EAC : Habits et souliers usagés découragés ; absence de stratégies fermes,Américains s’en mêlent
Publié le 18-08-2016 - à 14:47' par Jovin Ndayishimiye

La décision de protection des industries textiles et autres tanneries des pays membres de la EAC (East African Community) semblent ne pas plaire aux USA qui menacent de sanctions économiques les pays ayant adopté cette mesure de façon légale de par leurs parlements respectifs.

Il se souviendra que le 17ème Sommet des Chefs d’Etat de l’EAC d’Arusha en Tanzanie au 2 mars dernier a examiné l’état de la promotion et protection des industries textiles et des peaux de la région.

Le même Sommet avait strictement recommandé que les friperies et souliers de seconde main importés dans les cinq pays de la Communauté se conforment aux normes d’hygiène publique. Il a aussi demandé d’examiner les voies et moyens pour que les peaux produites dans les Etats membres de la communauté se commercialisent uniquement sur l’étendue des territoires de ces Etats.

Depuis lors, les pays membres ont commencé à imposer des conditions dures à l’importation des friperies et des souliers usagés. Pour le Rwanda, ces friperies et Souliers ont été frappés d’une taxe multipliée par 25 fois à partir de juillet dernier.
En Uganda voisin, la question a été aussi soumise au Parlement pour le vote d’une loi autorisant l’augmentation de la taxe sur ces items et, au besoin, une suspension définitive de leur importation.

Deborah Malac, Ambassadeure américaine en poste à Kampala : Respect de la libre circulation des marchandises !

Ce projet a réveillé des inquiétudes de l’ambassadeur américain Deborah Malac en poste à Kampala qui, dans un entretien de plus de 30 minutes avec la Présidente du Parlement, Hon. Rebecca Kadaga, a conseillé à cette dernière de faire preuve de grande sagesse dans l’examen de ce projet de loi portant sur les sévères restrictions à l’importation des friperies et chaussures usagées.

L’ambassadeur Déborah est allée jusqu’à menacer de sanctions commerciales contre l’Uganda dans le cadre de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act) au cas où cette loi serait approuvée et élue par les députés ugandais.
L’ambassadeur est partie des provisions de la loi AGOA qui stipulent que 38 pays africains ayant signé les accords commerciaux avec les USA sous le régime de l’AGOA.

La députée ugandaise a décidé à la grande satisfaction de l’ambassadeure américaine que l’idée de surtaxer les vêtements et chaussures de seconde main a été sévérement critiquée par les députés qui ont jugé qu’en soit, ce business est très lucratif et qu’il génère beaucoup d’emplois citoyens.

Deux scénarios, deux logiques rwandaises et ugandaises opposées

Contrairement à l’Uganda, la conception des autorités commerciales rwandaises est plus à la protection et promotion des industries textiles de la région. D’après le Ministre rwandais du Commerce et Industrie, François Kanimba, les friperies et chaussures usagées sont un frein au développement de l’industrie locale.

Ministre François Kanimba (Commerce&Industrie)

« Un habit de seconde main coûte entre un et deux dollars. Les Rwandais sont bien aise de s’habiller pour si peu. Mais ils oublient que cela porte atteinte à notre développement et la promotion de nos industries », avait déclaré le Ministre au cours d’un point de presse sentant lui-même que son discours sonnait faux dans la mesure où les gouvernements des pays membres de l’EAC soucieux du développement de l’industrie textile devraient subventionner dans un premier temps les coûts de production de ces industries naissantes, au risque même d’en exonérer les impôts de leurs produits dans un premier temps quitte à décourager dans les faits l’importation de ces friperies.

Ici, les commerçants grossistes et demi grossistes s’empresseront de leur plein gré de ne plus importer des friperies usagées et d’orienter leurs activités dans la distribution des produits de qualité de ces industries textiles et du cuir des pays de l’espace EAC.

Aussi quand le Ministre Kanimba entretient un discours nationaliste et protecteur des industries locales sources de plusieurs milliers d’emplois, il est d’avis de maints observateurs et stratèges économistes qu’une cellule de chercheurs devrait se mettre en place et faire des recherches en la matière tout en jouant avantageusement sur les termes de l’offre et de la demande.

« Veut-on décourager l’importation des habits et du cuir ? Soit ! Tout en respectant la liberté de circulation des marchandises, les industries textiles et du cuir des pays de la région doivent commander une étude suffisamment scientifique pour savoir comment exploiter en leur faveur la volonté politique de protectionnisme de leurs gouvernements respectifs mais tout en jouant sur la qualité et le pouvoir d’achat de plus de 150 millions de consommateurs.

Rebecca Kadiga, Chairperson Parlement Ugandais : Non ! On ne frappera pas d’interdiction d’importation des friperies et des chaussures usagées en Uganda.

En d’autres termes, ceci veut dire que les Etats de la région devront nécessairement rabattre ou annuler taxes et impôts de ces produits et même en cas de besoin subventionner les coûts de production pour que les produits de grande qualité soient abordables à la poche du consommateur », a confié un économiste rwandais qui a requis l’anonymat.

Cet expert économiste comprend parfaitement les préoccupations des Chefs d’Etat de la région tout comme il déplore les déclarations de l’ambassadeure américaine qui ne tient qu’à faire respecter la loi de l’offre et de la demande sur le marché international. Selon lui, si les Etats africains veulent peser sur le marché international des biens économiques, il faut qu’ils se fassent souffrance d’accompagner dans un premier temps les investisseurs nationaux.

Les mesures d’accompagnement dont il a parlé sont la constitution d’infrastructures régionales financières fortes comme une banque de l’industrie, une banque de l’Agriculture ; ces deux institutions à des taux d’intérêt extrêmement bas (1 à 2%) et à très long terme (20 à 30 ans) opérant sous l’égide du Secrétariat Général de l’EAC après que les 6 pays membres aient adopté une monnaie commune à l’instar de l’Euro européenne.

D’autres experts interrogés trouvent que de telles institutions financières faites d’apports d’Etats et d’investisseurs privés strictement nationaux pourraient rassembler des capitaux de plusieurs gros milliards de dollars et booster l’industrie de cette Afrique des Grands Lacs.


Kwamamaza
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