L’entrepreneuriat féminin marqué par un « début encourageant »

Redigé par Olga Ishimwe
Le 18 juillet 2017 à 03:30
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L’entrepreneuriat féminin burundais est marqué actuellement par un « début encourageant », estime Pierre-Claver Nduwumwami, directeur de Burundi Business Incubator (BBIN ; incubateur d’entreprises) et expert dans les modules d’entrepreneuriat au Burundi.

M. Nduwumwami s’exprimait lundi au cours d’une interview accordée lundi à Xinhua pour dresser l’état des lieux sur l’entreprenariat féminin au Burundi.

Selon l’Institut des Statistiques et des Etudes Economiques du Burundi (ISTEEBU), les femmes représentent une majorité numérique au sein de la population burundaise prise globalement, avec un taux de 52%.

Certes, a-t-il fait remarquer, des défis ne manquent pas ; mais on relève surtout beaucoup d’opportunités matérialisées par un état des lieux sur l’entrepreneuriat féminin affichant un début encourageant et projetant sur le devant de la scène burundaise un élan d’enthousiasme prometteur eu égard à l’état d’esprit « ambiant » des jeunes burundaises.

« On voit bien en effet que des jeunes burundaises commencent à foncer sur le marché national pour y proposer des produits plutôt féminins tels que la décoration, l’habillement ; lesquels constituent des faits et gestes qui laissent penser qu’on est en train d’assister au Burundi à une dynamique encourageante en termes d’initiatives féminines dans le pays particulièrement en milieu urbain », a expliqué l’expert Nduwumwami.

« Pour les défis, on voit que la jeune fille ou femme burundaise n’est pas bien formée. Car, même pour le peu de Burundaises qui parviennent à terminer leurs études secondaires et supérieures (universitaires), les compétences techniques managériales requises pour démarrer une entreprise ne sont encore pas là eu égard notamment au cursus de formation dans le pays qui n’est pas encore à la hauteur des enjeux du moment au niveau de la sous-région d’Afrique de l’Est dans laquelle le Burundi doit se positionner », a-t-il souligné.

En la matière, a-t-il ajouté, au sein de l’espace régional couvert par la Communauté Est-Africaine (CEA) comme la Tanzanie et le Rwanda, on y recense des modèles d’inspiration pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin au Burundi.

« Par exemple dans les deux pays, on y développe aujourd’hui des formations plus complètes au niveau des cours dispensés et de l’expertise acquise en matière d’entrepreneuriat par rapport à ce que propose le programme de formation burundais », a-t-il renchéri.

Sinon en la matière, a-t-il signalé, notamment au niveau macroéconomique et sécuritaire, le Burundi partage des défis communs avec les autres pays de la CEA (Kenya, Tanzanie, Ouganda, Burundi, Rwanda et Soudan du Sud) particulièrement au niveau de la faiblesse du pouvoir d’achat des consommateurs locaux.

Toutefois, a-t-il fait remarquer, l’idée selon laquelle les Burundaises feraient encore face à des défis culturels comme principaux facteurs de blocage pour l’entreprenariat féminin au Burundi, est à réfuter totalement.

« Je n’en vois pas trop sur le terrain local à l’heure actuelle, mais on on assiste plutôt à une évolution positive dans le pays marqué par une rupture avec un passé avilissant en termes d’évolution des mœurs au Burundi », a-t-il indiqué.

En effet, en cette période du troisième millénaire, a-t-il expliqué, le Burundi contemporain ne vit plus au rythme des temps anciens où les jeunes burundaises étaient cloués dans les enclos familiaux et ne pouvaient pas en sortir ou s’occuper d’un travail décent pour s’épanouir du fait du poids de la tradition.

« Ce n’est plus le cas ; donc, s’il faut blâmer quelqu’un, il faut blâmer elles-mêmes. Car, c’est aux Burundaises de sortir, de s’affirmer sur le marché et de conquérir le monde parce qu’on ne viendra pas chez elles pour leur proposer des opportunités, mais c’est plutôt à elles de les chercher », a-t-il insisté.

