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VERBATIM. Russiagate : la déposition de l’ex-patron du FBI James Comey devant le Sénat

Redigé par IGIHE
Le 8 juin 2017 à 02:12

James Comey, ex-directeur du FBI appelé à témoigner ce jeudi devant la Commission judiciaire du Sénat, a rendu public le texte de sa déposition dès mercredi. Un document explosif.
James B. Comey
8 juin 2017
"Président Burr, membre distingué Warner, membres de la Commission.
Merci de m’avoir invité à comparaître devant vous aujourd’hui. On m’a demandé de témoigner aujourd’hui pour vous décrire mes échanges avec le président-élu et le président Trump concernant les questions sur lesquelles vous vous (...)

James Comey, ex-directeur du FBI appelé à témoigner ce jeudi devant la Commission judiciaire du Sénat, a rendu public le texte de sa déposition dès mercredi. Un document explosif.

James B. Comey

8 juin 2017

"Président Burr, membre distingué Warner, membres de la Commission.

Merci de m’avoir invité à comparaître devant vous aujourd’hui. On m’a demandé de témoigner aujourd’hui pour vous décrire mes échanges avec le président-élu et le président Trump concernant les questions sur lesquelles vous vous penchez. Je n’ai pas mentionné tous les détails de mes conversations avec le président mais j’ai essayé, en étant le plus fidèle possible à mes souvenirs, d’inclure des informations qui pourraient être pertinentes pour la Commission.

Briefing du 6 janvier

J’ai rencontré pour la première fois le président-élu le vendredi 6 janvier, dans une salle de conférence de la Trump Tower à New York. J’y étais avec d’autres dirigeants de la communauté du renseignement [intelligence community ou IC, NDLR] afin de l’informer, ainsi que sa nouvelle équipe de Sécurité nationale, sur les conclusions d’une évaluation de l’IC concernant les efforts de la Russie pour interférer dans le processus électoral. A la fin de ce briefing, je suis resté seul avec le président pour l’informer de certains aspects personnellement sensibles de ces informations réunies lors de cette enquête.

La direction de l’IC avait jugé important, pour diverses raisons, d’alerter le nouveau président sur l’existence de ce matériel, même s’il était salace et non vérifié. Parmi ces raisons :

1. Nous savions que les médias étaient sur le point de dévoiler publiquement le matériel et pensions que l’IC ne devait pas cacher au président-élu le fait qu’elle avait connaissance du matériel et de sa divulgation imminente ;

2. Dans la mesure où existait une tentative de compromettre un nouveau président, nous pouvions amortir l’impact de celle-ci en organisant un briefing défensif.

Le directeur du Renseignement national a demandé que je prenne en charge personnellement cette partie du briefing, parce que je restais en fonction et que le matériel en question impliquait la responsabilité des services de contre-espionnage du FBI. Nous sommes également convenus que j’agirais seul afin de minimiser l’embarras potentiel pour le président-élu. Bien que nous ayons convenu qu’il était logique que je me charge de ce briefing, la direction du FBI et moi-même craignions qu’il ne crée une situation dans laquelle un nouveau président arriverait au pouvoir sans trop savoir si, oui ou non, le FBI menait une enquête de contre-espionnage de sa conduite personnelle.

Il est important de comprendre que les enquêtes de contre-espionnage du FBI diffèrent des enquêtes criminelles plus classiques. Le but du Bureau, dans une enquête de contre-espionnage, est de comprendre les méthodes techniques et humaines qu’emploient les puissances étrangères hostiles en vue d’influencer les Etats-Unis ou de voler nos secrets. Le FBI utilise ces informations pour perturber ces tentatives. Parfois nous y parvenons en alertant une personne qu’elle est ciblée pour un recrutement ou pour une manœuvre d’influence en faveur d’une puissance étrangère. Parfois, cela passe par le renforcement des protections d’un système informatique victime d’une attaque. D’autres fois, par le "retournement" d’une personne recrutée en vue d’en faire un "agent double", ou alors par la dénonciation publique du comportement, assortie de sanctions ou d’expulsions, des officiers de renseignement basés à l’ambassade. A l’occasion, des poursuites au pénal sont engagées pour déstabiliser des activités de renseignement.

