Le tour du monde du sexe : chez les Nyinba, les frères partagent la même épouse

Publié par Le Point
Le 1er août 2017 à 03:27
Visites :
56 2

Les rares visiteurs des Nyinba sont toujours étonnés de voir plusieurs frères partager une seule épouse et s’en contenter. C’est plutôt l’inverse qui se pratique dans le monde : selon les ethnologues, près de 85 % des sociétés connues pratiquent la polygamie (un homme pour plusieurs épouses).

Si cette population tibétaine (et du reste d’autres installées sur les pentes himalayennes) fait le contraire, c’est qu’il y a une bonne raison à cela. S’il y a quelque chose de plus fort que le sexe, c’est bien le pognon. Se contenter d’une femme unique, c’est la seule façon pour des frères d’éviter de partager le domaine familial à la mort de leur mère et de leurs pères. Il en va de leur survie dans cette région montagneuse (entre 2 850 et 3 300 mètres) rude et pauvre, du nord du Népal.

Dans les années 80, la société Nyinba a été largement étudiée par l’anthropologue Nancy E. Levine de l’université de Californie. Aujourd’hui, il reste un millier de Nyinba répartis dans quatre villages. Adeptes du bouddhisme tibétain, ils vivent de la culture de la terre, de l’élevage et du commerce du sel. Quand les fils les plus âgés de la maison commencent à atteindre l’âge de se marier, les parents leur choisissent une épouse, souvent très jeune.

Officiellement, elle est unie avec l’aîné des frères, mais les autres sont inclus dans le mariage. S’ils sont trop jeunes pour consommer, ils patienteront le temps voulu. Le mariage idéal compte trois frères, correspondant aux trois tâches assurées par les hommes : la culture, l’élevage et le commerce du sel. Celles-ci pouvant les entraîner loin de la maison durant des semaines et même des mois à des époques différentes de l’année, cela facilite la cohabitation avec leur unique épouse. Quand une famille compte plus de trois fils, il arrive fréquemment que le quatrième soit expédié dans un couvent et que le cinquième parte du foyer pour la ville afin d’y faire sa vie seul.

On pourrait se dire que le fils unique est verni puisqu’il possède une petite femme pour lui tout seul. Le problème, c’est qu’il a du boulot pour trois. Pas sûr qu’il y gagne au change. Parfois aussi, malgré l’effort des maris, leur femme n’accouche que de filles. Aucun souci pour les Nyinba, très pragmatiques : les sœurs épouseront toutes le même homme qui viendra s’installer chez elles. Le veinard !
Qui est le père ?

Revenons à notre cellule familiale de base constituée de plusieurs frères pour une épouse. Que se passe-t-il si l’épouse unique se révèle stérile ? Très simple : une deuxième est cooptée. Et si les frères restant au foyer sont trop nombreux ou que les plus jeunes n’apprécient pas de partager la femme de leurs grands frères ? Encore une fois, la famille en fait venir une deuxième, plus jeune ! Pour la stabilité de ce mariage à plusieurs, il faut impérativement que l’épouse unique partage ses attentions sexuelles à tous les frères d’une manière équitable, même si elle exprime une préférence pour l’un d’eux.

À la naissance d’un enfant dans le foyer, c’est à la mère de désigner le père. En général, ce n’est pas trop difficile pour elle, car les activités très différentes de ses époux les amènent à quitter souvent le foyer à tour de rôle. Si jamais une confusion est possible, les parents attendent la naissance du bébé pour l’attribuer au frère auquel il ressemble le plus.

Exceptionnellement, il arrive que la mère attribue le bébé à un autre que son réel concepteur pour conserver l’équilibre du groupe familial. En effet, un époux sans enfant ne se tuera pas forcément à la tâche et pourrait demander à partir avec sa part d’héritage. Bien que connaissant l’identité de leur géniteur, les enfants manifestent le même comportement avec tous les hommes de la famille.

Dans une telle société, la naissance d’un fils est un événement favorable, car il renforce la famille. En revanche, la naissance d’une fille n’apporte rien. Elle sera donc négligée tout au long de sa jeunesse. Celles qui ne trouvent pas d’époux sont expédiées très loin pour trouver un mari dans une autre ethnie ou un emploi de domestique sans qu’elles ne revoient jamais leur village natal.


Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM

Publicité