Encore une fois, a-t-il poursuivi, les Burundaises doivent marquer des avancées dans le processus d’entrepreneuriat féminin en exploitant en amont et en aval toutes les atouts régionaux offerts par l’espace régional de la CEA, qui abrite plus de 130 millions d’habitants.

« Dans la ville ougandaise de Kampala par exemple, les jeunes femmes sont aussi actives que les hommes ; car, elles tiennent aussi bien des boutiques que des magasins et occupent toutes les fonctions économico-commerciales sans aucun complexe où l’on ne relève aucune fonction exclusivement masculine. Mais cela suppose que les Burundaises, pour s’embarquer sur ce modèle ougandais ou celui sous d’autres cieux est-africains, doivent être conquérantes et accepter de prendre quelques risques », a plaidé l’expert burundais.

Pour lui, les vieilles habitudes burundaises où la femme est assistée par l’homme ou par sa famille « en tout pour tout », doivent cesser pour « rompre avec cette mentalité rétrograde d’éternelles assistées » chez les Burundaises.

L’expert Nduwumwami s’est dit heureux de constater aujourd’hui qu’on assiste de plus en plus dans le « fort intérieur » de certaines filles burundaises « en train d’oser et de foncer » sur des marchés régionaux, prenant ainsi des risques au cours des transactions commerciales menées en Ouganda ou en République Démocratique du Congo (RDC).

« Les femmes burundaises doivent convaincre et persuader leurs conjoints sur leurs capacités intrinsèques pour contribuer aux revenus familiaux, en parvenant à vaincre la peur et à dépasser les stéréotypes, en adhérant à des réseaux comme l’Association des Femmes d’Affaires du Burundi (AFAB), en sortant de leur pays pour des voyages d’exploration et en cherchant les compétences requises auprès des institutions habilitées pour une mise à niveau de leur formation en cas de nécessité », a-t-il recommandé.

Partant de ce fait, l’expert Nduwumwami a minimisé le poids des pesanteurs culturels sur le fait que ceux-ci participeraient encore à « étouffer les initiatives féminines » sous l’actuelle période du Burundi moderne.

« Je ne les ignore pas, mais je les minimise ; parce que quand vous regardez autour de vous les Burundaises qui se sont essayé dans l’entrepreneuriat en prenant leur courage entre deux mains, vous avez l’heureuse surprise de découvrir des modèles nationaux qui ont réussi dans ce processus d’épanouissement socio-économique de la Burundaise, particulièrement au niveau des segments de l’habillement, de l’artisanat et de l’agroalimentaire, en l’occurrence au niveau de l’exportation des cultures de rente comme le café », a-t-il expliqué.

Pour lui, à y regarder de près, on découvre qu’il faut situer plutôt les quelques blocages observés de l’entreprenariat des filles et jeunes femmes burundaises, dans « le propre for intérieur » de celles qui n’avancent pas ou font du marche sur place en la matière.

« Parce qu’une fois des Burundaises aujourd’hui encore hésitantes pour entreprendre, accepteront de sortir de leur coquille et oseront s’affirmer au même pied d’égalité aux hommes, les portes leur seront grandement ouvertes d’autant plus que les femmes ont des qualités intrinsèques à elles comme le goût du détail et le respect de l’engagement », a-t-il insisté.

En définitive, a-t-il tranché, au Burundi tout comme sous d’autres cieux africains, la clé pour la réussite de l’entrepreneuriat féminin, se trouve d’abord « au niveau de la tête » des femmes elles-mêmes.

« C’est dans la tête que ça se passe ; car, je n’aime pas le mot mentalité parce que c’est vague. Mais c’est dans la tête que le changement s’opère. En effet, il suffit que les jeunes filles et femmes burundaises désireuses de se lancer, se convainquent elles-mêmes que leurs projets ne peuvent pas être réduits à néant, juste à cause de leurs conditions féminines », a-t-il estimé.

Plutôt, a-t-il proposé, les jeunes filles et femmes burundaises doivent se frotter sur les expériences de leurs aînées compatriotes qui ont pu avancer en matière d’entrepreneuriat, pour que des horizons prometteurs leur soient ouverts aujourd’hui et demain en termes de ripostes à leurs problèmes initiaux, particulièrement en ce qui concerne le défi sur l’accès à l’emploi.

Avec Bujumbura.be


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