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Elie Wiesel, militant de la mémoire
Publié le 3-07-2016 - à 12:11' par Le Figaro

L’écrivain et philosophe américain, rescapé de la Shoah et lauréat du prix Nobel de la Paix 1986, est mort samedi à l’âge de 87 ans.

Écrivain de renommée mondiale, auteur de plus d’une cinquantaine de livres parmi lesquels des romans, des pièces de théâtre et des témoignages, Elie Wiesel, qui avait obtenu le prix Nobel de la paix en 1986 pour son action en faveur des victimes des violences politiques et raciales, est mort à l’âge de 87 ans, des suites d’une longue maladie.

Abondamment traduite et commentée, son œuvre peut être considérée comme une méditation, à la fois sobre et profonde, sur le mal et la responsabilité humaine face aux tragédies collectives. Né à Sighet, en Roumanie, le 30 septembre 1928, Elie Wiesel est déporté en 1943, à l’âge de 15 ans, avec sa famille au camp d’Auschwitz-Birkenau, puis à Buchenwald, où il sera séparé de sa mère et d’une de ses sœurs qu’il ne reverra plus jamais. Il perd aussi son père, qui meurt peu avant la libération du camp par les Américains. Pris en charge à l’âge de 17 ans par l’œuvre de secours aux enfants, il vient en France en 1945 et fait la connaissance du philosophe François Wahl, qui devient son tuteur, l’initie à la langue française et lui fait découvrir Racine, Pascal ou un contemporain comme Albert Camus, auquel Elie Wiesel fera souvent référence.

Après avoir fait des études de philosophie à l’université de la Sorbonne, il devient journaliste pour un quotidien israélien. À 30 ans, en 1958, il publie aux Éditions de minuit son premier livre, La Nuit, récit de son expérience de la Shoah, ouvrage dont François Mauriac écrit la préface et dont Wiesel affirmera qu’« elle est la source de tout ce (qu’il a) écrit par la suite ». Elie Wiesel, qui se définissait récemment comme un Juif de culture française, délivrait dans une interview une des clés de son œuvre : « Le mysticisme de la tradition juive et le cartésianisme de la langue française ne vivent pas en paix : ce qui m’a attiré, c’est d’opérer la synthèse des deux. »

Installé aux États-Unis depuis 1956, il devient citoyen américain en 1963, tout en continuant à écrire ses livres en français, sans pour autant cesser de pratiquer le yiddish, sa langue maternelle. Tout en publiant plusieurs romans aux éditions du Seuil dans les années 1960 (L’Aube, Le Jour, Les Portes de la forêt…), Elie Wiesel devient titulaire de la chaire en sciences humaines de l’université de Boston. Prix Médicis en 1968 pour Le Mendiant de la paix(Seuil), il préside en 1979 la Commission sur la Shoah constituée aux États-Unis sous la présidence de Jimmy Carter.

À la suite de ses recommandations, le Congrès des États-Unis vote la création du Conseil américain du Mémorial de l’Holocauste, chargé de créer un musée en souvenir des millions de victimes, juives et non juives, de la Seconde Guerre mondiale, qui sera inauguré en 1993 en présence de Bill Clinton. Devenu un militant inlassable des droits de l’homme au nom du refus de l’indifférence, Elie Wiesel use de sa notoriété pour attirer l’attention sur les violations des libertés élémentaires aussi bien en faveur des juifs soviétiques que des Indiens du Nicaragua, des Kurdes que des réfugiés cambodgiens, ou plus récemment en faveur des victimes de la guerre du Darfour au Soudan.

«  Si on se soumet à l’oubli, on se soumet à la négation de l’histoire  »
Elie Wiesel

Lauréat du prix Nobel de la paix en 1986, il organise à Paris avec le président François Mitterrand en 1988 une conférence regroupant 78 Prix Nobel pour réfléchir sur l’avenir de la planète. « Conquis » par le président français qui connaît son œuvre, il écrit même un livre avec lui en 1995, Mémoires à deux voix(Odile Jacob), avant de découvrir la « face cachée » de celui qui entretient une amitié de longue date avec René Bousquet, découverte qui eut pour effet de mettre un terme à leur relation privilégiée. Celui qui s’assigne pour tâche de lutter contre l’oubli - « Si on se soumet à l’oubli, on se soumet à la négation de l’histoire », déclare-t-il lors de la publication du livre de Pierre Péan sur le passé vichyssois de François Mitterrand - refuse d’admettre une telle équivoque. Devenu président de l’Académie universelle des cultures en 1993, Elie Wiesel prend par ailleurs la défense des peuples minoritaires en ex-Yougoslavie. Il défend le droit à l’autonomie des Kosovars avant de protester contre les violences antiserbes des nationalistes albanais, tout en manifestant son souci du sort des Palestiniens, dont il proclamera le droit à un État, alors même qu’il est un défenseur intraitable d’Israël. Pays dont le premier ministre Ehoud Olmert lui proposera en 2006 le poste de président. Une responsabilité qu’Elie Wiesel décline en expliquant qu’il est avant tout un écrivain et un conteur.

Comblé d’honneurs, il est docteur honoris causa de plus de cent universités de par le monde, Elie Wiesel est aussi un personnage controversé, notamment pour certaines de ses prises de positions politiques. Il a été pris à partie pour avoir soutenu la décision américaine de renverser le régime irakien en 2003, un point de vue qu’il a regretté par la suite.

Ses positions sur l’Iran en 2007, pays contre lequel il n’exclut pas l’idée de justifier une attaque préventive de la part des États-Unis, lui vaudront aussi d’être critiqué. Très choqué par le 11 septembre 2001, Elie Wiesel était avant tout un moraliste engagé qui ne cachait pas sa crainte de voir le pire resurgir : la banalité de la haine et son cortège de cruautés.


Kwamamaza
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