La France : une dangereuse démocratie de façade

Redigé par Deo Ntarugera Koya
Le 29 avril 2014 à 11:30

La France est censée être une démocratie, mais il se trouve que les dirigeants de la république française n’ont pas à rendre compte de leurs actes devant leurs électeurs, surtout quand il s’agit de politique étrangère et d’interventions militaires. L’information sur ces sujets par la presse et les médias est rudimentaire et manipulée.
Ainsi, entre 1990 et 1994, aucun media français public ou privé ne fit mention de l’intervention militaire de la France au Rwanda et de son implication directe dans le (...)

La France est censée être une démocratie, mais il se trouve que les dirigeants de la république française n’ont pas à rendre compte de leurs actes devant leurs électeurs, surtout quand il s’agit de politique étrangère et d’interventions militaires.
L’information sur ces sujets par la presse et les médias est rudimentaire et manipulée.

Ainsi, entre 1990 et 1994, aucun media français public ou privé ne fit mention de l’intervention militaire de la France au Rwanda et de son implication directe dans le génocide des Tutsi.

Tous les medias privés sont financés par le gouvernement. Pour cette raison, ils ne peuvent piper mot sur les basses besognes de l’Etat français en Afrique. Il y avait un blackout complet dans les medias français sur ce qui se passait au Rwanda entre 1990 et 1994.

Les archives concernant les actes de l’exécutif sont interdites d’accès aux citoyens français. C’est soit par le secret Défense, soit par la loi sur l’accès aux archives qui impose des délais d’au moins trente ans, mais souvent de plus de cent ans pour connaître ce qu’ont fait réellement les responsables élus. Le motif de cela étant que les dirigeants ne puissent être attaqués. Partant, tant qu’ils sont encore en vie, l’accès aux archives les concernant demeure interdit.

L’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme du 26 août 1789 stipule pourtant : « La société a le droit de demander des comptes à tout agent public de son administration ».

Remarquez aussi que le président de la république ou un ministre peut emmener toutes les archives en sa possession ou les faire disparaître lorsqu’il quitte ses fonctions. Quant aux témoins d’affaires d’État délicates, il arrive que leur espérance de vie soit singulièrement raccourcie (Bérégovoy, de Grossouvre etc.).

Cette impossibilité pour le citoyen de prendre connaissance des décisions prises en son nom assure la pérennisation d’un État criminel qu’il est pratiquement impossible de réformer.

Un historien trié sur le volet et autorisé à consulter certaines archives, ne pourra rien changer des pratiques politiques ignobles en découvrant 50 ans, 100 ans ou plus après les faits, que l’État français est responsable d’un génocide, d’une guerre ou de massacres de centaines de milliers d’êtres humains.

La France n’est donc pas un État démocratique, bien qu’elle se flatte de l’être et se permet même le luxe d’administrer des leçons de démocratie aux autres Etats. Ainsi quand la France se permettait de faire massacrer les Tutsi au Rwanda, c’était au prétexte qu’ils étaient opposés au processus de démocratisation, comme le disait le président Mitterrand le 22 juin 1994 en Conseil des ministres.

Quels Français pouvaient dire en quoi, en 1994, les Tutsi étaient opposés à la démocratie ? Le gros des français ne savaient pas où se trouve le Rwanda et encore moins ce qu’étaient réellement ces Tutsi. Au demeurant, en quoi le fait de ne pas être démocrate aurait-il valu un génocide aux tutsi ?

La Constitution de la Ve République née d’un coup d’État militaire donne au président de la république la prérogative exclusive de déclencher une opération militaire, donc une guerre, sans consulter quiconque, sans même un débat à l’Assemblée. Le président de la république est aussi le seul à disposer du pouvoir de déclencher la force de frappe nucléaire et de mettre ainsi à mort des centaines de milliers d’êtres humains.

Au début de la seconde moitié du 20e siècle, la menace d’une guerre nucléaire et d’attaques par des fusées a fourni le prétexte à proscrire tout débat démocratique pour une décision aussi grave que le déclenchement d’une guerre. On dira qu’aucun président français n’a appuyé sur le bouton jusqu’à ce jour.

Ce n’est pas tout à fait exact. Le président de la République française a usé de ce droit en faisant exterminer les tutsi du Rwanda en 1994. Il ne s’est pas agi d’armes nucléaires mais de machettes, que, nous précise-t-on, la France n’a pas fournies.

Le président s’occupe personnellement des relations avec les pays africains. Il est consigné dans la Constitution de la Ve République que la politique africaine de la France est un domaine réservé du président la république. Il n’a de compte à rendre à personne. Il dispose de tous les moyens de l’État pour cela.

Dans le cas du Rwanda, le président Mitterrand a tenu à bout de bras le régime Habyarimana mis à mal par une rébellion pugnace, le Front patriotique rwandais (FPR). Le président Mitterrand et son gouvernement ont encouragé le régime Habyarimana à commettre un génocide conçu à l’Elysée (le bureau du président Mitterrand) comme antidote à la guerre du FPR, le génocide des tutsi en l’occurrence. Il était entendu que le génocide allait faire capoter les Accords d’Arusha dont on disait qu’ils faisaient la part belle au Front patriotique rwandais (FPR).

Si nous disons que le génocide des tutsi a été conçu à l’Elysée, c’est entre autres raisons parce que nous nous souvenons du fait que Paul Dijoud, chef du département des affaires africaines et malgaches au ministère français des affaires étrangères, disait clairement en 1992 au Major Paul Kagame, chef de l’armée de la rébellion du FPR qui était de passage a Paris, que s’il n’arrêtait pas la guerre contre le gouvernement de Habyarimana, il n’y aurait pas un seul tutsi de vif en cas de victoire du FPR.


Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM

Publicité