Démocratisation : Les africains doivent faire leur part des choses

Redigé par Dr. Jean-Paul Kimonyo
Le 18 janvier 2012 à 11:42

L’évolution politique du Rwanda a suscité l’intérêt d’un large éventail de faiseurs d’opinion comprenant journalistes, fournisseurs d’aide, leaders d’opinion, analystes politiques et économiques, sans oublier quelques « touristes politiques » occasionnels sans connaissance préalable de l’Afrique.
Un certain nombre d’analystes en principe mieux informés comme (des) les diplomates de haut rang, arrivent trop souvent aux mêmes conclusions que (ces) les observateurs occasionnels, faisant l’éloge des progrès (...)

L’évolution politique du Rwanda a suscité l’intérêt d’un large éventail de faiseurs d’opinion comprenant journalistes, fournisseurs d’aide, leaders d’opinion, analystes politiques et économiques, sans oublier quelques « touristes politiques » occasionnels sans connaissance préalable de l’Afrique. 

Un certain nombre d’analystes en principe mieux informés comme (des) les diplomates de haut rang, arrivent trop souvent aux mêmes conclusions que (ces) les observateurs occasionnels, faisant l’éloge des progrès socio-économiques du pays, tout en dénonçant dans le même souffle ce qu’ils considèrent comme un déficit en termes de droits civils et politiques.

Au sein de ce dernier [je supprimerais] groupe, le discours le plus courant est que le Rwanda serait voué à l’échec dans sa tentative de reconstruction, aussi longtemps qu’il n’adopte (adoptera) pas des pratiques politiques compétitives sans restrictions ni garde-fous. (de compétition politique sans restrictions, d’aucuns dirait plutôt sans garde-fous)Un son de cloche bien différent du premier (de celui-ci) se fait entendre en provenance (notamment) du gouvernement rwandais entre autres, soutenant l’idée que pour assurer la stabilité socio-économique et l’avancement du jeu (processus) politique (national), celui-ci devrait être soumis (aux règles) à des exigences constitutionnelles (existantes) (qui prennent) prenant en compte la terrible expérience dont le pays a souffert par le passé.

Jusqu’à ce jour, le débat sur ces deux discours en compétition fut plus focalisé sur la nature divergente des faits allégués, au détriment de l’attention que méritent les idéologies qui sous-tendent leur interprétation.

L’idéologie surgit quand la réalité du monde tel qu’il est, au Rwanda (et en Afrique de façon plus générale) comme dans le contexte politique de l’Afrique, sont ignorées (et) pour être remplacées par une approche normative (poussée à l’ extrême) édulcorée, donnant par défaut (toujours) les mêmes réponses à des situations politiques très différentes. Afin d’apporter un peu plus de clarté au débat, (commençons par examiner) considérons les expériences de démocratisation vécues en Afrique (qui représentent le contexte élargi de l’évolution) comme devant servir de cadre élargi à l’évolution politique du Rwanda.

Un bilan qui donne à réfléchir

Commençons par l’analyse scientifique la plus récente de la démocratisation en Afrique et dans les pays en développement. Tout d’abord, on observe un large consensus parmi les spécialistes sur la manière dont (le processus de démocratisation évolue) la démocratisation se porte en Afrique.

Ils sont pratiquement unanimes à admettre que partout dans le monde, l’instauration de la démocratie a fait d’énormes progrès depuis le début des années 1990. A l’exception notable du monde arabe (jusqu’à une date récente), la transition démocratique s’est effectivement opérée dans des « lieux improbables » comprenant des pays parmi les plus pauvres du monde et ce, sans aucun préalable d’ordre économique, politique ou culturel.

Néanmoins, l’optimisme consécutif à la vague initiale de démocratisation apparue dans les années 1990 a cédé la place à une appréciation plus nuancée sur la consolidation de la démocratie dans les pays en développement et en Afrique en particulier.

 L’incapacité de ces nouvelles démocraties à satisfaire les demandes et besoins fondamentaux de leurs citoyens - fourniture (des services) de biens publics de base et d’un développement élémentaire - a conduit beaucoup d’observateurs à s’interroger sur leur nature, leur qualité, leur efficacité et leurs chances de durer.

