Révolution agricole au Rwanda : Style Kholkhozien ou gros agriculteurs américains ?

Publié par Jovin Ndayishimiye
Le 15 août 2017 à 06:28
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La Nouvelle politique agricole part de la réforme foncière des années 2010 où chaque propriétaire de terre est dûment attesté par un titre de propriété hypothéquable ayant une durée emphythéotique de 49 ans.

Le Gouvernement actuel a donc donné des armes légales aux fermiers agricoles qui voient décupler la valeur de leurs terres arables. Ceci étant, on comprend l’objectif poursuivi par cette action gouvernementale en faveur du fermier agricole : lui permettre un emprunt bancaire pour faire fructifier son lopin de terre et ainsi créer de nouvelles richesses nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de son ménage et de changer de mentalités lui permettant de dépasser les méthodes archaiques d’économie de subsistance pour l’économie de marché.

Dans son programme Vision 2020, le Gouvernement rwandais montre sa nouvelle politique agricole. Il entend voir à l’orée 2020 une population estimée à 50% occupée dans l’agriculture. Actuellement elle est estimée à 72%. Le gouvernement entend créer bon an mal an, 200.000 emplois non agricoles pour atteindre cet objectif quand bien même la récente EICV 4 de 2015 (4è Enquête Intégrée des Conditions de vie des ménages) publiée par l’institut de Statistique du Rwanda a montré que le Rwanda a régulièrement créé chaque année de 2010 à 2015, rien que 146.000 emplois.

Consolider les terres pour produire davantage

Entretemps, les think tanks nationaux et autres fora ont conclu à un nouvel réaménagement de l’espace agricole rwandais. Il s’agit de la consolidation des terres des fermiers avec une spécialisation dans une culture donnée. Ici, les stratèges du Ministère de l’Agriculture n’ont pas su adopter une sensibilisation populaire supportée par une pédagogie citoyenne qui tient de l’affairisme et de la mise en commun de leurs terres maintenant que le titre de propriété de chaque parcelle est mappée.

Une publicité de faible facture a été développée. Elle a eu pour résultats négatifs le fait que les mentalités populaires individualisantes n’ont pas pu se muer en une coopérativisation volontaire des terres voisines pour faire de grosses étendues de monocultures de mais, sorgho, légumineuses, piment... Les fermiers agricoles n’ont pas pu se solidariser pour produire pour les industries locales (mais ou blé pour BRALIRWA, fruits de passion,la banane, le piment pour Ets URWIBUTSO, INYANGE Ltd, qui produit toute une gamme de jus très compétitifs sur le marché régional et international.

Bref, la politique de consolidation des terres des fermiers devrait être clarifiée dans son mode d’emploi et s’accompagner d’une grande sensibilisation paysanne pour que les fermiers sachent s’ils doivent solidairement s’associer et produire en commun et montrer les avantages immédiats qu’ils doivent en tirer. Ce système kholkhozien soviétique est le seul qui est pratiquable dans le pays.

Irrigation collinaire : Une mécanisation agricole nécessaire. Mais elle n’est pas suffisante. Des stratégies en douce de consolidation des terres s’imposent.

Aussi faut-il qualifier d’apparat les programmes d’irrigation collinaire des cultures tant que la politique de consolitation des terres n’aura pas été assimilée par les fermiers. Ces derniers s’unissent pour des tontines, histoire de collecter de la petite épargne qui, rotativement, est distribuée d’une personne à l’autre. Comment avec assez de patience de pédagogue, cette consolidation des terres sera-t-elle exploitée par une opposition radicale négative comme quoi on impose des méthodes culturales aux paysans pour mieux les appauvrir ?

Maintenant que les fermiers agricoles sont invités à rejoindre des bourgades où ils bénéficient des infrastructures de base (eau, électricité, Centres de santé et scolaires), l’adhésion à cette solidarité dans la production étant volontaire, le recours aux banques et aux donateurs pour usage des machines agricoles, de la souscription aux maisons d’assurance qui doivent rembourser en cas de sécheresse..., voilà des conditions qui peuvent rassurer le fermier rwandais qui se départira aisément de la mode traditionnelle culturale peu productive mais très rassurante.

Certains grands leaders d’opinion insistent sur la création de milliers d’emplois non agricoles. Mais il semble que cela ne résoud pas nécessairement la question de l’autosuffisance agricole. Ils observent correctement le fait que les intervenants dans le secteur agricole rwandais sont à plus de 70% non professionnels. Ils ne produisent pas systématiquement pour le marché mais plutôt pour la subsistance.

Mais qu’est ce qu’ils proposent auxdits fermiers plongés dans ces pratiques d’agriculture de subsistance afin qu’ils fassent un déclic révolutionnaire pour produire pour le marché et acheter dans ce marché des biens de consommations industriellement transformés ?

"Le fait que 70% de Rwandais vivent d’agriculture, cela est un signe de chômage déguisé. Plus on créera des métiers non agricoles, plus on produira, mieux les Rwanda seront nombreux à être occupés utilement", a écrit sur son compte Twitter, Gérardine Mukeshimana, l’actuelle Ministre de l’Agriculture. Mais là encore, elle n’explique pas suffisamment sa politique de grande productivité agricole. Ca bloque quelque part.

La Ministre distribue des vaches laitières aux fermiers pour plus de productivité agricole et une alimentation équilibrée

Elle devrait montrer comment on va réorganiser les fermiers agricoles sur base volontaire pour créer de vastes champs de monoculture. Elle devrait dans sa sensibilisation promettre avec des accords écrits qu’elle va protéger la production des fermiers rwandais face aux assauts des produits agricoles étrangers inondant le marché local.

En cela, la ministre verra des investisseurs rwandais rappliquer dans le domaine agricole et dans la transformation agro alimentaire. Au politique et au culturel, le fermier rwandais fera un pas de géant dans le changement de mentalité et dans sa vision améliorée de l’univers.


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