Patrick de Saint-Exupéry ou le bon journaliste, qui doit d’abord être bon.

Publié par Twahirwa André
Le 15 août 2017 à 12:38
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« Patrick de Saint-Exupéry a déjà été définitivement condamné en justice en 2015 pour des accusations similaires ». Hubert Védrine réagissait au « Réarmez-les ! » publié dans la Revue XXI numéro 39 (juillet/août/septembre 2017) sous la plume de l’ennemi public numéro 1 de l’Association France-Turquoise.

Lire aussi : Hubert Védrine répond à Patrick de Saint-Exupéry

Sauf que le propos du Président de l’Institut François-Mitterrand est inexact. Patrick de Saint-Exupéry n’a pas été « définitivement condamné en justice en 2015 », mais en mai 2016 et en juillet 2017. Et, ce faisant, Monsieur Védrine omet sciemment de préciser que le pourvoi d’un officier militaire de haut rang, dirigé contre le même Patrick Saint-Exupéry, a été rejeté en février 2017. Au cœur des procès, la page de couverture de son livre Complices de l’inavouable. La France au Rwanda, une réédition, revue et augmentée d’une préface, en 2009, de son L’Inavouable : la France au Rwanda publié en 2004, l’année de la 10ème Commémoration du Génocide contre les Tutsis : en caractères de couleur et de taille différentes, les noms de nombreuses personnalités, parmi lesquelles des responsables politiques (François Mitterrand, Dominique de Villepin, Hubert Védrine...), des militaires français de haut rang, le juge Jean-Louis Bruguière ou encore des banques françaises (Crédit Lyonnais et BNP).

De l’acharnement judiciaire

Voici une revue de jurisprudence concernant cette affaire, dont on peut voir le détail sur le site de Légifrance (à noter que l’arrêt concernant la deuxième condamnation de juillet 2017, évoquée ci-dessus, n’a toujours pas été mis en ligne) :

1) Cour de cassation, 25 avril 2017 : affaire Michel (Robardey), cassation et renvoi devant la Cour d’appel (CA) de Lyon (affaire non terminée).
2) Cour de cassation, 7 février 2017 : affaire Jean-Claude (Lafourcade), victoire de Saint-Exupéry (affaire terminée).
3) Cour de cassation, 10 mai 2016 : affaire Christian (Quesnot), condamnation définitive de Saint-Exupéry (affaire terminée).
4) Cour de cassation, 23 juin 2015 : affaire Michel (Robardey), cassation et renvoi devant la CA de Lyon (voir supra, point 1).
5) Cour de cassation, 20 mai 2014 : affaire Jean-Claude (Lafourcade), cassation et renvoi devant la CA de Lyon (voir supra, point 2).
6) Cour de cassation, 20 mai 2014 : affaire Éric (de Stabenrath), cassation et renvoi devant la CA de Lyon (affaire non terminée).
7) Cour de cassation, 14 janvier 2014 : affaire Christian (Quesnot), cassation et renvoi devant la CA de Paris (voir supra, point 3).
8) Cour de cassation, 11 juin 2013 : affaire Michel (Robardey), cassation et renvoi devant la CA de Paris (voir supra, point 4).
9) Cour de cassation, 13 mars 2012 : affaire Jean-Claude (Lafourcade), cassation et renvoi devant la CA de Paris (voir supra, point 5).
10) Cour de cassation, 13 mars 2012 : affaire Éric (de Stabenrath), cassation et renvoi devant la CA de Paris (voir supra, point 6).
Bilan actuel : 1 victoire du Général Quesnot en mai 2016, 1 victoire de Patrick Saint-Exupéry contre le Général Lafourcade en février 2017 et 1 victoire du Général de Stabenrath en juillet 2017.

L’acharnement est directement proportionnel à la gravité des faits incriminés mais aussi au sentiment de culpabilité des accusés, qui font tout pour étouffer le scandale. Et le marathon judiciaire peut s’éterniser d’autant plus que le ministère de la Défense a accepté de financer les poursuites aux frais des contribuables.

Un bon journaliste, qui est bon

Journaliste et reporter émérite, prix Albert-Londres 1991 à seulement 29 ans devenu membre du jury de ce prestigieux prix, Patrick de Saint-Exupéry aurait pu se tenir « peinard » et, tranquillement, poursuivre sa carrière. Mais, marqué par le Génocide contre les Tutsis et la complicité de son pays dans le Crime des crimes, il n’a pas cessé de dénoncer les turpitudes de l’Opération Turquoise. Ce sont ses articles, publiés dans Le Figaro, qui, en 1998, ont déclenché la constitution de la Mission parlementaire sur le Rwanda. L’on connaît moins l’album La Fantaisies des dieux, publié en 2014 avec le bédéiste Hippolyte et qui fut classé parmi les 10 meilleurs BD de l’année 2014 par le magazine Télérama : « les auteurs relatent finement et pudiquement l’horreur, lui donnant ainsi d’autant plus de force ».

Et, sans aucun doute, déçu par les maigres conclusions sur les complicités de son pays dans le Génocide contre les Tutsis, il avait quitté le Figaro pour fonder en janvier 2008, avec son ami Laurent Beccaria, la revue XXI, une revue de grande indépendance, sans publicité, réunissant reporters, écrivains et auteurs de bande dessinée. Le succès est au rendez-vous : 45 à 50 mille exemplaires vendus à chaque numéro. Au cœur du numéro 39 sorti en juin 2017, le dossier « Nos crimes en Afrique : Sénégal, Biafra, Rwanda ».

David tient contre Goliath depuis bientôt un quart de siècle ! Il doit avoir la Foi chevillée au cœur. La Foi en un véritable journalisme de reportage. Il est certainement armé de cette qualité fondamentale dont parle le grand reporter et essayiste polonais Kapuscinski : « Pour pratiquer le journalisme, il faut avant tout être bon » (Autoportrait d’un reporter). Car, explique l’ancien grand reporter de guerre, « seul un homme bon essaie de comprendre les autres, leurs intentions, leurs intérêts, leurs difficultés, leurs tragédies. Et immédiatement, dès le premier instant, de s’identifier à leur vie ».
Selon Kapuscinski, face au génocide contre les Tutsis, les médias occidentaux ont été victimes du double piège : « Premièrement, depuis des années, l’intérêt pour le tiers-monde, y compris pour l’Afrique, diminue. […]. Deuxièmement, une telle apocalypse ralentit les réflexes humanitaires indispensables aux sociétés occidentales ». Armé d’empathie, Patrick Saint-Exupéry, lui, y a échappé.

Il a réagi et il agit manifestement en digne parent de l’auteur de Terre des hommes et autres Petit Prince : il est le fils du comte Jacques de Saint-Exupéry et de la comtesse, née Martine d’Anglejan. Antoine de Saint-Exupéry était le cousin germain de son grand-père. Bon sang ne saurait mentir. Il semble avoir ce « supplément d’âme », devenu très rare chez ses collègues, emportés dans la course à l’information. Une information devenue une marchandise comme les autres. S’il se bat, c’est au nom de l’honneur de son pays et c’est qu’il est animé par les valeurs morales d’un vrai humaniste. Un humaniste qui croit que « seul l’Esprit, s’Il souffle sur la glaise, peut créer l’Homme » (Antoine de Saint-Exupéry, Terre des Hommes, dernière phrase) ?

D’après Twahirwa André,
Africaniste et élu local en Île-de-France


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