Plusieurs nouvelles démocraties d’Amérique latine ou d’Afrique à moyen ou faible revenu mais dont l’économie progresse, sont touchées par une croissance non accompagnée de prospérité, privant de ce fait la démocratie du soutien populaire. Suite à une enquête menée en 2008 dans 19 pays comptant parmi les démocraties les plus performantes en Afrique et dont le revenu se situe dans la tranche supérieure sur le continent, le projet de recherches comparatives « AFROBAROMETRE », qui constitue la source la plus fiable pour mesurer l’attitude du public face à la démocratie en Afrique, estime que la demande démocratique ne dépasse pas 47%. Dans les pays les moins (avancés) développés, la situation est encore pire.

Pour cette dernière catégorie de pays, la contribution la plus significative nous vient probablement de Paul Collier, avec son livre très perspicace intitulé « Wars, Guns and Votes »., qui présente les conclusions d’une analyse statistique exhaustive et approfondie de la relation entre violence politique et démocratie.

 (l’importance du développement) Questions de développement

Il a constaté que dans les pays à revenu intermédiaire ou plus, la démocratie réduisait de façon systématique le risque de violence politique, alors que dans les pays à faible revenu, la démocratie rendait la société plus dangereuse encore. De manière provocante, Collier affirme que dans les pays les moins développés, (qui abritent) la démocratie abrite le milliard d’êtres humains les plus pauvres de la planète et qu’(la démocratie) elle augmente les risques de violence sans (apporter) générer ni légitimité ni responsabilité. 

La démocratie sur laquelle la communauté des pays donateurs insiste en l’absence de ses infrastructures vitales que sont des institutions qui fonctionnent, n’est (aux yeux de Collier) à ses yeux (qu’une) que la façade électorale [a supprimer] d’une démocratie plus portée à (entraver) décourager la responsabilité démocratique qu’à l’encourager, et cela pour une raison très simple. 

Tout d’abord, en l’absence d’un (éclairage médiatique adéquat des enjeux politiques) contrôle médiatique effectif dans les pays où vivent le milliard le plus démuni de la population mondiale, les électeurs comprennent mal les choix auxquels ils ont à faire face. Même quand le bilan du candidat sortant est bon, il est sujet à de multiples interprétations.

En deuxième lieu, à cette information (inadéquate) insuffisante s’ajoute le fait que les électeurs ont tendance à voter pour ou contre un candidat en fonction de son identité ethnique plutôt que de ses performances. Ces sociétés étant le plus souvent divisées en identités ethniques (antagoniques) concurrentes, le critère ethnique est de loin la base la plus commode pour fonder des loyautés politiques.

Les électeurs se figent ainsi dans des blocs d’identités rivales, devant lesquelles le bilan ou les compétences des candidats sont (sans valeur) inutiles pour gagner une élection. Au sein de leur groupe identitaire (d’abord) surtout , mais aussi dans les autres groupes de façon marginale, les candidats se tournent alors vers le clientélisme pour accroître leurs chances.

Troisièmement, au lieu de s’adresser directement aux électeurs par le biais (bonne performance administrative) d’une administration qui fonctionne, les (hommes au pouvoir) candidats vont corrompre des entremetteurs politiques qui se chargent d’apporter les suffrages de leurs (clienteles) circonscriptions respectives. Le processus démocratique devient ainsi un jeu politique détourné par une petite élite politique incluant des alliés appartenant au parti au pouvoir, des opposants attendant leur tour avec impatience, ainsi qu’une société civile (qui joue pleinement le jeu) faisant partie du jeu.

De manière avérée [a supprimer], ce système est devenu entièrement compatible avec une situation de forte croissance économique provenant d’un espace économique dominé par un secteur privé isolé, surtout dans des pays dotés de grandes industries extractives ou d’entreprises nationales et internationales déconnectées[a ajouter] (des franges les plus modestes de la société).

