Génocidaires rwandais en France : « Que justice soit faite ! »
Publié le 15-11-2016 - à 02:29' par Le Monde.fr


Le président du Mouvement antiraciste européen et 19 parlementaires français dénoncent l’impunité dont bénéficient d’ex-génocidaires présumés.
Les restes de victimes du génocide à l’église de Ntarama, où 5 000 personnes, principalement des femmes et des enfants, avaient trouvé refuge avant d’être massacrées en avril 1994 par des extrémistes hutu.

C’est un état de fait insupportable : la France est le pays qui détient le funeste record du nombre de génocidaires présents sur son territoire. Près de quarante d’entre eux vivent parmi nous, dans certaines de nos villes, dans certains de nos villages, trop souvent en toute impunité, sans être inquiétés par la justice (D’après le procureur général de Kigali, la France en compte 39, la Belgique 37, les Pays-Bas 18, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède et l’Allemagne 5, l’Italie 4, le Danemark 3, la Suisse 2 et la Finlande 1).

Ils sont pourtant visés par des mandats d’arrêt internationaux et font partie des plus importants responsables de l’organisation et de la perpétration du génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994, qui fit plus d’un million de victimes.

Est-ce que leurs responsabilités font culpabilité judiciaire ? C’est bien évidemment à la justice, et à elle seule, de le dire. Les deux seuls procès organisés en France jusqu’à présent, et le troisième en cours, ont montré que, lorsqu’elle agit, la justice française le fait de manière efficace, équitable, juste et incontestable.

Or, elle n’agit que trop peu, trop lentement. Trois personnes jugées en vingt-deux ans, qui pourrait nier que c’est insupportablement peu ? Les quelques procédures judiciaires engagées sont tellement lentes que la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme pour cela (Affaire Mutimura contre la France, juin 2004).

La protection de fait apportée à ceux qui comptent parmi les plus grands criminels de notre temps est une honte pour la France. Le manque de justice que cela représente signifie tout d’abord une souffrance décuplée pour les rescapés, qu’ils vivent en France, ailleurs en Europe comme au Rwanda. Cela signifie également que notre Etat de droit est lacunaire, au préjudice de tous.

Cela signifie aussi qu’il manque une rupture fondamentale d’avec la politique secrètement engagée par certains, alors au plus haut niveau de l’appareil d’Etat français, de collaboration avec le régime génocidaire au Rwanda avant, pendant et après le génocide.

C’est à eux que nous devons l’exfiltration du nombre record de génocidaires vers la France à la fin du génocide, par l’Eglise et par l’armée. Cela empêche enfin nos sociétés, en particulier les jeunes du Rwanda et de France, de se projeter ensemble vers l’avenir.

Ce que nous exigeons tient en un mot, qui est le nom d’une institution fondamentale dans une démocratie comme d’une valeur à laquelle nous sommes viscéralement attachés : justice. Que les génocidaires répondent de leurs actes devant la justice en France ou bien qu’ils soient extradés au Rwanda pour le faire, l’important est qu’elle passe.
Devoir de vérité

Cet appel à la justice est scrupuleusement respectueux du principe démocratique et constitutionnel de séparation des pouvoirs. En effet, nous n’exigeons ni n’exerçons de pressions sur la justice, au contraire nous dénonçons celles qui pourraient être exercées et voulons l’en prémunir.

C’est dans le strict cadre d’une politique pénale que tout gouvernement se doit d’élaborer, d’expliciter et de faire appliquer que notre appel s’inscrit. Que la vérité soit enfin dite et que justice soit enfin faite ! Nous le devons aux victimes, aux rescapés, à tous les citoyens de France et du Rwanda aujourd’hui comme à une certaine idée de la démocratie.

C’est la condition de la construction d’un « imbere heza », d’un « bon avenir » partagé pour lequel des jeunes de France et du Rwanda s’engagent ensemble et que nous soutenons.

* Les auteurs de ce texte

Benjamin Abtan est coordinateur du Réseau Elie Wiesel de parlementaires pour la prévention des crimes de masse et génocides et contre le négationnisme, et président du Mouvement antiraciste européen EGAM. Le texte est également cosigné par dix-neuf parlementaires français : David Assouline, sénateur de Paris ; Isabelle Attard, députée du Calvados ; Michèle Bonneton, députée de l’Isère ; José Bové, député européen ; Sergio Coronado, député des Français établis hors de France ; Pascale Crozon, députée de la 6e circonscription du Rhône ; Karima Delli, députée européenne ; Cécile Duflot, députée de Paris ; Hervé Féron, député de Meurthe-et-Moselle ; Meyer Habib, député des Français de l’étranger ; Philippe Kaltenbach, sénateur des Hauts-de-Seine ; Jacques Krabal, député de l’Aisne ; Joël Labbé, sénateur du Morbihan ; Noël Mamère, député de Gironde ; Christophe Premat, député des Français établis hors de France ; François Rochebloine, député de la Loire ; Barbara Romagnan, députée du Doubs ; Jean-Louis Roumégas, député de l’Hérault ; Patricia Schillinger, sénatrice du Haut-Rhin.


Kwamamaza
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