Nord-Kivu : Désormais les réfugiés reçoivent de l’argent liquide auprès des ONG

Publié par Mukwaya Olivier
Le 28 février 2017 à 05:39
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Au Nord-Kivu, les ONG ne donnent plus de rations et autres dons aux déplacés. Motif : ces derniers les revendent à des prix dérisoires pour avoir de l’argent liquide, afin d’investir autrement. Raison pour laquelle, les ONG leur donnent désormais de l‘argent comptant.

Le Nord-Kivu est l’une des provinces où les humanitaires concentrent le gros de leur action, en raison de la vulnérabilité de la région consécutive à deux décennies de guerre civile larvée. Réfugiés et déplacés internes se comptent par dizaines de milliers.

Les ONG changent leur méthode d’assistance

Les humanitaires ont compris que les vivres et autres dons qu’ils distribuaient aux déplacés ne répondaient pas vraiment à leurs besoins. Ils ont alors opté pour le principe de la distribution directe d’argent en lieu et place de traditionnels paquets.
L’Unicef et le PAM ont innové en mettant en place un système de « transfert monétaire » depuis octobre 2016 en faveur des réfugiés et des déplacés.

La méthode semble bien marcher. En novembre 2016, 12 800 familles déplacées ont bénéficié d’une somme allant de 92 à 185 dollars américains chacune, en fonction du nombre de personnes dans la cellule familiale. L’argent devait aider à subvenir à leurs besoins prioritaires, notamment la nourriture, les ustensiles de cuisine ou l’accès à l’eau. Les villages visés sont Bulotwa, Kayna, Kanyabayonga, Kaseghe, Kirumba et Mighobwe au Nord-Kivu.

Améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants

Thierry Dentice, chef de bureau de l’Unicef pour la zone est de la RDC déclare : « Vu l’ampleur des besoins, il était nécessaire que l’Unicef et le PAM unissent leurs efforts, afin d’apporter une réponse holistique et cohérente, susceptible d’améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants. »

Et d’ajouter : « L’expérience nous a montré que lorsque les familles réfugiées ou déplacées de guerre reçoivent de l’argent directement, elles organisent leur vie en toute dignité. En plus de satisfaire leurs besoins de base, elles investissent dans le petit commerce ou dans des moyens de production comme les outils aratoires, les semences ou le petit bétail. Cela leur permet de générer d’autres revenus afin de se prendre en charge ou de faire face aux crises éventuelles. »

Tout le monde est gagnant

« Gagner le combat contre la faim exige de la flexibilité et de l’innovation dans notre approche d’intervention », a indiqué à son tour Philippe Martou, chef de bureau du PAM au Nord Kivu. Selon lui, « le transfert monétaire présente de nombreux avantages pour tous les intervenants. Il permet non seulement aux familles vulnérables d’acheter la nourriture de leur choix, mais aussi contribue à stimuler l’économie locale grâce à l’argent que nous injectons sur le marché. Enfin, pour le PAM, ce type d’assistance supprime les frais de stockage et de transport liés à la distribution traditionnelle des vivres. »

Les populations se réjouissent de cette initiative. « Avant, nous étions obligés de vendre la farine de maïs ou l’huile que nous recevions pour couvrir nos autres besoins. Mais maintenant, avec de l’argent, certes ce n’est pas suffisant, mais ça nous aide beaucoup », reconnaît Mwavita une déplacée de Kirumba.

Elisa, qui vit avec ses huit enfants dans le camp de Kirumba, dit vouloir devenir indépendante des aides humanitaires : « Avec cet argent, dit-elle, je compte me lancer dans un petit commerce pour subvenir aux besoins de ma famille sur le long terme, car nous ne recevons pas de l’aide régulièrement. »

Retombée positive du sommet d’Istanbul
Le « transfert monétaire » s’inscrit dans le cadre des engagements pris par les bailleurs de fonds et les agences onusiennes lors du dernier sommet humanitaire mondial tenu à Istanbul en mai 2016. Au cours de ce sommet, l’ancien secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-Moon avait exhorté les organisations humanitaires à « privilégier les interventions basées sur le transfert monétaire quand le marché et la situation opérationnelle le permettent. »

Encore une fois, le proverbe suivant aura montré toute son importance : « Si tu me donnes un poisson, demain je te demanderai encore un poisson. Mais si tu m’apprends à pêcher, je ne te demanderai plus jamais de poisson. »


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