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L’état de famine déclaré au Soudan du Sud, le pays le plus récent du monde

Publié par Olga Ishimwe
Le 19 mars 2017 à 12:34
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Pour la première fois, le gouvernement du Soudan du Sud a déclaré l’état de famine dans plusieurs zones du pays, une situation que les agences humanitaires déplorent d’autant plus qu’elle est "causée par l’homme", à savoir par la guerre qui ravage le pays depuis plus de trois ans.

Plusieurs zones de la région d’Unité (nord) sont désormais "classées comme étant en famine (...) ou courant le risque d’être en famine", a déclaré ce lundi 20 février à la presse Isaiah Chol Aruai, président du Bureau national des statistiques, se fondant sur l’échelle IPC, le critère le plus utilisé pour classifier la sécurité alimentaire.

Lundi, trois organisations des Nations unies, le Fonds pour l’enfance (Unicef), le Fonds pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), ont indiqué que 100.000 Sud-soudanais de la région d’Unité souffraient de famine, le niveau le plus élevé de l’échelle IPC.

Environ 1 million de Sud-soudanais risquent par ailleurs la famine dans les prochains mois, selon la même source.

"Les gens ont déjà commencé à mourir de faim"

"Lorsqu’on déclare officiellement l’état de famine, cela veut dire que les gens ont déjà commencé à mourir de faim", ont indiqué ces trois organisations dans un communiqué commun. "Cette situation alimentaire est la pire depuis le début des combats (de la guerre civile) il y a plus de trois ans".

La famine déclarée lundi est la première qui l’est dans la région depuis celle qui a tué 260.000 personnes en Somalie en 2011.

Indépendant depuis 2011, ce qui en fait l’Etat reconnu le plus récent du monde, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile ayant fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés, malgré le déploiement de quelque 12.000 Casques bleus.

Cette guerre, dans laquelle des atrocités ont été attribuées aux diverses parties au conflit, oppose principalement les troupes du président Salva Kiir, d’ethnie dinka, aux hommes de l’ancien vice-président Riek Machar, issu de l’ethnie nuer. Les Nations unies ont mis en garde contre un risque de génocide.

Près de 5 millions de personnes touchées

La région pétrolière d’Unité, une région nuer d’où est originaire Riek Machar, est une des plus touchées par le conflit.

"Les effets à long terme du conflit, couplés aux prix élevés de la nourriture, à la crise économique, à une production agricole réduite et à un accès réduit aux moyens de subsistance" ont pour conséquence que 4,9 millions de Sud-soudanais (sur un total de 11 millions d’habitants) sont désormais classés dans les trois niveaux supérieurs de l’échelle IPC, selon Isaiah Chol Aruai.

Un ensemble de critères techniques sont retenus pour définir une situation de famine. Ils sont regroupés dans un "cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire" (IPC), qui est le critère le plus utilisé, notamment par les Nations unies.

L’IPC distingue cinq phases possibles dans la situation alimentaire d’un pays, la cinquième étant celle de "catastrophe/famine". Quand plus de 20% de la population d’une région est en "catastrophe", que le taux de mortalité est supérieur à deux personnes pour 10.000 par jour et qu’une malnutrition aiguë touche plus de 30% de la population, l’état de famine est déclaré.

Ces dernières années, plusieurs rapports ont indiqué que des dizaines de milliers de Sud-soudanais pouvaient être classés comme étant en "catastrophe/famine", mais cette proportion de la population était trop faible pour déclarer une région en état de famine.

"Le problème a été causé par l’homme"

"La plus grande tragédie du rapport publié aujourd’hui... c’est que le problème a été causé par l’homme", a déploré Eugene Owusu, coordonnateur des affaires humanitaires de l’ONU pour le Soudan du Sud, regrettant par ailleurs que le travail des agences humanitaires soit compliqué par le conflit (réserves pillées, travailleurs humanitaires attaqués...).

"La guerre a perturbé l’agriculture. Les gens ont perdu leur bétail, même leurs outils agricoles. Depuis des mois, les gens dépendent entièrement des plantes et des poissons qu’ils peuvent trouver", a expliqué Serge Tissot, représentant de la FAO au Soudan du Sud.

Ailleurs dans la région, une sécheresse frappe actuellement la Somalie, l’Ethiopie et le Kenya.

Lundi, le coordonnateur des affaires humanitaires de l’ONU en Somalie, Peter de Clercq, a assuré que 6,2 millions de Somaliens, soit la moitié de la population, avaient besoin d’une aide humanitaire et a mis en garde contre une possible famine. "Cette année, nous nous attendons à ce que 944.000 enfants souffrent de malnutrition sévère".

Avec le Huffington Post


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