Parce que la nature de la nation étrangère hostile est bien connue, les enquêtes contre le renseignement tendent à être centrées sur des individus soupçonnés par le FBI d’être des agents, volontaires ou non, de cette puissance étrangère. Lorsque le FBI a des raisons de croire qu’un Américain a été ciblé pour le recrutement par une puissance étrangère, ou qu’il agit secrètement comme agent de la puissance étrangère, le FBI "ouvrira une enquête" sur cet Américain et s’appuiera sur les autorités légales pour essayer d’en apprendre plus sur la nature de toute relation avec la puissance étrangère, afin qu’elle puisse être perturbée.

Dans ce contexte, j’ai débattu avec l’équipe de direction du FBI, en amont de la réunion du 6 janvier, la question de savoir si je devais être prêt à assurer au président-élu Trump que nous n’enquêtions pas sur son compte. C’était vrai ; nous n’avions pas ouvert d’enquête de contre-espionnage à son propos. Nous sommes convenus que je le fasse si les circonstances le justifiaient. Au cours de notre tête-à-tête à la Trump Tower, sur la base de la réaction du président-élu Trump à la séance d’information et sans qu’il me pose directement la question, j’ai offert cette assurance.

Je me suis senti obligé de documenter ma première conversation avec le président-élu dans un mémo. Par souci d’exactitude, j’ai commencé à le taper sur un ordinateur portable dans un véhicule du FBI à l’extérieur de Trump Tower, dès que j’ai quitté la réunion. A partir de ce point, la production de mémos écrits à la suite de conversations individuelles avec M. Trump a été ma pratique. Cela n’avait pas été le cas dans le passé. J’ai parlé seul avec le président Obama à deux reprises (et jamais au téléphone) – une fois en 2015, pour discuter de questions d’application de la loi et une seconde fois, brièvement, pour lui dire au revoir à la fin de 2016. Dans aucune de ces circonstances, cela ne s’est traduit par des mémos. J’ai en mémoire neuf conversations individuelles avec le président Trump en quatre mois – trois en personne, et six au téléphone.

Dîner du 27 janvier

Le président et moi-même avons dîné le vendredi 27 janvier à 18h30 dans la Salle verte de la Maison-Blanche. Il m’avait appelé à l’heure du déjeuner, ce jour-là, pour m’inviter à dîner le soir même, disant qu’il allait recevoir toute ma famille mais ayant décidé pour cette fois de m’avoir tout seul à dîner, l’invitation de la famille entière étant remise à une prochaine fois. La conversation n’était pas claire sur la présence d’autres invités, même si je supposais que ce serait le cas.

Il s’est avéré que nous serions juste deux, assis à une petite table ovale au centre de la Salle verte. Deux intendants de marine nous ont servis, entrant simplement dans la salle pour servir de la nourriture et des boissons.

Le président a commencé par me demander si je voulais rester à mon poste de directeur du FBI, ce que j’ai trouvé étrange parce qu’il m’avait déjà dit à deux reprises, dans des conversations antérieures, qu’il espérait que je resterais et que je lui avais assuré que c’était mon intention. Il a dit que beaucoup de gens voulaient mon poste et que, compte tenu des abus que j’avais subis au cours de l’année précédente, il comprendrait que je veuille me retirer.

Mes instincts m’ont dit que le tête-à-tête, et le prétexte que c’était notre première discussion à propos de mon poste, voulait dire en fait que le dîner était, au moins en partie, un effort pour que je sois en position de demandeur pour mon travail et que cela crée une espèce de relation de parrainage. Cela m’a beaucoup troublé, vu le statut traditionnellement indépendant du FBI au sein du pouvoir exécutif.

J’ai répondu que j’aimais mon travail et avais l’intention d’aller jusqu’au terme de mon mandat de dix ans à titre de directeur. Et puis, parce que toute cette mise en place me mettait mal à l’aise, j’ai ajouté que je n’étais pas "fiable", au sens où les politiciens utilisent ce mot, mais qu’il pouvait toujours compter sur moi pour lui dire la vérité. J’ai ajouté que je ne roulais pour personne, politiquement, et qu’on ne pouvait pas compter sur moi au sens politique traditionnel du terme, une position qui, ai-je ajouté, était dans son meilleur intérêt en tant que président.

Quelques instants plus tard, le président a déclaré : "J’ai besoin de loyauté, j’attends de la loyauté." Je n’ai pas bougé, ni changé d’aucune manière l’expression de mon visage pendant le silence gênant qui a suivi. Nous nous sommes simplement regardés en silence. La conversation a continué, mais il y est retourné vers la fin de notre dîner.