(D’un) De l’autre côté [a supprimer] cependant, nul n’ignore que la plupart de ces économies africaines en pleine croissance ne réussiront pas à atteindre la plupart des Objectifs du Millénaire pour le développement d’ici l’an 2015. Par ailleurs, (les cycles électoraux régulièrement bloquent les réformes socio-économiques à la veille d’élections qui souvent) sla période électorale est régulièrement bloquée par des réformes politiques qui finissent en situations insurrectionnelles, tandis que des groupes (révoltés) mécontents d’être privés de leurs droits se tournent vers le banditisme politique et l’extrémisme religieux ou ethnique. 

La croissance démographique, l’urbanisation, la progression constante du niveau d’éducation et du taux de chômage peuvent expliquer la recrudescence récente de l’instabilité dans ces démocraties électorales. Elles représentent la menace la plus importante contre le progrès économique que l’on observe aujourd’hui en Afrique. 

Pour Collier, dans la réussite du processus de démocratisation des Etats faibles et pauvres (requière que la priorité des priorité soit accordée) à la création d’un sentiment d’unité nationale par l’édification d’une nation dotée d’institutions de responsabilisation [a supprimer] devrait être prioritaire par rapport à l’organisation d’élections compétitives (dans le court terme). Condition nécessaire pour que cela fonctionne : l’émergence d’un leadership éclairé et visionnaire. 

L’essentiel des analyses de Collier en matière de démocratisation des Etats faibles et pauvres est (communément) souvent partagé par un certain nombre d’universitaires et de « think tanks » (qui se fondent sur les) concernés par des preuves empiriques (et conseillent) pouvant inspirer les agences d’aide publique. Ces preuves augmentent de jour en jour. 

De manière systématique pourtant, la communauté internationale continue de pousser vers des stratégies de démocratisation qui, dans des pays dépourvus d’institutions vitales, aboutissent le plus souvent à l’instabilité et à la pauvreté généralisée [a supprimer]qu’autre chose. 

Les derniers exercices électoraux en Afrique sub-saharienne, ayant pour cadre deux pays emblématiques de situations post-conflits, sont un rappel de cette vivante réalité. Ils ne sont portant que la dernière illustration d’une tendance dont l’Afrique a été témoin (depuis la série d’élections) de l’an dernier en matière de processus électoral.

A quelques exceptions près, il semble qu’une quinzaine d’années après la première vague de démocratisation, les processus électoraux dans les Etats faibles conduisent de plus en plus vers l’instabilité. (Le problème fondamental se situe au niveau de) l’insistance idéologique des pays occidentaux en faveur de processus rigides d’ « accès à la démocratie » (qui n’a que cure de ce qu’il adviendra par la suite) pose un problème fondamental, qui est le mépris total pour la suite des événements.

( En amont), il existe de nombreux faiseurs d’opinion qui mesurent, qui surveillent et qui plaident aveuglément en faveur d’intrants démocratiques : Freedom House, World Bank Governance Matters, Mo Ibrahim Index, Polity IV data, les organisations habituelles des droits de l’homme et les média internationaux. (Ils saturent ) combrant le débat (en lui donnant une orientation) dans un seul sensl’orientant à sens unique et le rendent complètement indifférent à la vie réelle des Africains.

Et qu’en est-il du printemps arabe ? Là, disons que le message de ses révolutions est ambivalent, mais il corrobore la relation décrite (précédemment) ci-devant entre revenu et démocratie. Les jeunes élites de la classe moyenne ont bravement combattu pour leur droit d’accès à la démocratie, alors que les masses plus démunies - essentiellement préoccupées de qu’elles allaient en tirer - ont voté (votent) pour les islamistes perçus par eux comme mieux aptes à combattre la corruption et les injustices, tout en améliorant leurs moyens de subsistance. Pour les autres par contre, les islamistes sont une menace contre la démocratie.

La légitimité au Rwanda

Par comparaison aux autres pays africains, (le Rwanda représentait à tous égards le pire scenario de démocratisation) c’est au Rwanda que la démocratisation risquait de faire face au pire scénario, même en excluant l’épisode du génocide de 1994 perpétré contre les Tutsi et les quatre années de guerre qui l’avaient précédé.

Plus pauvre parmi les pauvres, dans le Rapport 1990 sur le Développement Humain, le Rwanda était classé à l’avant-dernière place mondiale en matière d’accès à la santé. Il se trouvait à la 5ème place en (commençant par la fin) comptant depuis le fond du classement en termes (de consommation de) d’apport en calories, et de nouveau à l’avant-dernière place en pourcentage de la population rurale vivant dans la misère.

