RDC : L’Opposant historique Tschisekedi mort à Bruxelles

Publié par IGIHE
Le 2 février 2017 à 03:40
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Le président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Etienne Tshisekedi wa Mulumba est décédé mercredi 1er février à Bruxelles des suites d’une embolie pulmonaire, à l’âge de 84 ans.

L’opposant historique congolais était arrivé mardi 24 janvier après-midi à Bruxelles en provenance de Kinshasa pour subir un "check-up médical" en Belgique.

Cet homme politique, qui a traversé toute l’histoire politique de la RDC, s’est surtout illustré pour son opposition au Maréchal Mobutu dans les décennies 1980 et 1990.

Après le régime Mobutu, « Ya Tshitshi » s’est également opposé à Laurent-Désiré, qui a renversé le Maréchal, puis au fils de ce dernier, Joseph Kabila. Ce dernier l’a battu à la présidentielle de 2006.

Au fil des années, Etienne Tshisekedi est devenu la figure de l’opposition congolaise.

Début de la vie publique

Né en 1932 à Kananga au centre de la RDC, Etienne Tshisekedi commence sa carrière politique dans le MNC de Patrice Lumumba et Albert Kalonji qu’il rejoint en 1958.

Plus proche de Kalonji, Tshisekedi choisit ce dernier, après sa brouille avec Lumumba.

« Je me sentais plus proche de lui. Et comme, j’avais des ambitions de faire de la politique. Je savais que quand je présenterai ma candidature comme député, il était de mon coin et il pouvait me défendre pour être élu comme député », affirme Tshisekedi plusieurs années après, pour expliquer son choix.

L’activisme politique d’Etienne Tshisekedi lui ouvre les portes du pouvoir, alors qu’il est encore étudiant en droit. En 1961, il est nommé commissaire général adjoint à la justice quand Mobutu prend le pouvoir en écartant Lumumba et Kasa-Vubu.

Les études finies et l’ordre politique rétabli, Etienne Tshisekedi commence sa carrière professionnelle et occupe d’importantes fonctions. Il est notamment recteur de l’Ecole nationale de droit et d’administration jusqu’en 1965, année où il est élu député national.

Quand Mobutu prend le pouvoir en 1965, Etienne Tshisekedi retrouve le gouvernement. Il est successivement ministre de l’Intérieur et des Affaires coutumières de 1965 à 1968, ministre de la Justice de 1968 à 1969, ministre d’Etat chargé du Plan, de la Recherche scientifique et de l’Aménagement du territoire jusqu’au 31 juillet 1969.

L’opposition

[Les partisans d’Etienne Tshisekedi, devant le siège de l’UDPS à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo]
Les partisans d’Etienne Tshisekedi, devant le siège de l’UDPS à Kinshasa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo
S’il n’a pas volé le sobriquet d’« opposant historique », Tshisekedi ne l’a pas toujours été. Il a longtemps été ministre et cadre du parti-Etat.

Les premières divergences entre Mobutu et Etienne Tshisekedi apparaissent dans les années 1970.

Selon ses collègues députés, Tshisekedi est critique sur la gestion du pays au cours de cette décennie. Dans les discussions avec les autres députés, il ne cache plus son hostilité vis-à-vis de certaines pratiques du régime Mobutu.

Après les législatives de 1977, il fait part au président Mobutu des mécontentements du peuple au cours d’un tête-à-tête.

Ses récriminations, il les partage avec d’autres députés.

En décembre 1980, un groupe de 13 parlementaires adressent au président Mobutu une lettre ouverte de 52 pages.

Dans cette lettre, ceux qui finiront par se faire appeler « les 13 parlementaires » dénoncent la dérive dictatoriale du régime et les mauvaises conditions de vie de la population. Ils sont tous arrêtés, déchus de leur mandat de parlementaires et condamnés.

Prison, relégation et Primature

Ces premières années de l’opposition sont faites d’emprisonnements et de relégations pour Tshisekedi et ses compagnons.

Parlant de cette période de sa vie, Tshisekedi affirme qu’elle a été faite « d’arrestations, de tortures de brimades, de pressions, de bannissements, de relégations et de résidences surveillées ».

En 1982, les « 13 parlementaires », associés à d’autres anciens dignitaires du MPR, créent l’UDPS.

Les opposants sont successivement emprisonnés, relégués dans leurs provinces d’origine puis réhabilités.

En septembre 1991, Etienne Tshisekedi est nommé Premier ministre par le président Mobutu. Il ne reste pas en fonction longtemps. Le 1er novembre, il est remplacé.

L’opposant retrouve le poste de Premier ministre à la Conférence nationale souveraine- forum qui réunit plusieurs centaines de participants pour redresser le pays- où il est élu en août 1992. Il est limogé en février 1993.

En 1997, alors que les troupes de l’AFDL avancent vers Kinshasa, Etienne Tshisekedi est à nouveau nommé Premier ministre en avril avant de quitter son poste après quelques jours.

Face aux Kabila

[Casquette à la tête, Etienne Tshisekedi candidat de l’UDPS à la présidentielle de 2011 en RDC, au dessus d’une jeep décapotable entouré de ses partisans le 26/11/2011 devant l’aéroport international de N’djili à Kinshasa. Radio okapi/ Ph. John Bompengo]
Au départ de Mobutu, Tshisekedi fait face au régime de Laurent Kabila. Ce dernier le relègue dans mon village d’origine de Kabeya-Kamwanga pendant quelques mois en 1998.

Les deux hommes ne réconcilieront pas jusqu’à la mort de Laurent Kabila en 2001.

Etienne Tshisekedi n’est pas plus ami au fils Kabila qu’au père.

Joseph Kabila, qui a succédé à son père, signe un accord de paix avec les deux rébellions qui occupent une grande partie du pays. La transition mise place débouche sur les élections de 2006 auxquelles ne prennent pas part Tshisekedi et son parti, l’UDPS.

En 2011, l’opposant historique prend part à l’élection présidentielle et termine deuxième, derrière Joseph Kabila, réélu pour un nouveau mandat de 5 ans.

Tshisekedi contexte les résultats de cette élection et se considère comme le président « élu ». Il prête serment dans sa résidence.

Malade, il se rend en Belgique en 2014 pour suivre des soins.

A son retour à Kinshasa deux ans après, l’opposant qui a réuni une grande partie de l’opposition dans un mouvement dénommé « Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au change ment » est le grand absent du dialogue convoqué par le chef de l’Etat Joseph Kabila pour permettre la tenue d’élections « apaisées » et « crédibles ».

Sa plateforme participe en revanche aux discussions directes, sous l’égide de la CENCO, avec les signataires de l’accord du 18 octobre 2016. Les participants à ces discussions lui ont d’ailleurs confié la direction du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA) politique du 31 décembre 2016.

avec Radio Okapi


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