A un moment donné, j’ai expliqué pourquoi il était si important que le FBI et le ministère de la Justice soient indépendants de la Maison-Blanche. J’ai dit que c’était un paradoxe : tout au long de l’histoire, certains présidents ont décidé que, parce que les "problèmes" provenaient de la justice, ils devaient tenter de la surveiller de près. Mais en introduisant le flou dans ces frontières, ils ont rendu les problèmes encore plus graves en minant la confiance du public dans les institutions et leur travail.

Vers la fin de notre dîner, le président a évoqué à nouveau le sujet de mon travail, disant qu’il était très heureux que je veuille rester, ajoutant qu’il avait entendu plein de bonnes choses à mon sujet de Jim Mattis, Jeff Sessions et beaucoup d’autres. Il a ensuite dit : "J’ai besoin de loyauté." J’ai répondu : "Vous pourrez toujours compter sur mon honnêteté." Il a fait une pause et dit : "C’est ce que je veux, une loyauté honnête." J’ai fait une pause et répondu : "Vous aurez cela de moi." Comme je l’ai écrit dans le mémo que j’ai produit immédiatement après le dîner, il est possible que nous ayons compris différemment l’expression"loyauté honnête", mais j’ai décidé qu’il ne serait pas productif de le pousser plus loin. Le terme – loyauté honnête –avait permis de mettre fin à une conversation très gênante, et mes explications avaient clarifié ce à quoi il pouvait s’attendre.

Pendant le dîner, le président est revenu sur le matériel salace dont je l’avais informé le 6 janvier et, comme il l’avait fait auparavant, a exprimé son dégoût pour les allégations et les a formellement niées. Il a dit qu’il envisageait de m’ordonner d’enquêter sur l’incident allégué, pour prouver qu’il ne s’était pas produit. Je lui ai répondu qu’il valait mieux qu’il réfléchisse attentivement, parce que cela pourrait donner à penser que nous enquêtions sur lui personnellement, ce qui n’étais pas le cas, et parce qu’il était très difficile de prouver quelque chose de négatif. Il a dit qu’il réfléchirait à ce sujet et m’a demandé d’y réfléchir.

Comme c’était ma coutume pour les conversations avec le président Trump, j’ai écrit un mémo détaillé sur le dîner immédiatement après et l’ai partagé avec l’équipe de direction du FBI.

Réunion au Bureau ovale du 14 février

Le 14 février, je suis allé au Bureau ovale pour une séance d’information sur le terrorisme prévue par le président. Il s’est assis derrière le bureau et un groupe d’entre nous s’est assis dans un demi-cercle d’environ six chaises face à lui, de l’autre côté du bureau. Le vice-président, le directeur adjoint de la CIA, le directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, le Secrétaire à la Sécurité intérieure, le ministre de la Justice et moi-même occupions le demi-cercle de chaises. J’étais assis en face du président, entre le directeur adjoint de la CIA et le directeur du Centre de lute contre le terrorisme. Il y avait pas mal d’autres gens dans la pièce, assis derrière nous sur des canapés et des chaises.

Le président a signalé la fin de l’exposé en remerciant le groupe et en leur disant à tous qu’il voulait me parler seul à seul. Je suis resté dans ma chaise. Alors que les participants commençaient à quitter le Bureau ovale, le ministre de la Justice s’est attardé auprès de ma chaise mais le président l’a remercié et a dit qu’il voulait parler seulement avec moi. La dernière personne à partir a été Jared Kushner, qui s’est tenu lui aussi près de ma chaise et a échangé des plaisanteries avec moi. Le président l’a congédié, disant qu’il voulait me parler.

Lorsque la porte près de l’horloge de grand-père a été refermée et que nous nous sommes retrouvés seuls, le président a commencé par dire : "Je veux parler de Mike Flynn." Flynn avait démissionné le jour d’avant. Le président a commencé par dire que Flynn n’avait rien fait de mal en parlant avec les Russes, mais qu’il était obligé de le laisser partir parce qu’il avait induit le vice-président en erreur. Il a ajouté qu’il avait d’autres préoccupations au sujet de Flynn, qu’il n’a pas précisées.

