Le Docteur Mukwege rencontre le tout-Paris

Publié par IGIHE
Le 9 septembre 2017 à 11:12
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Une fois de plus, le Docteur Mukwege n’a pas mâché ses mots. Invité à Paris par le Global Positive Forum, une organisation présidée par Jacques Attali, il a déclaré que cette réunion représentait un défi, à l’heure où « les Congolais continuent d’être tragiquement privés des droits de leur croissance, de la justice, de la liberté et de l’égalité. » « Quel chemin de souffrance et d’humiliation… » s’est exclamé le médecin chef de l’hôpital de Panzi.

S’inscrivant dans le registre économique, le Docteur a décrit la « croissance sans prospérité »de la dernière décennie, soulignant que cette croissance n’avait profité qu’à un petit nombre de titulaires du pouvoir politique et économique. Evoquant la situation dramatique du Kasaï, Mukwege a déclaré « nous assistons impuissants à une tragédie, à une crise humanitaire sans précédent avec la découverte de dizaines de fosses communes et nous ne voyons pas la justice aboutir. » Le médecin a également évoqué le « rapport Mapping » publié voici quinze ans par les Nations Unies, et qui récapitulait les crimes commis sur le territoire de la République , en particulier durant les deux guerres du Congo, des massacres demeurés largement impunis.

Le séjour parisien du médecin congolais s’est avéré très politique : dans les coulisses du Forum de Jacques Attali, il a rencontré la maire de Paris Anne Hidalgo, le gratin du monde économique et financier, Michaëlle Jean, la secrétaire générale de l’ Organisation internationale de la francophonie…Le docteur Mukwege, qui avait rencontré le président François Hollande à plusieurs reprises a également été reçu très chaleureusement par le président Macron, un ami et ancien collègue de Jacques Attali du temps de la banque Rotschild.

A la fin de son séjour, le médecin a rencontré la diaspora congolaise dans un hôtel des Champs Elysées. Devant une foule enthousiaste et fervente, qui voyait déjà en lui le « président de la transition » le docteur a appelé ses compatriotes à se prendre en charge et à s’atteler à la reconstruction de leur pays. Il a aussi souligné l’apport important de la diaspora, dont les membres aident leurs compatriotes et parents restés au pays à résister à la crise et rappelé que cette même diaspora égayée sur tous les continents représentait un réservoir d’intellectuels de haut niveau.

Alors que sur les réseaux sociaux, appels et prises de position se multiplient pour que le lauréat du Prix Sakharov s’engage directement dans la bataille politique, Denis Mukwege est demeuré prudent, mais il a cependant lâché, sous les applaudissements « je ne suis pas un homme politique. Mais si vous me demandez si je suis un homme d’Etat, je dis oui… » A bon entendeur…

Encourageant ses compatriotes à prendre leur destin en mains, le médecin a laissé entendre qu’il pourrait être disponible pour d’autres responsabilités. Alors que dans la diaspora, sa personnalité charismatique et ses discours de haute tenue suscitent l’enthousiasme, le médecin de Panzi, tout en se démarquant d’autres personnalités de l’opposition, comme Moïse Katumbi ou Vital Kamerhe, s’était jusqu’à présent abstenu de « sortir du bois » et de se déclarer ouvertement présidentiable.

Cette prudence peut se comprendre : Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga, sait que s’il rentre au pays il risque d’être arrêté tandis que dimanche, l’arrivée à Kinshasa de Félix Tshisekedi, le leader de l’UDPS, principal parti d’opposition, s’est traduite par d’importantes mesures de sécurité. Quoique autorisé de longue date, un meeting du Rassemblement de l’opposition a été interdit par le gouverneur de Kinshasa, des militants de l’UDPS se sont vus interdire l’accès à l’aéroport, quatre personnes ont été arrêtées, des véhicules ont été fouillés et la police a eu recours à des grenades lacrymogènes.

En s’avançant toujours plus avant dans le combat politique, exigeant que la Constitution soit respectée et dénonçant l’ « illégitimité »e du pouvoir actuel le docteur exprime à haute voix les sentiments de nombre de ses compatriotes et il tance aussi la communauté internationale accusée de ne pas en faire assez pour aider la RDC à retrouver le chemin de l’Etat de droit


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