Procès Mugesera : un intéressant cas d’étude

Redigé par Tom Ndahiro
Le 3 avril 2013 à 03:04

Tom Ndahiro, auteur de cette opinion, est un ancien journaliste à l’ORINFOR avant d’être Commissaire à la Commission Rwandaise des Droits de l’Homme.
Il décrit le Dr Mugesera devant la Cour comme quelqu’un qui continue de promouvoir l’idéologie du génocide autant qu’il l’a fait en 1992 avec son tristement fameux discours de Kabaya en 1992 où il incitait les paysans à "faire retourner les Batutsi par le court chemin de la rivière Nyabarongo pour l’Ethiopie d’où ils étaient venus".
L’auteur de cette (...)

Tom Ndahiro, auteur de cette opinion, est un ancien journaliste à l’ORINFOR avant d’être Commissaire à la Commission Rwandaise des Droits de l’Homme.

Il décrit le Dr Mugesera devant la Cour comme quelqu’un qui continue de promouvoir l’idéologie du génocide autant qu’il l’a fait en 1992 avec son tristement fameux discours de Kabaya en 1992 où il incitait les paysans à "faire retourner les Batutsi par le court chemin de la rivière Nyabarongo pour l’Ethiopie d’où ils étaient venus".

L’auteur de cette opinion se perd dans des considérations superflues alors que l’intellectuel Mugesera sait qu’il joue sa dernière carte, qu’il ne peut que saisir cette tribune lui offerte pour montrer que le faible Ministère Public a commis une erreur de ne pas appeler à la barre d’autres personnalités aussi doctes que lui.

Pourtant il n’en manque pas. Comme ils ne sont pas invités, Mugesera peut montrer un caractère aaltier montrant que son bagage intellectuel est inégalable dans l’audience .

Participer aux séances de procès Mugesera vs l’Etat rwandais, on en tire une leçon importante. Ecouter sa plaidoirie de 2 heures suffit pour vous rendre à l’évidence qu’il reste le même comme au temps où il a prononcé son tristement fameux discours en 1992.

Mais on dégage aussi certaines autres conclusions : Dr Mugesera d’il y a 21 années était jeune, respecté et soutenu par un régime qui préparait le génocide.

Le Dr Mugesera de 2013 manifeste des signes de vieillesse. Puis, il plaide non libre.

Le reste, les deux personnalités en une seule sont les mêmes. Dans la prison où il est logé, il trouve que c’est un cadre rêvé pour propager son idéologie génocidaire.

Plus de vingt personnes actives assistent aux séances de procès : son avocat, le Ministère Public, la Cour, les participants à l’audience et les agents de sécurité.

Chaque fois qu’il comparaît, il amène avec lui plus de 10 livres et une pile de documents.

Promotion de son idéologie devant la Cour

Il se présente comme une personne soucieuse d’utiliser la cour pour répandre ses idées, une opportunité qu’il n’a jamais eue au temps du meeting de Kabaya ou au Canada.

Fier de sa capacité intellectuelle, il prend la Cour comme une classe. Il utilise le latin et le français dans sa plaidoirie. En vérité il a trouvé un espace pour faire valoir son idéologie de la haine ethnique et du génocide.

Pour Mugesera, le génocide c’était une légitime défense. Dans sa croyance, les membres du FPR (Parti au Pouvoir, ndlr) ne sont pas des Rwandais, que ce sont des Baganda et criminels de torture, de massacres et de génocide.

Cette idéologie, on l’observe chez toutes les personnes qui font l’éloge du génocide. En effet, un certain abbé Thomas Nahimana et son parti “ISHEMA” disent lutter contre le “Agatsiko-sajya” (clique des Ougandais).

Au cours de la séance de ce lundi 1er avril, le Dr Léon Mugesera a accusé le Ministère Public d’user de la méthode Deus ex-machina dans son réquisitoire un peu comme un autre Dr Pascal Ndengejeho l’a fait à Arusha en 2002 quand il était allé faire son témoignage à décharge au profit du criminel de génocide Laurent Semanza qui fut Bourgmestre de la Commune Bicumbi.

Le Procureur Général Martin Ngoga a demandé à la Cour de bien observer le langage qu’utilise Mugesera comme un espace de propagande de ses idées.

En repartie à cette Remarque du Ministère public, Mugesera montre qu’il ne fait aucune propagande pour le simple fait qu’il n’a pas de parti politique. Pour lui, sa plaidoirie est une quête de la paix des Rwandais.

Après cette propagande, Mugesera a encouragé la Cour de continuer sur sa lancée en lui donnant un temps de parole illimité. Ce qui lui a été accordé au cours de la séance de ce 2 avril.

J’ai quitté l’audience après qu’il ait confié à la Cour qu’il est détenteur d’un diplôme de doctorat-première classe, un titre qui n’avait été décerné par l’Université canadienne de Laval pour la dernière fois en 10 ans. Cette excellence, il l’a montré à Kabaya en 1992 et présentement dans sa plaidoirie devant la Cour.

Traduction, adaptation et chapitre introductif de

Jovin Ndayishimiye


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