Le président a ensuite fait une longue série de commentaires sur le problème des fuites d’informations classifiées – une préoccupation que je partageais, et partage toujours, avec lui. Après avoir discuté pendant quelques minutes de ces fuites, Reince Priebus a entrouvert la porte près de l’horloge de grand-père, et j’ai pu apercevoir un groupe de personnes qui attendaient derrière lui. Le président lui a fait signe de fermer la porte, en disant qu’il en aurait bientôt fini. La porte s’est refermée.

Le président est ensuite revenu sur le sujet de Mike Flynn, en disant : "C’est un type bien, il a passé pas mal de moments difficiles." Il a répété que Flynn n’avait rien fait de mal en appelant les Russes, mais qu’il avait induit en erreur le vice-président. Il a ensuite dit : "J’espère que vous jugerez bon de laisser tomber, de laisser Flynn tranquille. C’est un type bien." Je me suis contenté de répondre qu’"il était un type bien" (de fait, les choses se sont bien passées dans mes relations avec Mike Flynn quand il était un collègue en tant que directeur de l’Agence de renseignement de la Défense, au début de mon mandat au FBI). Je n’ai pas dit que je "laisserais tomber".

Le président est retourné brièvement au problème des fuites. Je me suis ensuite levé et suis sorti par la porte près de l’horloge de grand-père, croisant le groupe conséquent de personnes qui attendaient là, parmi lesquelles M. Priebus et le vice-président.

J’ai immédiatement préparé un mémo non classifié de la conversation à propos de Flynn, et ai discuté de la question avec les dirigeants du FBI. Ce que j’avais compris, c’était que le président demandait que nous laissions tomber toute enquête sur Flynn dans le cadre de ses conversations avec l’ambassadeur de Russie en décembre. D’après ce que je comprenais, le président n’évoquait pas l’enquête plus large sur la Russie ou sur des liens possibles avec sa campagne. Je me trompe peut-être, mais j’ai cru qu’il se focalisait sur ce qui venait d’arriver avec le départ de Flynn et la controverse autour de ce que ce dernier avait relaté de ses appels téléphoniques. Quoi qu’il en soit, c’était très préoccupant, compte tenu du rôle du FBI en tant qu’agence d’enquête indépendante.

L’équipe de direction du FBI a convenu avec moi qu’il était important de ne pas empoisonner l’équipe d’enquêteurs avec la demande du président, que nous n’avions pas l’intention de respecter. Nous avons également conclu qu’étant donné qu’il s’agissait d’une conversation individuelle, il n’y avait aucun moyen de corroborer ma version des faits. Nous en avons déduit que cela n’avait guère de sens de la signaler au ministre Sessions, dont nous attendions qu’il se récuse à propos des enquêtes liées à la Russie (il l’a fait deux semaines plus tard). Le poste de vice-ministre de la Justice était alors occupé par un procureur fédéral, qui était sur le départ. Après avoir discuté de la question, nous avons décidé de ne pas l’ébruiter, nous promettant de décider de la marche à suivre au fur et à mesure que notre enquête progresserait. L’enquête s’est déroulée à toute vitesse, sans qu’aucun des membres de l’équipe d’enquête – ni les avocats du ministère de la Justice les soutenant – ne soit au courant de la demande du président.

Peu de temps après, j’ai parlé en personne au ministre de la Justice, pour lui relayer les préoccupations du président concernant les fuites. J’ai profité de l’occasion pour supplier le ministre de m’épargner toute communication directe, à l’avenir, entre le président et moi. J’ai dit au ministre que ce qui s’était passé – le fait qu’on lui demande de quitter la pièce alors que le directeur du FBI, qui est sous ses ordres, restait derrière – était inapproprié et ne devait jamais se reproduire. Il n’a pas eu de réponse. Pour les raisons détaillées auparavant, je n’ai pas mentionné que le président avait abordé l’enquête potentielle du FBI sur le général Flynn.

Appel téléphonique du 30 mars

Au matin du 30 mars, le président m’a appelé au FBI. Il a décrit l’enquête de la Russie comme "un nuage" qui compromettait sa capacité à agir au nom du pays. Il a dit qu’il n’avait rien à voir avec la Russie, n’avait pas été impliqué avec des prostituées en Russie et avait toujours supposé qu’il était surveillé pendant son séjour en Russie. Il a demandé ce que nous pouvions faire pour "dissiper le nuage". J’ai répondu que nous enquêtions sur le problème aussi rapidement que possible et qu’il serait très bénéfique, si nous ne trouvions rien, que le travail ait été bien fait. Il a accepté, mais a ensuite insisté à nouveau sur les problèmes que cela lui causait.

