Censure : Pékin perturbe sérieusement l’utilisation de WhatsApp en Chine

Redigé par Cyrille Pluyette
Le 29 septembre 2017 à 01:30
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Plus paranoïaques que jamais à l’approche d’un remaniement majeur de la direction du Parti communiste à la mi-octobre, les censeurs chinois ne cessent de grignoter du terrain. Dernière offensive en date, le service de messagerie WhatsApp a été fortement perturbé en Chine ces derniers jours, de nombreux usagers n’ayant pas pu l’utiliser depuis le week-end dernier. Après Google, Facebook ou Twitter, certains craignent que la populaire application soit à son tour bannie de l’empire du Milieu, ce qui porterait un coup supplémentaire à la liberté de communication à l’intérieur du pays, mais aussi avec l’étranger.

L’Open Observatory of Network, une ONG internationale spécialisée dans la détection de la censure, estime que le gouvernement chinois a démarré le blocage de WhatsApp depuis dimanche. Mardi, on pouvait à nouveau envoyer des textos et effectuer des appels téléphoniques, mais l’envoi de photos ou de messages vocaux était, la plupart du temps, impossible.

Contenus qui fâchent

Cette restriction intervient à quelques semaines du 19e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui démarrera le 18 octobre, au cours duquel Xi Jinping devrait voir son mandat prolongé de cinq ans et une grande partie de la direction sera renouvelée. Les autorités chinoises ont l’habitude de filtrer tous les contenus susceptibles de créer le moindre remous à l’occasion des grands rendez-vous politiques ou des dates symboliques.

Pour l’heure, WhatsApp n’a pas subi d’interdiction définitive. Mais une telle mesure, qui obligerait à basculer de l’application américaine vers WeChat, son équivalent chinois, serait loin d’être anodine. Les conversations sur WhatsApp - propriété de l’américain Facebook - utilisent en effet un système de cryptage performant, qui complique la tâche des censeurs, alors que les autorités parviennent beaucoup plus aisément à contrôler les centaines de millions d’utilisateurs de l’application WeChat, nettement plus coopérative, en effaçant notamment tous les contenus qui fâchent dans les conversations.

Plusieurs géants de l’internet chinois mis à l’amende
Alors que la toile chinoise était déjà soumise à une redoutable censure, le gouvernement a encore resserré la vis ces derniers mois : des millions de contenus ont été supprimés depuis cet été. Mais ce vigoureux coup de balai a été jugé insuffisant par les autorités, qui ont infligé de lourdes amendes à plusieurs géants de l’internet local, accusés de ne pas avoir suffisamment filtré leurs contenus. Les reproches qui leur sont faits sont autant moraux que politiques. WeChat, géré par Tencent, est coupable d’avoir laissé se répandre des « contenus violents ou terroristes, obscènes ou pornographiques », ainsi que des rumeurs. De quoi « mettre en péril la sécurité nationale » et « l’ordre social », a martelé l’Administration de l’internet. Il est par ailleurs reproché à Weibo (le Twitter chinois), des propos « incitant à la haine ethnique » ; et au forum de discussion Tieba, des commentaires promouvant « le terrorisme ». Bon élève, le groupe Baidu, propriétaire du site, a promis de « coopérer activement » avec les autorités pour « purger les mauvaises informations ». La Chine avait déjà mis en place une « Grande muraille électronique », qui interdit l’accès à tous les contenus jugés sensibles politiquement. Mais, elle a accentué son contrôle en adoptant en juin une loi sur la cybersécurité, qui traque le moindre propos portant atteinte à « l’honneur national » ou « troublant l’ordre économique et social ».

Cela n’a pas empêché les critiques de se multiplier mardi sur Weibo. « La muraille électronique est de plus en plus haute, mais elle s’écroulera tôt ou tard », s’énerve un internaute. « Beaucoup de gens dans le commerce international travaillent avec WhatsApp : ça ne compte pas ? », s’interroge un deuxième, reflétant d’ailleurs l’opinion de nombreux entrepreneurs basés en Chine. « Je vais devoir demander à mes clients étrangers de télécharger WeChat ! », renchérit un troisième, tandis qu’un autre prévoit ironiquement un repli sur les « pigeons voyageurs ».

Dans ce contexte répressif, une partie des internautes chinois s’inquiète également des menaces de Pékin d’interdire l’usage des « réseaux privés virtuels » (VPN) non autorisés, qui permettent de se connecter à des sites officiellement bloqués. Un premier pas significatif a été franchi depuis qu‘Apple a accepté fin juillet de supprimer de son « app store » chinois la plupart des applications donnant accès à un réseau privé virtuel (VPN).

Avec LeFigaro


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