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La colère du Général, ou La diatribe du grand Charles
Publié le 20-11-2016 - à 19:40' par Patrick le Gavrian

.La scène se passe au paradis :

Sur un petit nuage, Yvonne tricote, assise sur un pliant.

Elle voit arriver le général, titubant, la mine défaite, prêt à défaillir.

Après quelques pas, il s’effondre à ses côtés dans un fauteuil.

Yvonne :

Depuis que de Saint Pierre vous eûtes permission

De retourner sur Terre ausculter la Nation,

Sur ce petit pliant j’attends votre venue...

Mais je lis dans vos yeux une déconvenue !

Parlez-moi sans tarder de celle qui toujours

Fut jadis avec moi l’objet de vos amours...

Le général :

Vous voulez dire France à qui j’ai voué ma vie,

Ne cachons point son nom ! Je vous sais gré, ma mie

Malgré les embarras, les peines, les tracas

Qu’elle a pu vous donner et dont je fais grand cas !

Pendant aussi longtemps de l’avoir tolérée.

Yvonne :

Eh bien ?

Le général :

Eh bien Madame, elle est défigurée !

Yvonne :

Charles, je compatis, c’est une peine extrême

De voir les traits meurtris d’une femme qu’on aime

Elle a vieilli sans doute...

Le général :

Oh, ce n’est pas cela !

Il m’en faudrait bien plus pour être en cet état.

Je ne m’attendais pas à la revoir pucelle !...

Mais on peut décliner sans cesser d’être belle !

Si le corps en hiver n’est plus à son printemps

L’âme de l’être aimé sait résister au temps !

Yvonne :

C’est donc son âme ?

Le général :

Hélas ! Si je n’étais au ciel

Près de vous, à l’abri des chocs existentiels

Ce que j’ai vu m’aurait donné le coup de grâce !

Yvonne :

Mais qu’avez-vous donc vu ? Vos silences me glacent !

Le général :

France, mère des Arts, des Armes et des Lois...

Ô Dieu, l’étrange peine ! Et quel affreux émoi !

Quelle désillusion, quelle désespérance,

De revoir sa maîtresse en telle déshérence !

Yvonne :

Mais encore, précisez… je reste sur ma faim !

Vous me turlupinez ! Qu’avez-vous vu enfin ?

Le général :

J’ai vu, j’ai vu, Oh ciel ! J’ai vu... Comment vous dire...

Comment bien s’exprimer quand on a vu le pire ?

J’ai vu le Titanic s’abîmer dans les flots

Et son grand timonier repeindre les hublots !

J’ai vu un président, la cravate en goguette,

L’air niais, le regard flou et la mine défaite,

Un casque sur le chef, juché sur un scooter !

On avait dû lui dire : il faut sortir couvert !

Vous voyez le tableau ! Oh, madame, j’ai honte

De certifier pour vrai tout ce que je raconte !

C’est la chienlit, vous dis-je et pas qu’en les faubourgs !

Comme ce fut le cas quand nous jouissions du jour

Mais dans le Saint des Saints, au cœur de l’État même

Où tout devrait baigner dans un accord extrême.

J’ai vu des gouvernants qui ne gouvernent rien…

Et un peuple hébété les traiter de vauriens !

J’ai vu des ministrons se tirer dans les pattes

Plus divisés entre eux que ne sont les Carpates !

J’ai vu, comme jadis, tous ces « politichiens »

Se disputer leur os, hargneux comme des chiens.

J’ai vu dans la maison où j’ai régné dix ans

Un orchestre amateur gratter ses instruments

Dans la cacophonie ! Et dans ce grand bazar

Le moindre palatin se prendre pour César :

L’un fraîchement nommé, jouant les petits saints,

S’exonérer d’impôts et trouver ça très bien !

L’autre, obscur conseiller, quérir à son de trompe

Un larbin stipendié pour lui cirer les pompes !

Geste surréaliste au temps qui fut le mien !

Mais j’allais oublier, et là, tenez-vous bien !

Pour couronner le tout, j’ai vu, (serrez les cuisses !)

Le gardien du budget planquer son fric en Suisse !

Yvonne :

N’êtes-vous point sévère avec ces jeunes gens

Tout fiers d’avoir acquis un certain entregent ?

Ces nouveaux Rastignac jadis vous faisaient rire

Et ne vous mettaient pas dans une telle ire !