Puis le président a demandé pourquoi il y avait eu une audience du Congrès au sujet de la Russie la semaine précédente – à laquelle j’avais, comme indiqué par le ministère de la Justice, confirmé l’existence d’une enquête sur une éventuelle coordination entre la Russie et la campagne Trump. J’ai détaillé les requêtes des dirigeants des deux partis au Congrès, et le fait que le sénateur Grassley avait même bloqué la confirmation du vice-ministre de la Justice jusqu’à ce qu’on l’informe en détail sur l’enquête. J’ai expliqué que nous avions briefé le leadership du Congrès sur la liste exacte d’individus faisant l’objet d’une enquête, et que nous avions indiqué à ces leaders parlementaires que nous n’enquêtions pas personnellement sur le président Trump. Je lui ai rappelé que je lui avais déjà dit cela. Il m’a dit, à plusieurs reprises : "Il faut le faire savoir" (je n’ai pas dit au président que le FBI et le ministère de la Justice avaient été réticents à faire des déclarations publiques selon lesquelles nous n’avions pas ouvert de dossier sur le président Trump, cela pour un certain nombre de raisons, la principale étant qu’il faudrait apporter une rectification si les choses devaient changer).

Le président a poursuivi en disant que s’il avait des associés "satellites" qui avaient commis des irrégularités, il serait bon de le découvrir, mais qu’il n’avait lui-même rien fait de mal et espérait que je trouverais un moyen de faire savoir que nous n’enquêtions pas sur son compte.

Changeant brusquement de sujet, il a orienté la conversation sur le directeur adjoint du FBI, Andrew McCabe, disant qu’il n’avait pas évoqué "l’histoire McCabe" parce que j’avais dit que McCabe était honorable, bien que McAuliffe [gouverneur de Virgine, NDLR] fût proche des Clinton et ait contribué (je pense qu’il voulait dire l’épouse du directeur-adjoint McCabe) à sa campagne électorale. Même si je ne comprenais pas pourquoi le président abordait cela, j’ai répété que M. McCabe était une personne honorable.

Il a fini par insister sur le fait que "le nuage" interférait avec sa capacité à négocier des deals pour le pays, et dit qu’il espérait que je puisse trouver un moyen de faire savoir qu’il ne faisait pas l’objet d’une enquête. Je lui ai dit que je verrais ce que nous pourrions faire et que nous mènerions notre travail d’enquête aussi bien et rapidement que possible.

Immédiatement après cette conversation, j’ai appelé le vice-ministre de la Justice Dana Boente (le ministre Sessions s’étant recusé sur toutes les questions liées à la Russie) pour relater en substance la teneur de ma conversation avec le président, et ai indiqué que j’attendais ses conseils. Je n’ai pas eu de retour de sa part avant que le président ne me rappelle, deux semaines plus tard.

Appel téléphonique du 11 avril

Au matin du 11 avril, le président m’a appelé et demandé ce que j’avais fait au sujet de sa demande de "faire savoir" qu’il n’était pas personnellement l’objet d’une enquête. J’ai répondu que j’avais transmis sa demande au vice-ministre de la Justice par intérim, mais qu’il ne m’avait pas rappelé. Il m’a répondu que "le nuage" entravait sa capacité à faire son travail. Il a dit qu’il pourrait peut-être demander à ses conseillers de joindre le vice-ministre par intérim. J’ai dit que c’était la bonne façon de procéder. J’ai indiqué que l’avocat de la Maison-Blanche devait contacter la direction du ministre de la Justice pour faire cette demande, ce qui était le canal traditionnel.

Il a dit qu’il ferait cela et a ajouté : "Parce que je vous ai été très fidèle, très fidèle ; nous avons eu cette chose que vous savez." Je n’ai pas répondu, ni ne lui ai demandé ce qu’il entendait par "cette chose". J’ai seulement dit que la façon de faire était que le conseiller de la Maison-Blanche appelle le vice-ministre par intérim. Il a dit que c’était ce qu’il ferait et l’appel a pris fin.

C’est la dernière fois que j’ai parlé avec le président Trump...

Avec L’Obs


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