Burundi fantôme : Le pouvoir est dans la rue

Publié par Bujumbura.be
Le 22 août 2017 à 01:33
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Kigali

Ce 18 août 2017, il y a eu la présence d’une armada des chefs d’Etats, d’anciens chefs d’Etats et de dignitaires africains, chose assez rare qui mérite d’être soulignée. Alors, je ne puis m’empêcher de m’interroger : mais pourquoi diantre, Nkurunziza n’a pas eu cette déferlante attention ? Se poser la question, c’est y répondre.

Bujumbura

La banalisation des mots et des actes a engendré la violence. Sauver le Burundi est impératif car toute mort est une tragédie. Les morts d’hier et celles d’aujourd’hui. La souffrance et les mémoires sont en concurrence, 1965, 1972, 1988, 1993 à 2006 et 2015 à ce jour. Est-ce un nouvel accident dans l’histoire du Burundi ? Comment le génie de la division est-il sorti de nouveau de la bouteille ? Les fantômes d’un homme, de toute évidence.

Le paradoxe des mandats….

Une vérité très simple. De manière très synthétisée et sans vouloir justifier la pérennisation des certains hommes au pouvoir, tentons un flash-back pour expliciter le paradoxe qui se développe au sein de l’East African Community (E.A.C) et de l’Afrique en générale. Car il est légitime de se demander comment on peut, à la fois, célébrer une personnalisation du pouvoir et dénoncer la monopolisation du pouvoir. C’est une question clef que se posent les défenseurs d’un Etat de Droit au Burundi.

Vers la fin du siècle 20ème siècle, dans des circonstances différentes, Museveni et Kagame ont, les armes à la main, mis fin à des guerres civiles. Peu après, ils ont porté le processus d’émancipation de leur pays respectif. Puis vint le jour où le verrou des mandats a sauté, de manière pacifique.

Au début du 21èmesiècle, deux ans après des négociations politiques, à la suite d’un processus démocratique et électoral initié plus d’une décennie plus tôt, Nkurunziza est élu. C’est dans ce contexte que la refondation du processus démocratique a permis à Nkurunziza d’arriver au pouvoir.

Une histoire de légitimité morale

La différence réside au niveau de la forme, un manque d’aspiration morale et de maturité politique car Nkurunziza n’a pas compris qu’un droit est le résultat d’une adhésion des membres d’une collectivité à une règle de vie ; adhésion transformant un objectif proposé en une loi. De façon irraisonnée, Nkurunziza préfère brouiller l’enjeu et imposer avec indignité une lecture institutionnelle à laquelle personne ne croit.

Mais c’est également une approche de fond où une dignité retrouvée offre la possibilité d’un développement social et économique, source véritable de la stabilité d’un pouvoir. C’est une réalité que les Ougandais ont rencontré avec la lutte contre le Sida. Et un progrès qui apparait visiblement au Rwanda avec le Boom économique. Quid du Burundi ? Il se retrouve largué en queue du peloton à tous les niveaux. Il y a là de toute évidence une stature politique que Nkurunziza n’a pas pu acquérir.

La présidence royale, le fantasme

Le 25 avril 2015, Nkurunziza franchit la ligne rouge constitutionnelle avec brutalité et laisse finalement apparaitre sa vraie nature, un homme qui impose sa politique de manière tyrannique. Ainsi, un drame criminel planifié s’est joué à ciel ouvert durant plusieurs semaines, créant des divergences irréconciliables entre le peuple et Nkurunziza. À l’heure actuelle, ses courtisans pensent avoir atteint une partie de leur objectif, à savoir légitimer le 3èmemandat de Nkurunziza. L’autre étant bien entendu, la révision de l’actuelle constitution. Et tout cela, au nom du principe fondamental de souveraineté.

Par supplication et d’une manière très touchante, la horde de groupie de Nkurunziza envoie des signaux à travers le monde pour comparer son troisième mandat à ceux de Kagame ou Museveni. C’est dans ce contexte que Nkurunziza s’est mis à rêver d’une présidence royale. Deux ans après avoir entrainé toute une nation dans une chute morale sans précédent, Nkurunziza embrouille encore tout le monde. Ne vous y trompez pas, Nkurunziza ne souhaite pas corriger son erreur manifeste autour d’un dialogue constructif et inclusif. Pire, le fantasme du pouvoir éternel et absolu se renforce en lui.

La boite de Pandore

En 2000, les Accords pour sceller la paix, la sécurité et la réconciliation avaient cadenassé avec un double verrou la garantie d’alternance au Burundi. Et, c’est avec l’appui de la communauté internationale que la paix et la sécurité au Burundi ont été rétablies autour d’une table.

Après les vraies fausses élections de 2010, Nkurunziza n’a pas pu contrôler son ambition et il a prolongé l’instabilité institutionnelle engendrée au début de son 1er mandat, avec la radiation illégale de 22 députés, en 2008. Malgré lui, Nkurunziza est contraint d’accepter l’échec de son projet visant l’approbation en 2014 de la révision de la Constitution.

En 2015, en dépit des conséquences négatives, Nkurunziza persiste et organise des vraies fausses élections ; « le ver est dans le fruit ». Cette supercherie antidémocratique et illégale a sonné le glas de ce régime minable, corrompu et vomi en silence.

Le pouvoir est dans la rue

Il est de bon aloi au niveau de la politique internationale de reconnaitre l’autorité en place d’un Etat indépendant pour ainsi préserver une stabilité parfois sacrificielle d’une partie de la population. Cependant, on notera que l’intolérable ne peut être toléré indéfiniment et que la révolte s’impose comme pouvoir discrétionnaire de tout citoyen engagé. Corrompu, le 3ème mandat est un mal acquis administré dans la violence par des hommes cruels et sanguinaires qui n’envisagent la vie du Burundi qu’à travers des élections-marionnettes, outils de sauvegarde de leur petit intérêt personnel.

Depuis belle lurette, ils ont renoncé à jouir de la souveraineté DANS l’Etat en clamant haut et fort la souveraineté DE l’Etat. Une illusion. Qu’est-ce qui autorise aujourd’hui le citoyen Nkurunziza à nous imposer unilatéralement un calendrier électoral, son 2020 ? Grand bien lui fasse !

En tout état de cause, tout Citoyen engagé peut, dès à présent, établir son propre calendrier pour ramasser un pouvoir au service de tout Murundi et Murundikazi de bonne volonté. Car le pouvoir au Burundi est maintenant dans la rue. Que ceux qui veulent que les choses changent prennent leurs responsabilités.

Journal d’un patriote Burundais


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