Nous connûmes souvent et du temps de nos rois

Nombre de grands coquins qui s’exemptaient des lois

Et même pour certains sombraient dans la débauche !

Le général :

Mais aucun de ceux-là ne se disait de gauche !

Alors que ces pignoufs, sinistres polissons,
Se pavanent le jour en donnant des leçons.
Je me suis renseigné sur l’Histoire récente
Pour comprendre un peu mieux ces façons indécentes.
Et qu’ai-je appris ? Grands dieux !...Mille calamités
Sur un gouvernement qui semble tout rater.

Depuis plus de deux ans, on s’agite, on spécule ;
Ce qu’on avance un jour ensuite on le recule.
Dans un rythme effréné qui donne le tournis
Ce n’est plus un tango, c’est la danse de saint Guy.

Le peuple abasourdi par ces folles pratiques
Ne voit pour l’avenir que funestes musiques.
Il s’agite à son tour, ployant sous les impôts
Résiste à tout diktat, discute à tout propos,
Tire à hue et à dia et renverse la table.

Tante Yvonne

Un peuple ingouverné devient ingouvernable
.
Le Général

Je confirme et j’illustre.... Ecoutez bien ceci !
C’est un tableau d’en bas que je vous fais ici
:A-t-on pris décision dans les formes légales,
Que l’on voit illico se former des cabales !
L’un met un bonnet rouge et l’autre un bonnet vert
En prétendant agir au nom de l’Univers.
Quelques illuminés ou quelques fous furieux
Hurlent en vomissant des slogans injurieux,
Pillent les magasins, éructent, gesticulent
Cassent trois abris-bus ... Et le pouvoir recule
.
4
Tante Yvonne

Mais que fait la police et que font les gendarmes ?

Le Général

Le moins possible, hélas ! Ils ont du « vague à l’arme ».
Car si par aventure on coffre un malfaisant
C’est la Garde des Sceaux qui porte les croissants.
Les socialos, naïfs, rêvent dans les nuages
Se bercent d’illusions dans leurs lits d’enfants sages.

Confrontés au réel, ancrés dans leur déni
Ils sont tout étonnés quand ils tombent du nid.
Les jeunes snobinards, que bobos on appelle,
Vitupèrent la droite en faisant bien pis qu’elle.
Les tribuns de la plèbe agitent leurs grelots ;
L’un veut saigner Neuilly pour nourrir le prolo ;
L’autre clame à grands cris qu’il faudrait tout secouer
En virant les négros, les bicots, les niaquoués.
Et les deux réunis proposent des programmes
Qui traduisent à plat leur encéphalogramme.
Tante Yvonne
Mais où sont les anciens, gaullistes et cocos,
Ceux qui savaient pousser de grands cocoricos.

Le Général

Leur QG moscovite ayant pété les câbles
Les cocos d’autrefois sont quasi introuvables.

Tante Yvonne
Au gué ! Bonne nouvelle. Tout espoir n’est pas mort.
Souvenez -vous du temps où ils étaient si forts.
Ah ! Plus de rouges, enfin, en travers de la route.
Mais ... la race est teigneuse...Il en reste sans doute.

Le Général

Oui ! vous avez raison, ce sont de grands pervers
...
Les derniers survivants se font repeindre en vert.
Quant à nos vieux amis, gaullistes de baptême,
On fleuri leur logis avec des chrysanthèmes.
C’est leurs petits neveux qui piaillent à présent
Et se bouffent le nez pour occuper leur temps.
L’un d’eux, le plus remuant, habile en artifices
Se débat aujourd’hui en des cours de justice.
Je crains pour mon malheur avoir œuvré en vain.
Mon costume est trop grand pour habiller ces nains.
5
Tante Yvonne

Oubliez tout ceci ; laissons la politique
Qui vous fait enrager et tourner en bourrique.
Parlons d’autres sujets, plus gais et plus légers ;
Des lieux que j’ai connus... Paris a - t-il changé ?

Le Général
(devenant plus calme)
Heureusement pas trop. On reconnait la ville.
J’ai pu me promener jusqu’à saint Louis en l’Ile.
Pompidou, un peu snob, pour marquer son séjour
Fit une usine à gaz au quartier de Beaubourg.
Giscard n’a rien cassé, c’est déjà quelque chose.
Mitterrand l’a suivi, tenant au poing la rose.
Mais lui, plus mégalo, se croyant pharaon
S’est plu à imiter le roi Toutankhamon.
Il sema pyramides aux parterres du Louvre.
C’est l’Egypte à présent qu’en ces lieux on découvre.

