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Drogues : la production de pavot repart à la hausse en Afghanistan
Publié le 23-10-2016 - à 14:06' par IGIHE

Avec des rendements qui explosent et des mesures d’éradication en panne, la production d’opium devrait augmenter de manière significative cette année, au bénéfice notamment des talibans qui en tirent une partie de leurs revenus. Selon les estimations annuelles de l’ONU, les surfaces dédiées au pavot, matière première de cette drogue, ont augmenté de 10 % en 2016.

Les cultures de pavot atteignent désormais 201 000 hectares en Afghanistan. Cette extension laisse présager une hausse de la production d’opium de 43 %, entre « 4 800 et même 6 000 tonnes ». En 2015, première année de recul après six ans de hausse continue, la production était évaluée à 3 300 tonnes.

Surtout, elles s’étendent désormais vers le nord du pays, n’épargnant plus que 13 des 34 provinces afghanes. Un constat jugé « très perturbant » par le responsable de l’agence anti-drogue des Nations unies (ONUDC) à Kaboul, Andrey Avetisyan. Dans la province septentrionale de Balkh, frontalière de l’Ouzbékistan, le pavot est passé de 204 à plus de 2 000 hectares en un an et sur les sept provinces du nord, la hausse atteint une moyenne de 324 %.

Le phénomène nouveau est l’explosion des rendements à l’hectare attribuée à de « meilleures conditions climatiques », de plus 30 % en moyenne : dans les provinces du sud et de l’ouest qui assurent 93 % du pavot afghan, ils sont passés de 16 à 22 kilos/ha. Et encore, prévient l’ONU, les conditions de sécurité ne permettant pas d’aller partout, les évaluations « sont sans doute sous-estimées ».

Si Andrey Avetisyan refuse de parler d’échec, en rapportant les performances de 2016 à la moyenne des dernières années (6.600 t en 2014, année exceptionnelle et 5.500 t en 2013, année moyenne), les responsables afghans de la lutte anti-drogue n’ont pas caché leur amertume à l’énoncé de ces données qui promettent davantage de violence et d’insécurité, les talibans finançant largement leur insurrection par le prélèvement de taxes sur les cultivateurs de pavot.

Plus d’insécurité, moins d’éradication

Le général Baz Mohammad Ahmadi, vice-ministre de l’Intérieur chargé de la lutte anti-drogue, rappelle que le pavot « finance la plupart des guerres en Afghanistan : partout où vous voyez du pavot, vous avez des combats ». Mais « la détérioration des conditions de sécurité dans les différentes régions du pays a également balayé les possibilités de détruire les cultures », ajoute-t-il. Ainsi, le Helmand, frontalier du Pakistan, compte parmi les provinces les plus troublées avec l’Uruzgan voisin et échappe largement au contrôle du gouvernement.

De fait, l’éradication a été réduite pratiquement à néant en 2016, avec des campagnes menées dans sept provinces au lieu de douze, pour un bilan de 355 hectares arrachés, vérifiés par l’ONU, contre dix fois plus en 2015 (3 760 ha).

Depuis le printemps, les Américains déployés dans le cadre de l’opération « Resolute Support » d’appui aux forces afghanes n’ont d’ailleurs cessé d’alerter sur « la très bonne récolte » qui finance les talibans, leur permettant de multiplier les offensives meurtrières contre les grandes capitales provinciales et les poches d’insécurité sur la plupart des grands axes. Un expert occidental indique que les seules « taxes sur le pavot rapportent de 800 millions à 1,2 milliard de dollars par an aux talibans ».

Face à ce cercle vicieux, dans lequel le pavot entretient la violence, la ministre chargée du volet préventif de la lutte anti-drogue, Salamat Azimi, a dénoncé avec le responsable de l’ONU « le manque de fonds dédiés ».

Mais l’autre défi pour l’Afghanistan, reprend l’expert, est que « le pavot fait vivre 3 à 4 millions d’Afghans », environ 10 % de la population. « Les provinces du pavot sont d’ailleurs les seules qui pourraient se passer de l’aide internationale », souligne-t-il. Dans son rapport, l’ONUDC signale d’ailleurs que « la résistance des cultivateurs aux opérations d’éradication s’est parfois exprimée de façon violente ».

Avec rfi.fr


Kwamamaza
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