La CNLG remercie l’Allemagne pour l’extradition de Twagiramungu et appelle les autres États à faire de même

Publié par IGIHE
Le 21 août 2017 à 02:32
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La convention internationale du 09 décembre 1948 pour la prévention et la répression du génocide établit pour tous les Etats une obligation d’extrader les auteurs du génocide dans des Etats où ils ont commis ce crime ou de les juger sur le territoire des Etats où ils se trouvent. Se conformant à cette obligation juridique, l’Allemagne a extradé au Rwanda le 18 août 2017 Jean Twagiramungu poursuivi pour son rôle dans le génocide contre les Tutsi en 1994.

Des preuves recueillies indiquent que Jean Twagiramungu a collaboré avec les organisateurs du génocide dans les communes de Karambo, Rukondo, Karama, Kinyamakara, Nyamagabe et Musange, notamment les sous-préfets Joachim Hategekimana et Joseph Ntegeyintwali qui dirigeaient les sous-préfectures de Kaduha et Karaba ; les bourgmestres Didace Hategekimana, Désiré Ngezahayo, Charles Munyaneza et Félicien Semakwavu qui dirigeaient respectivement les Communes de Rukondo, Karama, Kinyamakara et Nyamagabe. Il a souvent agi aux côtés de son père Jean-Baptiste Munyambuga qui a été pendant plusieurs années bourgmestre de la Commune Rukondo.

Plus concrètement, Jean Twagiramungu a fait partie des milices qui ont tué des Tutsi aux paroisses catholiques de Mbazi et de Kirambi et à l’église ADEPER de Maheresho. Un total de plus de 10.000 victimes a péri dans ces différents endroits. Beaucoup d’autres n’ont pas été retrouvé par ce qu’ayant été jetés dans des rivières de Mwogo et de Rukarara.

Jean Twagiramungu est également cité comme auteur dans les massacres de Tutsi aux paroisses de Kaduha (45.000 morts) et Cyanika (35.000 morts). Cela fait un total d’environ 100.000 victimes qui pèsent sur la responsabilité de Jean Twagiramungu.

L’ancienne préfecture de Gikongoro a été longtemps victime d’atroces assassinats de Tutsi. Pour le seul mois de décembre 1963, plus de 20.000 Tutsi y ont été massacrés dans deux semaines. L’expression « Génocide » a déjà été utilisée à cette époque par des experts comme le chercheur britannique Bertrand Russel, des témoins internationaux présents au Rwanda dont l’anthropologue belge Luc De Heusch et le Suisse Denis-Gilles Vuillemin qui était coopérant de l’UNESCO. Plusieurs journaux internationaux dont Radio Vatican et Radio France Internationale ont qualifié ces massacres de « plus terrible génocide systématique commis depuis l’extermination des Juifs en 1945. »

Outre l’extradition de Jean Twagiramungu, la CNLG exprime sa reconnaissance à l’Allemagne pour les trois procès qu’elle a déjà menée contre des génocidaires Rwandais : Onesphore Rwabukombe, ancien bourgmestre de Muvumba qui a été reconnu coupable de génocide et condamné à la prison à perpétuité le 29 décembre 2015 par la Cour d’appel de Francfort. La justice allemande a également jugé, le 28 septembre 2015, deux responsables politiques des FDLR, Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni qui ont été condamnés à 13 ans et 8 ans de prison. La CNLG encourage l’Allemagne à poursuivre cette voie de lutte contre l’impunité et à extrader d’autres auteurs du génocide qui se trouvent sur son territoire. La CNLG appelle les autres Etats à agir dans le même sens.

Les Etats Unis ont déjà extradé au Rwanda Enos Kagaba en 2005 et Léopold Munyakazi en 2016. Le Canada a extradé Léon MUGESERA en 2012, le Danemark a extradé Emmanuel Mbarushimana en 2014, la Norvège a extradé Charles Bandora en 2013, les Pays Bas ont extradé Jean Baptiste Mugimba et Jean Claude Iyamuremye en 2017. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda a transféré au Rwanda les accusés de génocide Bernard Munyagishari, Jean Uwinkindi et Ladislas Ntaganzwa. Des dossiers de suspects Fulgence Kayishema, Phéneas Munyarugarama, Aloys Ndimbati, Charles Ryandikayo et Charles Sikubwabo non encore arrêtés à ce jour ont été également transférés par le TPIR aux juridictions rwandaises.

Certains pays comme la France et l’Angleterre refusent l’extradition des suspects du génocide au Rwanda. L’Angleterre a récemment refusé l’extradition des accusés Célestin Ugirashebuja, Charles Munyaneza, Vincent Bajinya, Emmanuel Nteziryayo et Célestin Mutabaruka poursuivis pour conspiration et participation au génocide et crimes contre l’humanité. Un autre cas, celui de Modeste Kennedy Hakizimana, poursuivi pour son rôle dans le génocide contre les Tutsis, plus spécifiquement à l’Université nationale du Rwanda où il étudiait en Sciences en 1994 n’a pas non plus obtenu gain de cause. Or, depuis plusieurs années, l’administration britannique lui a refusé le statut de réfugié politique après avoir considéré qu’il existait des raisons sérieuses de penser qu’il s’est rendu coupable de génocide.

De même, la France rejette systématiquement toutes les demandes d’extradition formulées par le Rwanda. Citons à titre d’exemple les cas : Agathe Kanziga-Habyarimana, Callixte Mbarushimana, Abbé Wenceslas Munyeshyaka, Abbé Marcel Hitayezu, Colonel Laurent Serubuga, Colonel Marcel Bivugabagabo, Dr Eugène Rwamucyo, Dr Sosthène Munyemana, Hyacinthe Rafiki-Nsengiyumva, Isaac Kamali, Claude Muhayimana, Claver Kamana, Innocent Musabyimana, Joseph Habyarimana, Venuste Nyombayire, Pierre Tegera, Charles Twagira, Paul Kanyamihigo alias Camy, Fabien Neretse, Manassé Bigwenzare, Enock Kayondo,… La liste est longue.

Il est temps que ces Etats se conforment à leur obligation internationale pour mettre fin à l’impunité de fait qu’ils octroient aux responsables du génocide perpétré contre les Tutsi.


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