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Radicalisme, radicalisation, déradicalisation : qu’en disent les sciences humaines et sociales ?

Redigé par Cécile Vanderpelen-Diagre et Jean-Philippe Schreiber (ULB).
Le 17 mai 2017 à 02:13

Récemment, l’Agence nationale de la recherche de France (ANR) rassemblait à Paris des spécialistes en sciences humaines et sociales afin qu’ils réfléchissent aux potentialités de la recherche sur la radicalisation. Sociologues, historiens, psychologues, politistes, juristes et anthropologues ont ainsi dressé un état des lieux des recherches (plus ou moins) scientifiques qui l’ont pris pour objet ces dernières années, tout autant qu’ils ont questionné les emplois et les sens du terme lui-même. Il ressort (...)

Récemment, l’Agence nationale de la recherche de France (ANR) rassemblait à Paris des spécialistes en sciences humaines et sociales afin qu’ils réfléchissent aux potentialités de la recherche sur la radicalisation. Sociologues, historiens, psychologues, politistes, juristes et anthropologues ont ainsi dressé un état des lieux des recherches (plus ou moins) scientifiques qui l’ont pris pour objet ces dernières années, tout autant qu’ils ont questionné les emplois et les sens du terme lui-même. Il ressort de ces discussions une interrogation majeure sur la pertinence, voire même l’utilité, pour les sciences humaines et sociales, de se saisir de ce mot comme concept opératoire pour décrire un quelconque fait social.

Force est de constater tout d’abord que les récents attentats terroristes islamistes, en particulier ceux de janvier 2015, ont créé une inflation d’ « experts » du radicalisme et de la déradicalisation ou de la prévention de la violence radicale. Le monde politique aux abois a en effet dégagé des moyens financiers tout azimuts pour essayer à la fois d’expliquer la dite « radicalisation » et la prévenir.(..) Diverses recherches ont pourtant mis en doute l’efficacité de contre-discours publics et des missions parlementaires ont dressé un constat critique de certains dispositifs et programmes de prise en charge de la radicalisation constitués à la hâte par les pouvoirs publics, comme ce fut le cas en France, ainsi que l’a soulevé le rapport des sénatrices Benbassa et Troendlé.

Une approche macro devra en revanche être beaucoup plus sensible aux idéologies et à leurs canaux de diffusion qui nourrissent les affects identifiés au niveau micro, ainsi qu’aux mouvements internationaux et transnationaux qui déterminent les mobilisations collectives et individuelles.(..) Cela signifie qu’il faut reconnaître aux religions leur autonomie, à savoir la capacité qu’elles affichent à secréter des mouvements spécifiques qui se diffusent par des canaux qui leur sont propres. Il faut accepter de rendre compte de la complexité de mouvements parfois profonds et multiples. Il n’existe pas non plus d’unité homogène d’une radicalité générique qui pourrait être accolée à toutes les formes de terrorismes, qu’ils soient politiques ou religieux.

Qu’elle soit micro ou macro, il y a peu de chance que la recherche donne des recettes et des remèdes contre la « radicalisation ». La complexité s’accommode mal d’un tel projet. Mais la complexité est aussi l’apanage de l’intelligence et de la méthode scientifique. C’est pourquoi elle doit avoir une place importante dans l’espace social et les échanges intellectuels. Elle suppose que plutôt que de demander aux chercheurs de produire hâtivement des formules afin de guérir les plaies d’un monde égaré, voire de projeter sur leurs recherches les fantasmes sociaux qui aujourd’hui polarisent nos sociétés et polluent le débat, les pouvoirs publics choisissent plutôt de financer des recherches fondamentales de terrain qui nous permettent de comprendre ce qui est à l’œuvre. Voire permettent aux chercheurs d’interroger non seulement les violences contemporaines, mais aussi d’évaluer les politiques publiques menées pour y faire face…


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