Hollande l’Africain : un « goût d’inachevé »

Publié par Olga Ishimwe
Le 13 mai 2017 à 10:59
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Quel héritage lègue François Hollande à Emmanuel Macron sur les dossiers africains ? Ce dimanche 14 mai, le président français quitte l’Elysée après cinq ans au pouvoir. Il souhaite une passation « simple, claire et amicale » avec son successeur. A son arrivée à l’Elysée, François Hollande connaissait très peu l’Afrique. Aujourd’hui, il y laisse une forte empreinte... tout en ressentant un « goût d’inachevé ».

Petit moment de sincérité, le 14 janvier dernier à Bamako. A l’occasion d’un sommet Afrique-France au Mali, François Hollande fait ses adieux au continent. A la tribune, son partenaire malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) lui lance : « De tous les chefs d’Etat français (…), vous êtes celui dont le rapport à l’Afrique aura été le plus sincère, le plus loyal. (…) Avec vous, quelque chose a changé dans les pratiques politiques de la France en Afrique ».

Dans la version écrite de son discours distribuée à la presse, IBK ajoutait même : « La France et son armée ne seront jamais intervenues qu’au chevet de la démocratie en Afrique et non plus au secours de quelque autocrate ou despote. » Mais une fois à la tribune, le président malien ne prononce pas ces mots, de peur sans doute de blesser l’un des « autocrates » présents dans la salle. Dans sa réponse à IBK, François Hollande sort un instant de son texte et déclare : « J’ai été très sensible aux mots que vous avez prononcés à mon égard. Disant cela, je ressens un goût d’inachevé qui aurait pu justifier d’autres prétentions » – sous-entendu une nouvelle candidature à la présidence française.

Si François Hollande n’était jugé que sur sa politique étrangère, et notamment africaine, il est certain qu’il aurait eu « d’autres prétentions » et qu’il se serait présenté cette année à un second mandat. Certes, il ressent un « goût d’inachevé », mais, à tort ou à raison, il estime que, pendant ses cinq ans au pouvoir, il a sauvegardé les intérêts de la France, maintenu son rang dans le monde et consolidé avec l’Afrique des liens empreints de respect mutuel.

Et au-delà des hommages de tribune comme celui d’IBK, il est vrai qu’en privé, plusieurs chefs d’Etat africains louent aussi son action. Lors de ce sommet de Bamako, son ami socialiste Alpha Condé lui a glissé à l’oreille : « Tu aurais dû te présenter à la primaire du PS. C’était toi le meilleur candidat. » Ces quatre derniers mois, outre le Guinéen Alpha Condé – en visite d’Etat –, l’Ivoirien Alassane Ouattara, le Mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, le Malien IBK, le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, le Nigérien Mahamadou Issoufou et le roi du Maroc Mohammed VI sont venus saluer une dernière fois leur partenaire français à l’Elysée.

Opération Serval

Que restera-t-il du quinquennat Hollande en Afrique ? D’abord l’opération militaire Serval. Le 11 janvier 2013, quand deux colonnes jihadistes fonçaient sur Mopti, et peut-être sur Bamako, le bras du chef des armées françaises n’a pas tremblé. Ce déploiement militaire a-t-il signé le retour du gendarme français en Afrique ? Pas si simple. Dans l’urgence, aucune autre force – à part l’armée américaine – n’était en mesure de stopper l’avancée des islamistes. Et très vite, cette action, conduite à la demande de Bamako, a été validée par tous les chefs d’Etat africains – à l’exception notable de l’Egyptien Mohamed Morsi – lors du 20e sommet de l’Union africaine, le 27 janvier à Addis-Abeba, et par l’ONU.

Pour capitaliser sur ce succès, dès le 2 février, François Hollande s’est rendu dans Tombouctou libérée. C’est ce jour-là qu’il a lancé sa fameuse phrase : « Je viens sans doute de vivre la journée la plus importante de ma vie politique. » Avec son ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, il a alors théorisé un nouveau concept : frapper et transférer – transférer le poids de l’intervention militaire à une force de l’ONU.

Le problème, c’est que, quatre ans plus tard, la menace islamiste sur le Nord-Mali est loin d’être éradiquée. Certes, les jihadistes n’occupent plus de villes, mais les attentats et les embuscades se propagent au centre du Mali et dans les deux pays riverains, le Niger et le Burkina Faso. Le 18 janvier, quatre jours après le sommet Afrique-France de Bamako, un attentat terroriste d’une ampleur sans précédent, avec la mise à feu de 500 kg d’explosifs à bord d’un véhicule kamikaze, a causé la mort d’au moins soixante personnes dans un camp militaire de Gao.

Comme l’armée malienne et les casques bleus de la Minusma ne parviennent pas à eux seuls à juguler la menace, la France est obligée de maintenir 4 000 soldats dans la sous-région dans le cadre de l’opération Barkhane, qui a pris la succession de l’opération Serval. Depuis le 11 janvier 2013, 19 soldats français sont morts au Sahel. Commentaire de l’ex-diplomate français Laurent Bigot : « En tant qu’opération de "com", Serval et Barkhane sont certes une réussite, d’autant que les médias sont peu curieux. Mais pour le reste, l’échec est patent : ni au Mali ni en Centrafrique [où François Hollande a déployé l’opération Sangaris de décembre 2013 à octobre 2016], les objectifs n’ont été atteints. Non seulement le Mali, mais le Sahel tout entier, est désormais en pleine implosion, le nombre d’attaques et de morts est en hausse exponentielle. »

Alliances controversées

L’autre problème, c’est que, contrairement aux promesses du candidat Hollande, qui disait en avril 2012 : « Je n’accepterai pas des élections qui auraient été frauduleuses, où que ce soit », le président Hollande a fermé les yeux sur de multiples élections controversées sur le continent. Certes, au début de son quinquennat, il s’est tenu volontairement à distance de plusieurs chefs d‘Etat dont les pays ne connaissent aucune alternance. Certes, en octobre 2012, lors du sommet de l’OIF à Kinshasa, il a boudé ostensiblement l’hôte de la réunion, le Congolais Joseph Kabila.

Mais stratégie militaire oblige, à partir du déclenchement de Serval, en janvier 2013, François Hollande s’est très nettement rapproché du Tchadien Idriss Déby, qui est aujourd’hui le meilleur allié de la France contre les jihadistes du Sahel. Et à partir du déploiement de Sangaris, en décembre 2013, il a pris langue avec le Congolais Denis Sassou Nguesso. En octobre 2015, quand ce dernier a fait changer la Constitution de son pays par référendum afin de pouvoir briguer un troisième mandat, François Hollande a lancé un « Le président Sassou a le droit de consulter son peuple » qui a choqué nombre de démocrates africains.

L’an dernier, le président français a fermé les yeux sur la réélection très contestée du même Denis Sassou Nguesso, puis sur celles, tout aussi controversées, du Djiboutien Ismaël Omar Guelleh, du Tchadien Idriss Déby et du Gabonais Ali Bongo. Avec François Hollande, les vieux réseaux de la Françafrique semblent avoir disparu. Pas la realpolitik. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il ressent ce « goût d’inachevé ».

Avec Rfi


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