L’exposition Great Black Music veut faire de Kigali un carrefour culturel

Publié par Olga Ishimwe
Le 16 mai 2017 à 12:47
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L’exposition interactive itinérante Great Black Music a drainé 230 000 personnes à travers le monde, dont 100 000 à Paris. Après Dakar, Haïti et d’autres capitales africaines, elle fait étape pour quatre mois au Rwanda, du 12 mai au 25 août. Abritée par la Bibliothèque publique de Kigali, cette rétrospective sur l’épopée des musiques noires vise à faire de Kigali un carrefour culturel régional et à démocratiser la culture. Elle sera entièrement gratuite.

« Music is a weapon », disait Fela Anikulapo Kuti. « La musique est une arme ». Sa phrase risque de prendre une résonnance spéciale au pays des mille collines, tout comme celle de Bob Marley, qui évoquait en ces termes le pouvoir thérapeutique de la musique : « One good thing about music, when it hits you, you feel no pain » (« Une bonne chose au sujet de la musique, quand elle vous frappe, vous n’avez pas mal »).

Invitée par Rwanda Arts Initiative, un centre d’art basé à Kigali et dirigé par le dramaturge et écrivain Dorcy Rugamba, Great Black Music pose donc ses valises à Kigali. L’institution nationale Rwanda Development Board appuie le projet, de même que l’ONG belge Africalia, qui soutient le développement via la culture en Afrique.

« Kigali est une ville de sommets et de conférences où se réinvente le futur, explique ainsi Dorcy Rugamba. Nous sommes heureux de participer à son rayonnement culturel en y emmenant cet événement d’envergure internationale. Cette expo illustre de belle manière toute l’opportunité que représente le numérique pour le développement des industries créatives ».

Une histoire de circulation

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A Kigali pour l’ouverture de Great Black Music, Dorcy Rugamba à gauche et Marc Benaïche à droite.

L’exposition a été imaginée à Bahia au Brésil en 2007 par son commissaire Marc Benaïche, fondateur du média Mondomix et directeur de l’Atelier 144, la fabrique des arts numériques. Il décrit le sens de son projet en ces termes : « Cette saga s’étend sur près quatre cents ans de servitude liée à l’une des plus grandes tragédies humaines. La terreur raciale a laissé place à une immense explosion de créativité et de liberté, que la musique depuis lors n’a eu de cesse d’exprimer. Ces musiques noires façonnent la culture populaire mondiale et transcendent toute conception ethniciste ou nationaliste. »

Great Black Music a démarré en 2009 à Bahia, avant de passer par Dakar en 2010, Accra, Johannesburg, puis Haïti, Ouagadougou et Paris (où elle avait attiré 100 000 visiteurs en 2014), Abidjan et Kigali cette année. Elle est née d’une collaboration entre la Cité de la musique, le média Mondomix et l’Atelier 144 d’arts numériques, pour proposer une expérience sensorielle unique. Archives, instruments de musique et application numérique à l’appui, elle permet une immersion et des voyages sonores dans les différents mondes de la musique noire.

Des concerts, un journal et une revue

Saul Williams, poète et slammeur américain, présent à Kigali, témoigne ainsi : « La musique noire américaine a toujours été influencée par les musiques africaine et caribéenne, qui ont voyagé sans visa. Les percussions sont devenues un outil de lutte contre l’oppression, qui permettait aux différents groupes d’esclaves de communiquer entre eux. Elles viennent peut-être des volcans d’Afrique centrale, au Rwanda, au Congo et en Ouganda, ont voyagé vers l’Afrique de l’Ouest et traversé les diasporas, qui ont ensuite revendiqué leur histoire africaine, même si celle-ci ne leur a pas été enseignée, à l’école et même si des siècles se sont écoulés loin de la terre natale ».

L’exposition sera l’occasion pour des artistes rwandais de revenir sur leurs propres influences, mais aussi à ouvrir Kigali à la circulation des musiques et des idées à l’échelle de la sous-région. Chaque vendredi, pendant l’exposition, un concert sera donné par un artiste rwandais ou d’Afrique de l’Est, et toutes les semaines, un écrivain publiera une chronique autour de la musique ou d’un musicien, dans un journal intitulé Inganzo (« inspiration » en kinyarwanda). A la fin de l’exposition, ces textes feront l’objet du premier numéro d’une nouvelle revue, avec les illustrations proposées par des plasticiens et des photographes est-africains.

Avec Rfi


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