Philippines : les croquemorts débordés, le président assure avoir lui-même tué des « criminels »

Publié par IGIHE
Le 16 décembre 2016 à 11:36
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Candidat, Rodrigo Duterte a promis que les pompes funèbres ne chômeraient pas. Devenu président, il a tenu parole. Le président philippin a même affirmé, devant des hommes d’affaires, avoir personnellement tué des criminels présumés à l’époque où il était maire de Davao, grande ville du sud de l’archipel, afin de montrer l’exemple à la police.

« A Davao, je le faisais personnellement, juste pour montrer aux gars (de la police) que si je peux le faire, pourquoi ne pourraient-ils pas le faire. J’allais dans Davao avec une moto et je patrouillais dans les rues, à la recherche de problèmes. Je cherchais vraiment l’affrontement pour pouvoir tuer », confie Rodrigo Duterte.

Les défenseurs des droits de l’Homme l’ont accusé d’avoir dirigé à Davao des escadrons de la mort qui ont tué plus de 1.000 personnes, dont des enfants. En septembre, un homme se présentant comme un tueur repenti avait déclaré devant le Sénat que Duterte avait lui-même tué un enquêteur du ministère de la Justice et ordonné le meurtre d’opposants quand il était maire de Davao. Edgar Matobato avait dit qu’une victime avait été jetée aux crocodiles. L’entourage du président a démenti ces accusations.

Depuis son entrée en fonction le 30 juin 2016, le nombre des homicides a explosé. La police a annoncé avoir tué 2.086 personnes dans des opérations antidrogues. Pus de 3.000 autres ont été abattues dans des circonstances inexpliquées, d’après les chiffres officiels.

Les pompes funèbres surchargées
Le marché de la mort se porte bien. Chaque nuit, les croquemorts récupèrent cinq corps en moyenne, en général dans les bidonvilles. « Cela ne devrait pas arriver, ce sont des gens, pas des animaux », dit à l’AFP Alejandro Ormeneta, croquemort de 47 ans.

Mais s’ils sont très occupés, les croquemorts ne s’enrichissent pas forcément. Nombres de familles sont trop pauvres pour payer les funérailles. Les familles mendient parfois des cercueils gratuits auprès des cimetières. Il arrive de plus en plus souvent que les corps ne soient jamais réclamés par des familles trop pauvres, ou qui ont peur.

Les pompes funèbres sont aussi en butte à la corruption : certains policiers exigent des pots-de-vin pour informer les entreprises des décès. Rodrigo Duterte avait même plaisanté sur le sujet pendant la campagne : « Ces policiers sont des polissons. Ils appellent les pompes funèbres pour dire "il y a un corps. Je passerai demain prendre ma commission". »

Alejandro Ormeneta, croquemort de Manille en première ligne de la guerre contre la drogue qui ensanglante les Philippines, n’a jamais eu autant de travail. Mais après cinq mois, il voudrait juste que les tueries s’arrêtent. Pour lui, les petits dealers ne méritent pas la mort. « Ils sont victimes de la drogue. Ils ont dû gagner leur vie pour éviter la faim, peut-être pour leurs enfants. On aurait dû leur donner une chance. Ce n’est pas ça que dit la Bible ? Tu ne tueras point ? »

avec francetvinfo.fr


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