Libye : le chef du gouvernement d’union nationale al-Sarraj en visite en Russie

Publié par Olga Ishimwe
Le 2 mars 2017 à 04:30
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Le Premier ministre libyen du gouvernement d’union nationale à Tripoli, Fayez al-Sarraj, entame ce jeudi 2 mars une visite à Moscou. Il rencontrera le ministre des Affaires étrangères Lavrov. Le Premier ministre libyen avait demandé la médiation de Moscou pour qu’une rencontre ait lieu entre lui et le maréchal Khalifa Haftar, alors que les deux hommes se disputent le pouvoir.

Fayez Al-Sarraj, plus faible que jamais, cherche pour la première fois l’appui de Moscou à son gouvernement d’union nationale, gouvernement qui est né sous l’égide de l’ONU, et 11 mois après son arrivée à Tripoli, il n’est toujours pas reconnu par le Parlement libyen. Il est à Moscou à la recherche d’une médiation russe pour la crise libyenne.

Quelques heures avant le début de la visite, le Kremlin annonce déjà la couleur : « Les Libyens ont besoin d’un gouvernement fort et capable d’instaurer un Etat fiable », déclare le porte-parole du Kremlin. Il indique que le président russe Vladimir Poutine ne rencontrera pas al-Sarraj. Ce dernier sera reçu ce jeudi par Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères.

Moscou veut que la révision de l’accord intègre la plus large majorité des partis

Cette visite libyenne en Russie intervient 15 jours après l’échec d’une rencontre prévue au Caire, entre al-Sarraj et son principal rival le maréchal Khalifa Haftar. Elle intervient également alors qu’un sommet tripartite des chefs d’Etats de l’Algérie, la Tunisie et l’Egypte se réunira à Alger à la mi-mars. Il sera consacré à la question libyenne où la révision de l’accord politique inter-libyen est en préparation.

Moscou souhaite surtout que la révision de l’accord politique puisse intégrer la plus large majorité des partis libyens et qu’il intègre Haftar qui était exclu du premier accord. C’est l’homme qu’elle a choisi, il a son soutien et il compte jouer un rôle politique en plus de son rôle militaire. L’année dernière, elle l’a reçu deux fois à Moscou, et une troisième fois sur le porte-avions l’Amiral Kouznetsov au large de la Libye. Des officiers russes seraient présents à l’Est et fourniraient des aides et des formations aux forces de Haftar.

Au moment où l’on se dirige vers une ramification de l’accord politique interlibyen, les Russes entrent effectivement en jeu. Ils sont proches de plusieurs pays voisins de la Libye et gardent le contact avec les différents partis libyen même si leur choix pour la Libye est fait et essayent même de convaincre les Américains.

Le président américain, qui fait de la lutte antiterrorisme sa priorité, doit rencontrer son homologue russe très prochainement et la Libye figurera en bonne place sur le programme de cette rencontre. L’accord politique de mars dernier, conçu sous l’égide de l’ONU, l’a complètement exclu en privilégiant les islamistes.

En jouant l’intermédiaire, Moscou ancre sa présence en Libye. Ce pays lui offre une porte militaire et économique vers l’Afrique et en Méditerranée. La signature récente de l’accord de coopération du géant russe Rosneft avec la compagnie libyenne du pétrole (NOC), pour les investissements dans le secteur des hydrocarbures, est un net exemple de l’étendue des ambitions russes en Libye).

■ Les Russes ont-ils un plan pour la Libye ?

La Russie, après la Syrie et l’Egypte, souhaite reprendre pied en Libye, autrefois partenaire militaire important de la Russie. Tout d’abord la marine russe recherche de nouveaux points d’appui en Méditerranée pour ravitailler sa flotte. Ceuta, cette enclave espagnole dans le nord du Maroc, est régulièrement utilisée, mais l’Espagne est membre de l’Otan. Malte peut accueillir des frégates russes, mais c’est un port de taille relativement réduite. Benghazi serait donc idéalement placé, en Méditerranée centrale.

En fait, la Tripolitaine intéresse particulièrement la Russie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’anti-impérialisme affiché dans les années 1970 et 80 par le colonel Kadhafi avait conduit Moscou à soutenir militairement Tripoli. En pleine Guerre froide, plusieurs milliers de conseillers soviétiques et des pays de l’Est sont alors envoyés en Libye.

En 2008, après de longues années de sanctions internationales, le colonel Kadhafi est reçu à Moscou pour parler défense, pétrole et transport. Quelques mois avant le déclenchement de la guerre de 2011, un énorme contrat d’armement de plusieurs milliards de dollars est annoncé. Les Russes, pour qui les exportations d’armement représentent une part importante de leur économie, souhaiteraient à présent le réactiver. Proches alliés des Egyptiens, ils savent aussi que les Américains ne cessent de se rapprocher de la Libye, avec des bases de drones aux frontières libyennes, en Tunisie, dans le nord du Niger, et en Sicile.

Enfin la Russie, rappelons-le, a vécu comme une trahison l’intervention occidentale de 2011 où un mandat de l’ONU destiné à protéger les populations civiles s’est soldé par l’élimination physique d’un proche partenaire de Moscou.

Avec grand lacs hebdo


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