Un monument de la culture rwandaise en plein effondrement

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Le 12 août 2011 à 02:21

Jean-François Isibo
Ce jeudi, autour de 17h, à l’hôpital Roi Fayçal, Sentore Athanase débarque sur une chaise roulante dans un état que, seul un homme intègre (imfura, en Kinyarwanda ), peut supporter. Depuis un certain temps, cette bibliothèque qui, lentement mais sûrement, risque de nous quitter et brûler un patrimoine culturel si riche qu’il nous sera très difficile de reconstituer si nous ne volons pas à son secours à temps.
Il n’y a pas longtemps, Sentore était au Kenya toujours pour des soins. (...)

Jean-François Isibo

Ce jeudi, autour de 17h, à l’hôpital Roi Fayçal, Sentore Athanase débarque sur une chaise roulante dans un état que, seul un homme intègre (imfura, en Kinyarwanda ), peut supporter. Depuis un certain temps, cette bibliothèque qui, lentement mais sûrement, risque de nous quitter et brûler un patrimoine culturel si riche qu’il nous sera très difficile de reconstituer si nous ne volons pas à son secours à temps.

Il n’y a pas longtemps, Sentore était au Kenya toujours pour des soins. Par moment, il allait bien mais souffrant d’un cancer du foie, on ne peut que recourir à des calmants. La chimiothérapie n’intervient que quand le sang est au point. L’urgence est là, « à bon entendeur, demi mot suffit ».

 

Athanase Sentore que beaucoup de Rwandais prennent pour une bibliothèque vivante de la culture rwandaise

De par son histoire, Sentore est parmi les plus anciens combattants rwandais appelés “Inyenzi”. Un homme avec un coeur en or massif, nationaliste comme pas deux, il prénomme ses enfants des noms qu’un artiste de sa trempe est à même de le faire. A titre d’exemple, “MNC”, l’aîné des garçons, alias Emery Igihangange, “Mouvement National Congolais” de Feu Patrice Lumumba que la plupart des rwandais connaissent pour son élégance dans la belle des danses du Rwanda dite “Guhamiriza” avec “ “Ibitego”, tout traducteur que je suis, franchement, il m’est très difficile de trouver son équivalence dans d’autres langues.

Il va sans dire que le grand artiste, à la voix de velours, beau et toujours souriant, j’ai nommé Masamba Intore, “Icyogere mu nkuba, umushakamba utagira imbeho mu nda”, ceci est une série de noms attribués aux jeunes garçons fréquentant l’ancienne école dénommée “Itorero”. Moi-même, qui fais son éloge, ai reçu de lui le surnom de “Mulele”, une rébellion congolaise dans le sud Kivu vers les années 64, Sentore a pris les armes aux côtés de “Che Guevara et de Jean Schramme”, deux célèbres rebelles à Bukavu.

Sentore a eu l’audace et le courage de garder l’identité rwandaise en créant “Indashyikirwa”, les inégalables en essayant de traduire en Français toujours dans le souci de perpétrer cette belle et riche culture rwandaise. La plupart de grands noms y sont passés ou bien se sont tout simplement inspirés de lui. Je citerai à titre d’exemple Masamba, son propre fils, Muyango, Cécile Kayirebwa et j’en passe.

Rappelons que Sentore s’est rendu en Belgique en 1958 accompagnant le grand roi, Charles Léon Pierre Rudahigwa, Mutara III de son nom de règne. Je m’en voudrais de ne pas parler du tout récent prix obtenu en Espagne, Sentore était alors à la tête de la délégation du ballet national dit “Urucyerereza”.

Tous les rwandais qui ont vécu partout au Burundi le connaissent parfaitement. Une de ses plus belles chansons, Sentore Athanase l’a dédié au fameux collège Saint Albert alias “Mpunzi school” où tous les enfants réfugiés rwandais et, même parmi les plus hautes autorités du pays, y ont séjourné. Unissons nos prières afin que ce monument ne s’effondre sans avoir tout raconté de son parcours de géant qu’est son histoire.


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