Bénin : les exportations de voitures vers le Nigeria en sursis

Publié par igihe
Le 2 janvier 2017 à 10:27
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Au Bénin, l’année 2016 a été très difficile pour le marché des voitures d’occasion importées d’Europe ou des Etats-Unis. La filière, source de recettes fiscales et d’emplois, a chuté de 70%, à cause de la dévaluation du naira, la monnaie du Nigeria, principal client. Elle est aujourd’hui en sursis... Le président Muhammadu Buhari a interdit l’importation des véhicules neufs ou d’occasion par la route. La mesure devait entrer en vigueur ce 2 janvier, mais suite à la pression des députés, elle est suspendue.

À Ekpé, l’un des parcs pour les véhicules d’occasion à la sortie de Cotonou, même si l’activité tourne au ralenti, on continue de laver les voitures chez Doughan Ali, un des rares importateurs libanais à ne pas être parti. Avant, il vendait vingt véhicules par semaine, maintenant deux et à des prix bradés. Pour lui, la décision du Nigeria va achever la filière.

« C’est un vrai problème. On voulait commander des voitures, mais comme on a entendu cette nouvelle, on a arrêté d’en acheter. Ce n’est pas que notre secteur qu’ils tuent, c’est toute l’économie du Bénin. Si en janvier, je vois que le marché reste comme ça, je vais partir », confie-t-il à RFI.

Sur les parcs, on est sûr d’une chose. Lorsque l’interdiction entrera en vigueur, il y aura de la contrebande.

« Il y a des voies par lesquelles les gens passent dans la brousse, explique Mathias Batonon, vendeur. Ce sont les clients nigérians, on les appelle les crossers, ce sont les spécialistes de la brousse. Ils viennent toujours, mais ça ne sera pas comme avant, ça va régresser. »

Ballon d’essai

Le président nigérian a en réalité lancé un ballon d’essai. Vu la réaction des députés, dont certains ont des intérêts dans cette filière, la mesure sera appliquée graduellement. Une solution prévisible, car le Nigeria veut soutenir ses ports et relancer sa production automobile.

« Ce qui nous arrive aurait pu être anticipé, se désole le géographe économiste Alix Servais Afouda. Les Nigérians ont déjà commencé par accepter que des constructeurs étrangers s’installent dans leur pays comme dans les années 1980. Et puis le pays a aussi lancé sa marque nigériane. »

Le coup de grâce

C’est donc une épée de Damoclès qui pèse sur le Bénin. Les douanes ont déjà perdu 30 % de leur activité l’an passé. Des voix s’élèvent pour sauver le secteur de la réexportation de véhicules avant l’application de la décision.

« Ce signal fort nous permet peut-être de nous ressaisir, espère Taïrou Mama, commissionnaire en douane. Il faut que les deux gouvernements s’asseyent autour de la table et discutent des besoins des Nigérians et de l’offre des Béninois en termes de véhicules d’occasion. Il faut mettre en place une stratégie commune. »

Le gouvernement béninois devra aussi rendre son économie moins dépendante des mesures prises par le Nigeria. Son budget est largement alimenté par les recettes fiscales issues de l’exportation de véhicules d’occasion.

Avec rfi.fr


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