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Rwanda : Paul Kagame s’en prend à « ceux qui ne sont pas au clair avec le génocide des Tutsis »

Redigé par IGIHE
Le 8 avril 2017 à 11:50

Lors de la 23e commémoration du début du génocide ce vendredi, le président rwandais a consacré une partie de son discours à dénoncer l’attitude de la France, sans la nommer. Il s’est en revanche dit « reconnaissant » de l’attitude de l’église catholique.
À aucun moment, Paul Kagame ne l’a nommée. Mais il était facile de comprendre à qui il faisait référence, lorsqu’il s’en est pris ce vendredi à « ces pays puissants qui utilisent l’ONU », « qui voulaient déformer l’Histoire » et « qui avaient les mains dans le (...)

Lors de la 23e commémoration du début du génocide ce vendredi, le président rwandais a consacré une partie de son discours à dénoncer l’attitude de la France, sans la nommer. Il s’est en revanche dit « reconnaissant » de l’attitude de l’église catholique.

À aucun moment, Paul Kagame ne l’a nommée. Mais il était facile de comprendre à qui il faisait référence, lorsqu’il s’en est pris ce vendredi à « ces pays puissants qui utilisent l’ONU », « qui voulaient déformer l’Histoire » et « qui avaient les mains dans le génocide »…

Une large partie de son discours, prononcé au mémorial de Gisozi, à Kigali, à l’occasion de la 23e commémoration du début du génocide des Tutsis du Rwanda, a été consacré à dénoncer l’attitude de Paris, qu’il accuse régulièrement d’avoir pris part au génocide.

Devant lui, se trouvaient les ambassadeurs en poste à Kigali, parmi lesquels avait pris place le Français Xavier Verjus-Renard, « chargé d’affaires » depuis le départ, non remplacé, de Michel Flesch en 2015.

« Débats sémantiques »

Après le début de son discours, en kinyarwanda, il est passé à l’anglais pour dénoncer « les débats sémantiques » autour de la dénomination du génocide.

« Ils disent génocide de 1994, ou génocide rwandais », a-t-il lancé. « Certains ne sont pas au clair. Ils ont voulu imposer l’expression ‘génocide des Tutsis et des hutus modérés’. Cela n’a aucun sens. Et ceux qui ont décidé comment cela devait s’appeler sont les mêmes qui avaient les mains dedans ».

La veille, le haut-commissaire (équivalent d’un ambassadeur, ndlr) du Rwanda au Kenya avait annoncé qu’il n’inviterait pas les Nations-unies à la cérémonie de commémoration organisée à Nairobi pour protester contre l’utilisation, par l’institution, de l’expression « génocide au Rwanda ».

Dans une vidéo postée sur la plateforme Youtube, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres évoque effectivement le « génocide au Rwanda » au cours duquel « plus de 800 000 personnes ont été systématiquement tuées dans tout le pays, principalement tutsis, avec des hutus modérés, des twas et d’autres. »

Dans son discours de vendredi, Paul Kagame, accuse d’ailleurs « certains pays d’utiliser les Nations-Unies à leur avantage ».

« Jouer avec les mots »

Depuis plusieurs années, le gouvernement rwandais, pousse avec un certain succès, pour l’adoption du vocable, « génocide des Tutsis », qu’il estime plus juste, au lieu de la formulation « génocide des Tutsis et des Hutus modérés » auparavant employée par l’ONU. Une résolution du Conseil de sécurité adopté à l’unanimité en avril 2014, évoque ainsi le « génocide contre les Tutsis au Rwanda, au cours duquel des Hutus et d’autres personnes opposées au génocide ont également été tués ».

Si vous avez un problème avec la définition, c’est que vous avez un problème ailleurs. Réglez-le.

« Comment est-ce que des gens peuvent encore jouer avec les mots. Ils amènent des experts, mais des experts pour faire quoi ? Ramener ceux que nous avons perdus ? […] Le génocide a une définition. Ce n’est pas moi qui l’ai faite. Les Tutsis étaient visés. Est-ce un mystère ? […] Si vous avez un problème avec la définition, c’est que vous avez un problème ailleurs. Réglez-le. »

« Ceux qui ne veulent pas reconnaître [leurs torts] et pensent qu’ils peuvent changer notre trajectoire ont, face à eux, un adversaire redoutable », a également déclaré Paul Kagame. « Mais ceux qui, quelque soit le temps que cela prend, reconnaissent leurs torts, nous sommes prêts à travailler avec eux. »

« Avec l’église, nous avons avancé »

Comme pour illustrer ce dernier propos, le président rwandais s’est dit « content et reconnaissant » de la position du Vatican, où il a rencontré le pape François, au cours d’une visite officielle, le 20 mars dernier. « Avec l’église catholique, nous avons avancé. Je crois que nous avons réglé le problème », a-t-il déclaré.

Saluant la présence du président de la Commission de l’Union africaine (UA), le Tchadien Moussa Faki Mahamat (qui a couvert le président rwandais d’éloges dans son propre discours), Paul Kagamé a par ailleurs remercié « l’Afrique d’avoir dit non, et de s’être rangée du côté du Rwanda » lorsque « certains pays ont voulu déformer l’histoire et nier leur responsabilité ».

Depuis un peu plus d’un an, le Rwanda s’est lancé dans une vaste offensive diplomatique en direction de l’Afrique francophone. Une délégation d’homme d’affaires marocains étaient présents à Kigali, le week-end dernier.

Avec JeuneAfrique


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