Chirac plus primitif a voulu, Quai Branly,
Honorer les Dogons, les Peuls, les Chamboulis.
A leur art, dit premier, il a su rendre hommage.
Le monument s’efface au milieu des feuillages.
Je n’ai pas retrouvé les Halles de Baltard.
A leur place un chantier avait pris du retard.
Et quant à l’Elysée ou vous fûtes naguère
Ce n’est plus un palais, c’est une garçonnière.
J’ai même cru comprendre en lisant leurs canards
Que peu s’en est fallu qu’il fut un lupanar.

Tante Yvonne Un lupanar ! Grands dieux ! Comment est-ce possible ?
Vous me faites plonger dans un monde indicible.
Je ne puis y songer sans trembler de dégoût.
....
Notre chambre à coucher, annexe du « one two two » !
....
Le Général
(qui s’échauffe progressivement)
Oui ! les mœurs d’aujourd’hui connaissent quelque audace
La contrainte est bannie et la honte fugace ;
Ce qu’on cachait jadis on l’étale à présent ;
L’inverti manifeste et la lesbienne autant.
On divorce partout. Mariage ?...Anachronique !
Sauf pour certains homos qui, eux, le revendiquent
La déviance est très mode et ne fait plus horreur
 ;
On l’exhibe à tout vent mieux que légion d’honneur.
Le travelo s’affiche et le camé ne cesse
De réclamer sa dose aux frais de la princesse.
6
Le moindre hurluberlu fait son intéressant
Quitte à montrer son cul au regard des passants.
A quand le zoophile ? A quand le coprophage ?

Tante Yvonne

Du calme mon ami, modérez cet orage !

Le Général

Mais, mon cœur, laissez-moi m’expliquer plus avant
Et vous aurez la clé de cet emportement.
Si vous aviez pu voir, même de votre rive
Ce qui m’est advenu juste avant que j’arrive,
Vous eussiez, c’est certain, eu le souffle coupé.
Je reprends mon discours où je l’avais laissé
Ayant à satiété subi les psychodrames
Des gauchos, des fachos et de tous ceux qui brament
Avant de repartir j’ai voulu, bon époux,
Me rendre chez Chaumet vous choisir un bijou,

Sur la Place Vendôme. Au pied de la colonne
Que vis-je alors, Madame ? En cent, je vous le donne,
Le sommet m’a - t -on dit de l’art contemporain :
Un enculoir géant en guise de sapin.
Il m’a fallu trouver le salut dans la fuite
Pour ne pas m’exposer au viol d’un sodomite.
Afin qu’il me remonte aussitôt chez les miens,
J’ai convoqué, presto, mon bon ange gardien.
Et c’est ainsi, tremblant et d’horreur et de rage
Que vous me revoyez en ces nobles parages.

Tante Yvonne

Calmez-vous ! les Français autrefois ont fait pis.
Et même en votre temps vous fûtes déconfit
Par leur acrimonie et par leur inconstance.
N’ont -ils pas bien des fois frôlé la décadence ?
Je me souviens d’un jour où par eux, excédé
Vous les aviez, je crois, traités de bovidés.

Le Général

C’est possible, en effet , dans un accès de doute
Où leur grande inertie entravait trop ma route
.
Mais, Yvonne, aujourd’hui ils ont fait bien plus fort.
Les Français sont des veaux gouvernés par des porcs.

Tante Yvonne
Mais vous n’y pouvez rien ; laissez à Dieu le Père
Le soin de réprimer tous ces coléoptères
.
7
C’est ainsi et c’est tout ! Le Français, Français né,
Sera toujours paillard et indiscipliné ;
Toujours libidineux, frondeur si nécessaire
Arrogant, belliqueux et même téméraire
Et cela en dépit de centaines de lois
Car s’il n’est plus gaulliste, il demeure Gaulois.

Le Général

(se levant, plus détendu)
Oui, vous avez raison
 ! J’ai tort, je m’obnubile
Et ne fais rien de mieux que m’échauffer la bile.
Laissons aux successeurs ce monde convulsif
Et allons chez Malraux prendre l’apéritif.


Kwamamaza
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