Où se trouve le journaliste burundais Jean Bigirimana ?
Publié le 24-08-2016 - à 05:06' par Carina Tertsakian

Cela fait exactement un mois que le journaliste burundais Jean Bigirimana, âgé de 37 ans, a disparu après avoir quitté son domicile à Bujumbura pour se rendre à Bugarama, une ville située à environ 40 kilomètres de la capitale. Des informations non confirmées indiquent qu’il aurait été arrêté là-bas par des membres des services de renseignement, mais on ne sait toujours pas où il se trouve.

Alors que les jours passaient sans aucune nouvelle, la jeune famille de Jean, ses amis et ses collègues au journal Iwacu ont commencé à se demander s’il n’était pas mort. La nature cruelle des affaires de ce type fait qu’il n’y a aucune certitude sur le sort de la victime et qu’il est impossible d’y mettre un point final.

Ce n’est qu’une fois que les confrères de Jean au journal Iwacu ont lancé une campagne que le gouvernement a mis fin à son silence. Trois jours après sa disparition, le porte-parole de la police Pierre Nkurikiye a nié catégoriquement que les forces de sécurité avaient arrêté Jean. Une semaine plus tard, le conseiller en communication du Président, Willy Nyamitwe, a signalé sur Twitter que le gouvernement menait une enquête et était profondément inquiet. Il a sous-entendu que l’opposition pourrait être responsable et a déclaré craindre le pire.

Puis, le 5 août, un cadavre a été découvert dans la rivière Mubarazi, dans la province de Muramvya – vers laquelle Jean Bigirimana se dirigeait lorsqu’il a disparu. L’hypothèse qu’il s’agirait de son corps a été émise. Une équipe intrépide de journalistes d’Iwacu est allée sur place pour enquêter. Des agents de la police, de la justice et des services de renseignement les ont rejoints, mais n’ont rien trouvé. Le 7 août, les journalistes y sont retournés seuls et ont découvert un corps dans une zone quasiment inaccessible de la rivière. Deux jours plus tard, un deuxième cadavre a été retrouvé dans la rivière, alors que les médias signalaient qu’un troisième corps avait été découvert dans la province voisine de Gitega.

Les deux corps ont finalement été repêchés de la rivière Mubarazi mais étaient en état de décomposition avancée. L’un avait été décapité, l’autre lesté avec des pierres. À la morgue, la femme de Jean était tellement accablée qu’elle n’a pu regarder que les mains et les pieds des cadavres et a supposé qu’aucun d’entre eux n’était son mari. Les autorités n’ont rien tenté de plus pour essayer d’identifier les victimes ou pour établir les circonstances de leur mort. Il n’y a eu aucune autopsie, aucun test ADN. La police a simplement annoncé qu’aucun des deux corps n’était celui de Jean, puis la semaine dernière, les autorités locales ont enterré les cadavres.

Est-ce là la fin de l’histoire ? Non. La famille de Jean a le droit à une enquête pour déterminer ce qui s’est passé et, si un crime a eu lieu, pour poursuivre en justice les auteurs – tout comme les familles des deux victimes, quelles qu’elles soient. Les autorités burundaises devraient lancer des enquêtes indépendantes et approfondies, en faisant appel si nécessaire à une expertise scientifique ou médicale extérieure.

Jean Bigirimana n’est pas la seule personne à avoir été enlevée ou à avoir disparu au Burundi depuis l’année dernière. N’oublions pas la militante des droits humains Marie-Claudette Kwizera, membre de l’organisation burundaise Ligue Iteka, embarquée en décembre dernier par un véhicule semblant appartenir aux services de renseignement, ni les dizaines d’autres Burundais portés disparus ou trouvés morts, avec quasiment aucune réaction de la part du gouvernement.

Toutes les familles ont le droit à des enquêtes promptes, indépendantes et complètes sur le sort de leurs proches. Il est grand temps que les autorités burundaises veillent à ce que cela soit fait.

*Carina Tertsakian est Chercheuse senior, division Afrique, Human Rights Watch [Organisation internationale de défense des droits de l’homme basée à New York].


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