Guerres, Équilibre Écologique de l’Homme et Développement
Publié le 23-10-2016 - à 10:25' par Dr Sébastien Gasana


L’Ecologie Humaine, en tant que Science interdisciplinaire qui s’occupe particulièrement de l’homme dans ses relations avec lui-même, avec l’Etre Suprême (ou le Créateur pour certains), avec ses semblables et avec les autres créatures qui composent l’environnement de l’homme, nous éclairera dans cette démarche.

En Afrique, si nous partons de la période des indépendances (vers les années 1960), nous constatons que ce continent a continué, en général, de vivre dans une instabilité sécuritaire notoire. Des conflits armés, parfois très longs et dévastateurs, à plusieurs égards, ont fortement touché divers pays africains, empêchant ainsi, au moins en partie, ces derniers de se consacrer à leur développement.

Présentation succincte de l’écologie (humaine)

Avant de parler de l’écologie humaine proprement dite, il serait utile de donner d’abord ces quelques précisions utiles quant à ce qui concerne l’écologie en général.
Le mot ‘‘écologie’’ (du grec ‘oïkos’, habitat, maison et ‘logos’, discours) est inventé en 1866 par un biologiste allemand du nom de Ernest Heinrich Haeckel (1834-1919).

Celui-ci propose cette définition devenue classique : ‘‘Par ‘oekologie’, nous entendons la totalité de la science des relations de l’organisme avec l’environnement, comprenant, au sens large, toutes les conditions d’existence’’ (Dominique Lecourt, Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences, Quadrige/Presses Universitaires de France (PUF), Paris, 1999, p. 317). Ainsi, pour rendre beaucoup plus claire cette définition de Haeckel, nous pouvons dire que l’Ecologie étudie ‘‘ des rapports entre les êtres vivants et le milieu naturel qui les entoure’’ (Georges Olivier, L’écologie humaine, PUF, Paris, 1980, p.5).

Si nous laissons l’Ecologie en général et revenir à l’Ecologie humaine, nous pouvons dire, tout court, que celle-ci n’est pas ‘‘ une simple extension, un prolongement de l’Ecologie générale. Elle présente des caractéristiques propres, des complications surtout.

Jusqu’ici les espèces étaient considérées sur un pied d’égalité, c’était de la ‘synécologie’, elles avaient toutes le même intérêt ; avec l’Ecologie humaine une espèce se place à part et devient le groupe de référence : c’est l’Homme et cette auto-écologie est une Ecologie quelque peu anthropocentrique’’ (G. Olivier, Op. cit. p. 8).

Guerre, obstacle à la réalisation de l’homme

Comme nous l’avons dit au début, nous allons chercher à analyser la situation de l’homme en rapport avec son environnement en général. Normalement, tout homme aspire à la tranquillité et à la paix tant intérieure qu’extérieure.
Quand éclate une guerre, les hommes qui risquent d’être directement touchés se sentent particulièrement, à juste titre, dans l’insécurité et tous leurs projets s’en trouvent compromis ; si pas définitivement, du moins temporairement. Ainsi, du même coup, la réalisation de l’homme à travers ses diverses entreprises se voit vouée à la compromission ou à l’échec total.

Nous pouvons affirmer que la guerre porte atteinte à l’homme dans son ‘‘ environnement intérieur’’, dans ce sens que, logiquement, toutes les relations de l’homme avec son environnement en général reflètent et dépendent de ses dispositions intimes à lui-même. La guerre, influant négativement sur l’individu personnellement, influence aussi, d’une façon ou d’une autre, le genre de relations que cet individu est porté à avoir avec le monde extérieur.

Ce n’est d’ailleurs pas un pur hasard qu’on trouve beaucoup de gens traumatisés dans des pays qui sortent des conflits violents et meurtriers. Ici nous pouvons donner l’exemple du Rwanda, après le génocide contre les Tutsi en 1994 (sachant bien entendu qu’un génocide ne peut pas être simplement réduit, ou confondu, à une guerre), sans ignorer d’autres et nombreux exemples des pays africains dont les populations ont été affectées par les affres des conflits armés que ces divers pays ont connus.

La guerre et la relation de l’homme avec l’Etre Suprême

Dans l’environnement général de l’homme, l’on ne peut pas ne pas évoquer ses rapports avec l’Etre Suprême (nommé, par certains, Dieu, Yahvé, Allah, etc.) et qui est considéré comme le Créateur de ce qui existe. En effet, dans ses multiples actions, l’homme est souvent guidé par ses croyances spirituelles et morales. Guidé par cette référence à Dieu, l’homme doit comprendre et ‘‘ déployer son activité comme une réponse fidèle au commandement de Dieu, comme une collaboration à son œuvre créatrice et comme un rapport personnel à la réalisation de son plan providentiel dans l’histoire’’ (Jean XXXIII, Pacem in terris [Lettre Encyclique], n° 147).

Malheureusement, pendant les moments de crise, comme la guerre ou autres situations catastrophiques, l’ordre normal des choses prend souvent un sens sans issue. Pour les victimes (voire même les bourreaux) qui subissent des atrocités, le rapport à Dieu est négativement atteint ou, tout au moins, prend d’autres connotations. En effet, le plus souvent, dans ce cas, l’homme fait ‘‘ l’expérience d’un univers indifférent, voire étranger et hostile à l’homme, autrement dit l’expérience de l’abandon de l’homme dans un monde dont Dieu s’est éloigné’’ (Hans Jonas, Une éthique pour la nature, Desclée de Brouwer, Paris, 2000, p. 10).

