Affaire Khalifa Sall au Sénégal : l’indépendance de la justice au cœur du débat

Publié par Olga Ishimwe
Le 9 mars 2017 à 06:43
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Au Sénégal, Khalifa Sall, soupçonné de détournements de deniers publics et d’association de malfaiteurs, est en détention depuis mardi soir 7 mars. Désormais, le maire de Dakar va devoir préparer sa défense et s’expliquer devant le juge sur l’utilisation par sa mairie de 2,7 millions d’euros. Au cœur du débat : l’indépendance de la justice.

Défendu par une batterie d’avocats, Khalifa Sall aura à s’expliquer sur l’utilisation par sa mairie de 2,7 millions d’euros. L’argument principal de sa défense n’est pas juridique, mais politique. Maître Clédor Ly dénonce en boucle une justice aux ordres. « C’est un dossier qui est politique, nous le savions. Tout cela pour un homme qui aspire à la magistrature suprême, cela fait quand même mal », assure-t-il.

Seydou Gueye, porte-parole du gouvernement, balaye cet argument et considère au contraire que l’indépendance de la justice est une volonté du président Macky Sall. « Un gouvernement n’a pas pour mission de faire de la manœuvre politique. C’est à l’honneur de la justice que de se montrer une véritable autorité, un véritable pouvoir dans notre pays, puisqu’on a trop crié sur la justice, suspectant son indépendance », rappelle-t-il.

Désormais soutien de Khalifa Sall, le PDS d’Abdoulaye Wade. Le porte-parole du Parti démocratique sénégalais, Babacar Gueye, estime que les chefs d’inculpation ne sont pas corrects. « Khalifa Sall a certainement commis par négligence une faute de gestion. Je ne pense pas que cela ait été une occasion pour lui de s’enrichir de manière illicite. Je ne pense pas aussi qu’il y ait un détournement de deniers publics et qui aurait eu pour conséquence un enrichissement personnel », commente-t-il.

L’incarcération du maire de Dakar fait donc bondir son camp politique, mais également les organisations de défense des droits de l’homme. Maître Assane Dioma Ndiaye, avocat au barreau et président de la Ligue sénégalaise des droits humains, dénonce cette décision judiciaire.

Les clefs de ce dossier sensible sont désormais dans les mains du juge qui va multiplier sans aucun doute les interrogatoires et les confrontations.

Les cartes rebattues pour les élections

Pour la classe politique, c’est une situation tendue, complexe. Il y a un an s’organisait le dialogue national. Désormais, à quatre mois des élections législatives, la campagne est concrètement lancée. « Nous rendrons tous les coups qui nous seront donnés », déclarait le maire de Dakar, 24 heures avant son placement en détention. Une bataille s’annonce, mais les avocats du maire de Dakar, notamment Clédor Ly, estiment qu’un accord politique pourrait être trouvé dans le dossier Khalifa Sall. « En matière politique, il faut se battre simplement. Nous, nous sommes des avocats, nous ne sommes pas des politiciens et souvent ça se règle aussi sur le terrain politique. »

L’inculpation de Khalifa Sall a en tout cas accentué la volonté de l’opposition de créer une grande coalition. « L’affaire Khalifa Sall va accentuer cette exigence d’aller ensemble et même si Khalifa Sall doit rester en prison pour les élections législatives ici à Dakar, de toute façon il les remporte », estime Babacar Gueye, le porte-parole du PDS.

Les autorités revendiquent la démocratie, le respect de la justice. Pour le porte-parole du gouvernement, le fait que Khalifa Sall soit en prison n’est pas un problème si le maire de Dakar se déclare candidat à la députation. « On a connu des candidats sur des listes qui étaient en prison, rappelle Seydou Gueye. Avons-nous les moyens de faire triompher le droit ? Oui, je le crois. »

Les listes pour les législatives doivent être présentées d’ici fin mars. Au même moment, le juge sera en pleine instruction du dossier judiciaire de Khalifa Sall.

Avec rfi.fr


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