissante confédération syndicale, a appelé le chef de l’Etat à démissionner. Elle explique qu’elle n’a plus confiance en lui après le remaniement ministériel controversé de la semaine dernière, qui n’en finit pas de faire des vagues. Cet appel de la Cosatu est une première.

Un par un, les alliés de l’ANC, le parti au pouvoir, sont en train de lâcher le chef de l’Etat. Lundi 3 avril, c’était le Parti communiste (PC), l’allié historique de l’ANC, qui a pris ses distances. Le Parti communiste a qualifié la politique du président Zuma d’« irresponsable », ayant plongé le parti et le pays dans la crise, et il a appelé le président à démissionner.

Et puis, ce mardi matin 4 avril, c’est la Cosatu, l’autre grand allié de l’ANC qui lance le même appel. Les deux alliés se disent profondément perturbés par le manque de concertation du président Zuma, lors de son remaniement ministériel, la semaine dernière.

L’alliance entre ces trois organisations, l’ANC, le PC et la Cosatu, implique des consultations, des décisions communes, que le chef de l’Etat n’a pas respectées quand il a limogé son ministre des Finances Pravin Gordhan.

Que va faire l’ANC ?

Aujourd’hui, non seulement l’opposition appelle à la démission du chef de l’Etat, mais aussi ses propres alliés. C’est du jamais vu et la question est : que va faire l’ANC, son parti, qui est plus que jamais divisé ? Là aussi, des voix s’élèvent de droite à gauche pour demander que le chef de l’Etat quitte le pouvoir.

Pour l’instant, ces voix sont encore minoritaires. Tout va dépendre de si elles prennent de l’ampleur ou non dans les jours qui viennent.

Dégradation de la note de l’Afrique du Sud par Standard & Poor’s

L’agence américaine de notation Standard & Poor’s vient d’abaisser la note de l’Afrique du Sud en catégorie Junk, autrement dit à risque. Cela pourrait peser dans la balance. L’Agence le dit très clairement : elle a dégradé la note souveraine du pays en raison des changements politiques qui « font peser des risques sur la croissance et la stabilité budgétaire ». Les changements politiques sont, bien évidemment, le remaniement ministériel et le limogeage du ministre des Finances, fin mars 2017.

Gordhan était vu par les marchés comme le garant de la bonne gestion de ce gouvernement et sa mise à l’écart a été largement interprétée comme une tentative du président Zuma de mettre la main sur les finances de l’Etat, d’où l’inquiétude de ces agences de notation.

Cette dégradation va faire beaucoup de mal au pays, alors que l’économie est déjà mal en point, et cela pourrait pousser éventuellement l’ANC à prendre des sanctions contre son président. C’est d’autant plus inquiétant qu’une deuxième agence, Moody’s, a annoncé avoir placé le pays sous surveillance, là aussi en vue d’une éventuelle dégradation.

Les marchés n’ont plus confiance dans l’économie sud-africaine

L’Afrique du Sud était prévenue : l’agence de notation Standard & Poor’s a dégradé, lundi 3 avril 2017, la note souveraine de la première économie africaine. Elle passe dans la catégorie spéculative. De son côté, Moody’s a placé lundi, la note de la « nation arc-en-ciel » sous surveillance négative.

En clair, les marchés n’ont plus confiance dans l’économie la plus industrialisée du continent. Ils redoutent l’instabilité politique. C’est le remaniement ministériel, intervenu la semaine passée, qui a porté le coup de grâce, et les effets s’en sont vite fait ressentir.

Dès ce mardi matin 4 avril 2017, les marchés européens ont réagi. Parmi les plus fortes baisses figurent des valeurs exposées au marché sud-africain. Les actions de Steinoff International, par exemple, conglomérat dans la distribution de meubles, propriétaire du français Conforama ont reculé de 2 points et demi.

La monnaie sud-africaine a, quant à elle, perdu près de 2 % de sa valeur face au dollar. En tout, le rand a reculé de près de 11,5 % depuis lundi 27 mars.

Une hausse du coût du service de la datte

La dégradation de la note souveraine signifie aussi et surtout une hausse du coût du service de la dette. En clair, il reviendra plus cher à l’Afrique du Sud de la rembourser. Or cette dette s’élève déjà à près de 10 milliards d’euros.

Dans ce contexte, les investisseurs étrangers estiment que les risques qui pèsent sur le marché sud-africain sont trop grands.

Qu’à cela ne tienne, le nouveau ministre des Finances, Malusi Gigaba, ne s’est pas laissé démonter. Dès lundi 3 avril, il a réagi en estimant que la dégradation de Standard & Poor’s était un « appel aux Sud-Africains à réduire la dépendance aux capitaux étrangers et à assurer la souveraineté et l’indépendance économique du pays ».

Avec rfi.fr


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