Ce n’est que tout récemment que le Rapport sur le Développement humain a publié les données relatives aux années (antérieures) précédentes. Etudiant l’histoire politique et économique du Rwanda, je n’ai pas été surpris de découvrir que lors des premiers massacres du Rwanda indépendant entre 1964 et 1966, la population rwandaise était à l’époque celle qui souffrait le plus de la faim dans le monde.

Comme en 1994, ces premiers massacres étaient essentiellement exécutés par la population. Dans le domaine politique, l’institutionnalisation du système discriminatoire d’avant 1994, à coup de stricts quotas ethniques et régionaux, venait juste après l’apartheid tout en étant de loin plus meurtrier.

Les pires épisodes de violence politique jamais traversés par le pays sont arrivés dans la foulée immédiate des deux seuls intermèdes de compétition politique (1957-1963 et 1990-1994). Avec ce genre de culture politique et de contexte socio-économique, un jeu politique sans garde-fous dans le processus de reconstruction, ne nous aurait sûrement pas conduits là où nous en sommes aujourd’hui. 

Les limitations constitutionnelles et juridiques à la participation au processus politique rwandais sont aujourd’hui liées aux questions de divisionnisme et d’idéologie génocidaire. Ces limitations ont été testées lors de la compétition pour l’élection présidentielle de 2010. Sur base de ces prescriptions légales, l’enregistrement de deux candidats potentiels à la présidence a été refusé. 

Un certain nombre d’observateurs extérieurs essentiellement, condamnent jusqu’à ce jour ce qu’ils considèrent comme une atteinte inacceptable au droit de participation politique et comme une restriction du choix des électeurs. Ce dont ils ne tiennent pas compte cependant, c’est qu’au moment où la campagne électorale présidentielle a commencé, les Rwandais étaient pleinement conscients de la cause que les personnes empêchées de concourir défendraient.

Des mois avant leur arrestation, ces deux personnes ont été longuement interviewées plusieurs fois par semaine dans des émissions d’information quotidienne, sur les ondes d’au moins deux radios indépendantes, la BBC et la Voix de l’Amérique en langue rwandaise. Non seulement en rapport avec leurs idées, mais aussi sur l’actualité en cours. 

C’est au cours de cette période qu’elles se sont livrées à des discours incendiaires ainsi qu’à d’autres comportements illicites ayant conduit à leur arrestation. Un tollé s’en est suivi au plan international. En dépit ou peut-être à cause de cela, la participation à l’élection présidentielle s’est élevée à 97 % des électeurs enregistrés, dont 93 % de votants pour le Président Paul Kagame.

Ces pourcentages élevés reflètent certainement le côté encore dramatique des élections présidentielles au Rwanda, d’une manière qui n’est pas sans rappeler le déroulement de l’élection présidentielle de 2002 en France, quand Jacques Chirac avait obtenu 82 % des suffrages face Jean-Marie Le Pen, le candidat de l’extrême droite

La voix des électeurs rwandais a raisonné d’autant plus clairement que les médias internationaux avaient exercé une énorme pression sur le gouvernement avant la campagne électorale et la participation populaire écrasante - pour ne pas dire (défiante) provocante - dans les meetings de la campagne électorale de Paul Kagame.

Les restrictions constitutionnelles à la participation politique de groupes ethno-populistes dans l’intérêt de la stabilité et de l’unité nationale, ont trouvé leur légitimation sur fond d’intense controverse internationale. Ici je ne puis que spéculer, mais il y a (fort à parier) de fortes chances que si les Rwandais se sont ainsi comportés, c’est qu’ils étaient convaincus que c’était bien ce qu’il convenait de faire pour préserver leurs progrès chèrement réalisés.

En tant que Rwandais et par souci de cohérence, nous devrions nous abstenir de donner des « leçons » aux autres. Cependant, je crois fermement que nos frères africains pourraient prendre acte de notre histoire.

 

L’auteur est conseiller à la Présidence de la République du Rwanda.


Courriel : jpkimonyo@gmail.com

 

 


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