Dans des moments de guerre, les hommes sont troublés et perdent le sens de l’orientation normale des choses. Soumis à une course pressante pour la survie, ils perdent toute sérénité pour être capables d’écouter et de mettre en pratique les préceptes de Dieu et de la religion ; bref l’homme se trouve complètement désorienté.
Pendant les guerres ou autres tragédies humaines, nombreux sont ceux qui, parmi les victimes ou les bourreaux, arrivent à croire que Dieu n’existe plus ou, du moins, que s’il existe encore, il ne s’intéresse plus à l’homme.

Ainsi, point n’est besoin de démontrer que, pendant les moments tragiquement conflictuels, la relation des personnes humaines avec Dieu subit, souvent, un choc terrible.

La guerre détériore les relations de l’homme avec ses semblables

Nous savons bien que l’homme est un être social. En d’autres mots, il ne peut pas être ce qu’il est ou ce qu’il doit être s’il vit séparé de ses semblables. Par des interactions multiples et des liens culturels, les hommes sont voués à développer continuellement des liens de divers ordres entre eux, à travers leur organisation sociale. Effectivement, comme êtres humains, nous pouvons dire que ‘’ notre technique et notre organisation sociale constituent un nouvel environnement qui agit en retour sur notre Biologie. Ce nouveau milieu supplée la Nature dans certains cas, en contrecarre les effets dans d’autres cas, sans que nous y prenions bien garde. Certains distinguent ce nouveau milieu sous le terme de ‘milieu culturel’ ; je préfère l’appeler ‘ milieu humain’, car il est normal pour l’Homme de s’entourer des produits de son industrie : L’Homme est par nature un être de Culture ‘’ (Georges Olivier, Op.cit. p. 10).

Mais, hélas, la guerre trouble sérieusement ces liens interpersonnels et intercommunautaires qui existent naturellement entre les hommes en société. Et en plus, dans tous les cas, elle occasionne des difficultés et souvent des déchirures dans la société dont la cicatrisation s’avère, souvent, longue et ardue.
De fait, quand on observe avec grande attention l’évolution des sociétés qui ont vécu des conflits très violents comme les guerres, on constate que, en général, ces conflits causent des dégâts incalculables dans ces mêmes sociétés, à tel point que le retour à la normale risque parfois de prendre beaucoup de temps, voire même des générations entières.

La guerre envenime les rapports de l’homme avec les autres créatures

Dans le développement du point précédent, nous avons dit que l’homme ne peut pas vivre véritablement comme homme s’il n’est pas en interaction avec ses semblables. De même, l’on peut dire que l’homme ne peut pas réellement vivre s’il n’est pas en contact avec les autres créatures, vivantes et non vivantes. En effet, l’homme avec ces créatures forment ensemble, un complexe écologique (voir Pedro C. Beltrao, Ecologia umana e valori etico-religiosi, Roma, 1985, p.32). C’est pourquoi l’homme, lui, qui se trouve justement au centre de l’écologie humaine, doit toujours veiller à l’harmonie et à l’équilibre entre tous les éléments de ce complexe écologique en général, afin d’éviter des dégâts qui risquent, en retour, d’avoir des répercussions nuisibles sur l’homme lui-même.

Nous savons bien que l’homme peut intervenir dans ce sens en agissant sur les variables suivantes : la technologie, la population, l’environnement et l’organisation sociale. De fait, comme l’a bien souligné Pierre Gourou, ‘‘ il n’y a pas de crise dans l’usage de la nature qui ne soit une crise dans le mode de vie de l’homme’’ (Voir Michel Bachelet, L’ingérence écologique, Editions Frison-Roche, Paris, 1995, p.13).

Pas de développement sans sécurité

La sécurisation intérieure d’un pays constitue l’une des conditions sine qua non pour permettre, éventuellement, le déclenchement du travail de son développement. En effet, une population menacée ou troublée ne peut pas se consacrer sérieusement au travail. En plus, aucun investisseur loyal et soucieux du développement ou qui veut, tout simplement, rentabiliser au maximum ses investissements ne s’aventurera dans un pays qui n’offre pas de garanties assez solides de travail dans la sécurité. Il est tout à fait évident que tout investisseur cherche à fructifier ses investissements.

Finalement, pour être bref, les pays en guerre consacrent une partie non négligeable de leurs diverses ressources au financement de cette guerre, à la place de leur développement. Plus encore, comme les pays ne vivent pas en autarcie, l’insécurité dans un pays quelconque donné entraîne, directement ou indirectement ses voisins et partenaires dans une certaine instabilité.

Conclusion

Même si, dans cet article, nous avons choisi de penser particulièrement à l’Afrique pour, en quelque sorte, essayer de fustiger et déplorer le sort continuellement vécu par les Africains, il est évident que l’écologie humaine et le développement concernent tous les hommes dans tous les lieux.

L’Afrique n’a cessé, depuis un certain temps d’ailleurs, de vivre des conflits dévastateurs (guerres d’indépendance, guerres de libération, guerres civiles,…) qui, sans nul doute, ont eu ou ont encore des incidences sur son développement.

Nous ne voulons pas affirmer mordicus que s’il n’y a plus de guerres en Afrique le processus de développement de notre continent sera nécessairement, automatiquement et immédiatement déclenché et soutenu, mais, tout simplement que les guerres et les violences meurtrières inhibent, en général, l’effort de développement véritable et soutenu.

Pour les personnes individuelles comme pour les pays, la sécurité et la paix, intérieures et extérieures, constituent des facteurs certains pour tout développement authentique et même durable.


Kwamamaza
Commentaires

Excellent article !

Répondre23.10.2016 à 10:37
Harton

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