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Pourquoi il faut relancer l’agriculture africaine
Publié le 31-10-2016 - à 16:50' par Le Point

Pour émerger, l’Afrique ne pourra pas faire l’impasse sur des chantiers majeurs ayant trait aux acteurs et à l’organisation de son monde agricole.

La thématique agricole et agro-industrielle semble avoir fait son retour dans les agendas des décideurs politiques et économiques en Afrique et dans le monde. Au regard de l’énorme potentiel du continent en la matière, il est capital et urgent pour tous que les divers enjeux soient identifiés.

L’Afrique, un continent à gros potentiel

Plus de la moitié des terres arables mondiales se trouvent en Afrique. Le continent est également doté d’un potentiel hydraulique largement inexploité, d’une main-d’œuvre bon marché et enfin d’un marché dynamique tiré par la croissance démographique. Malgré ces excellents atouts qui font d’elle le futur grenier du monde, l’Afrique reste encore aujourd’hui le seul continent importateur net de denrées alimentaires. Elle ne parvient toujours pas à assurer sa sécurité alimentaire, et encore moins sa souveraineté alimentaire.

Et pourtant, dans un contexte mondial d’épuisement des ressources, caractérisé par une offre alimentaire mondiale largement inférieure à la demande, il y a urgence. Le secteur agricole et agroalimentaire en Afrique doit absolument être réformé de manière structurelle, afin de générer une croissance inclusive et durable pour tous. Outre la sécurité alimentaire, les défis sont ceux de l’emploi des jeunes, de l’autonomisation des femmes, de la lutte contre la pauvreté, de l’industrialisation du secteur…

Selon la Banque mondiale, le marché de l’agroalimentaire en Afrique pourrait passer de 330 milliards de dollars aujourd’hui à 1 000 milliards de dollars à l’horizon 2030. Une véritable aubaine non seulement pour l’Afrique et les Africains, mais aussi pour les investisseurs étrangers, sous réserve bien entendu de l’adoption de mesures structurelles favorables à l’émergence du secteur.
Le financement du secteur, une urgence absolue

Le secteur bancaire hésite encore à accorder des crédits aux entrepreneurs sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole, estimant que l’investissement dans ce domaine reste risqué. D’où la nécessité de réfléchir à des mécanismes de financement et de garantie innovants pour une réelle impulsion de l’investissement sectoriel. Les choses n’ont pas toujours été ainsi : avant les fameux plans d’ajustement structurels auxquels ont été soumis de nombreux États dans les années 90, le secteur était largement encadré et subventionné par des structures étatiques. Le désengagement des divers États s’est fait de manière non structurée, ce qui a fortement entravé les efforts de la paysannerie et du secteur privé, encore aujourd’hui confrontés à d’énormes difficultés de financement.

À cela, il faudrait ajouter le non-respect des engagements pris par les États africains lors des accords de Maputo en 2003 et portant sur un meilleur financement du secteur à hauteur de 10 % des budgets nationaux. Plus de 10 ans après, cette mesure n’est toujours pas respectée par le plus grand nombre. Il est donc plus qu’urgent et impératif d’œuvrer pour l’adoption de nouveaux mécanismes de financement afin de réellement aller vers une émergence du secteur.

La nécessité d’opérer des réformes foncières

La terre reste également un enjeu clé. Au-delà même du phénomène d’accaparement des terres que l’on observe çà et là en Afrique, nous constatons également amèrement que les femmes, responsables de la production alimentaire locale à hauteur de 80 %, n’ont pas accès au foncier. Quinze pour cent seulement environ sont réellement propriétaires de leurs terres, ce qui reste un obstacle majeur pour l’accès au crédit et par conséquent au développement de leurs activités sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole. Des réformes foncières sont en cours dans certains pays, espérons qu’elles puissent aboutir assez rapidement.

Un agriculteur dans son champ de tomates dans les domaines irrigués de Kadawa, au nord du Nigeria, près de Kano, en janvier 2015. © AFP PHOTO

Un marché à protéger

De nombreux experts le soulignent, à l’instar d’Olivier de Schutter, ancien rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation que le secteur agricole et agroalimentaire ne devrait pas être totalement libéralisé comme c’est le cas actuellement dans la foulée des divers accords internationaux en vigueur (accords de OMC, APE, etc.). On ne peut aucunement prétendre à l’émergence de la paysannerie ni même à un investissement massif du secteur privé sur l’ensemble de la chaîne de valeur agricole, chaîne sans attractivité, du fait de la présence sur un même marché de biens aux coûts de production largement différents les uns des autres. Des marges de manœuvre favorables à l’ensemble des acteurs existent, notamment au niveau des tarifs douaniers. Il faudrait tout simplement les activer pour plus d’investissements.

Infrastructures et image à construire, politique agricole concertée à mettre en place

Le manque crucial d’infrastructures est à l’origine d’un taux élevé de pertes post-récoltes, qui peut aller de 40 à 70 % selon les pays. Une réalité connue de tous et nécessitant une action commune et efficace dans le cadre de partenariats public-privé.

La valorisation de l’image du secteur agricole et agroalimentaire est capitale pour une implication massive des jeunes notamment. De nombreuses initiatives sont développées par des jeunes sur l’ensemble de la chaîne de valeur : sensibilisation, formation, distribution, partage de l’information, recherche de financement via le crowdfunding. L’engouement est bien réel ! C’est une note optimiste et prometteuse.

Notons enfin la nécessité d’œuvrer pour l’application effective des résultats de la recherche agronomique et pour une politique agricole concertée et basée sur des partenariats publics-privés impliquant les divers acteurs à tous les niveaux : institutionnels et décideurs politiques, secteur privé, paysannerie, société civile, etc.

Tous ensemble, nous devons impérativement œuvrer pour une agriculture africaine intelligente, intégrée et responsable, capable de produire plus et à moindre coût, capable de préserver l’environnement grâce à l’agroécologie, l’agroforesterie et bien d’autres techniques. Une nécessité pour l’Afrique, mais aussi parce qu’il faudra nourrir demain près de 9 milliards d’individus à l’échelle mondiale.

* Charlotte Libog est fondatrice de la plateforme Afrique Grenier du Monde pour l’émergence d’une agriculture africaine forte et efficace basée sur la notion de développement durable.


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